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La LNH veut séduire les partisans queer. 'Heated Rivalry' pourrait aider

La ligue professionnelle de hockey traîne une réputation toxique en matière d’inclusion LGBTQ+, mais le succès retentissant de Heated Rivalry sur HBO Max pourrait contribuer à faire évoluer les choses.

La LNH veut séduire les partisans queer. 'Heated Rivalry' pourrait aider
Sabrina Lantos/HBO Max

Personne, ni le créateur Jacob Tierney, ni l’autrice Rachel Reid, ni les vedettes Connor Storrie et Hudson Williams, ne s’attendait à ce que la série de hockey torride Heated Rivalry devienne un succès fulgurant.

Moins de deux mois se sont écoulés depuis la première de la série originale de Crave, le 28 novembre, mais celle-ci a pris une ampleur que même ses collaborateurs les plus impliqués n’auraient pu imaginer. Heated Rivalry retrace l’histoire d’amour secrète entre deux rivaux du hockey, Shane Hollander (Williams) et Ilya Rozanov (Storrie), alors qu’ils passent du statut de recrues à celui de vedettes de la LNH. L’enthousiasme autour de la série a crû de façon exponentielle, propulsant Williams et Storrie du quasi-anonymat à des invités très attendus des talk-shows de fin de soirée et à des présentateurs aux Golden Globes. («Tout le monde veut te rencontrer», a murmuré Tessa Thompson à Williams lors d’une récente soirée Chanel au Château Marmont, pendant que les caméras captaient son rougissement.) Il s’agit d’un moment inattendu pour une série produite par une plateforme canadienne surtout connue pour ses succès cultes comme Letterkenny, également signé Tierney. Mais tandis que les fans se concentrent sur les scènes torrides, un autre groupe pourrait tirer profit de cette attention: les équipes de hockey bien réelles.


La Ligue nationale de hockey fait partie des quatre grandes ligues sportives en Amérique du Nord, mais à l’extérieur du Canada, elle est constamment devancée en matière d’assistance par la NBA, la NFL et la MLB. Comme d’autres ligues majeures, elle est aussi critiquée pour ne pas être perçue comme un milieu accueillant pour la communauté LGBTQ+. Une image que la LNH tente publiquement de corriger, notamment par des soirées thématiques LGBTQ+, des événements communautaires et des programmes de sensibilisation comprenant des bourses et un tournoi annuel de la Coupe de la Fierté, disputé par des ligues de hockey queer locales.

La ligue traîne toutefois toujours les conséquences d’une décision prise en 2023 interdisant les chandails spéciaux pendant les périodes d’échauffement. La LNH a affirmé que cette interdiction visait un large éventail d’événements et avait pour but d’éviter l’expression d’opinions politiques partisanes sur la glace, mais elle est survenue après que plusieurs joueurs aient refusé de porter des chandails de la Fierté avec leurs coéquipiers, invoquant des raisons religieuses ou des convictions personnelles. Les nouvelles règles coïncidaient aussi avec une interdiction, à l’échelle de la ligue, des rubans adhésifs spéciaux, comme le ruban arc-en-ciel utilisé pour célébrer la Fierté. Cette interdiction a par la suite été levée. Le commissaire de la LNH, Gary Bettman, a déclaré aux journalistes après l’annonce que les soirées thématiques continueraient d’avoir lieu, mais que l’interdiction des chandails éviterait que certains joueurs deviennent des distractions. «Au final, tous les efforts et l’accent mis sur ces causes importantes ont été minés par la distraction entourant les équipes et les joueurs qui les portent», a-t-il affirmé en 2023. «De cette façon, nous pouvons rester concentrés sur le match. Lors de ces soirées spéciales, nous allons nous concentrer sur la cause.» La règle demeure en vigueur, mais plusieurs équipes la contournent en faisant porter les chandails spéciaux aux joueurs avant les échauffements, par exemple à leur arrivée à l’aréna ou lors d’activités médiatiques.

Depuis la sortie de Heated Rivalry, la LNH a reconnu que la série suscite un intérêt accru pour le hockey. «Heated Rivalry est un phénomène qui amène de nouveaux partisans vers notre grand sport», a déclaré un représentant de la LNH dans un communiqué transmis à Rolling Stone. «Et ce que ces nouveaux partisans découvriront, c’est un accueil chaleureux.» Plusieurs membres de la distribution ont toutefois exprimé l’espoir que la série puisse aussi provoquer un changement de culture dans le milieu du hockey. La série met en scène deux joueurs gais de la LNH, alors que la ligue n’a encore jamais compté de joueur ouvertement homosexuel. «J’espère simplement que ça entraînera de vrais changements dans la ligue et que ça aura une influence réelle sur la façon dont les joueurs sont traités», a confié François Arnaud, qui incarne le joueur professionnel Scott Hunter dans la série, à Variety sur un tapis rouge récent. Lors d’une entrevue au balado Andy Cohen Live sur SiriusXM, Williams a également révélé que depuis la diffusion de la série, plusieurs athlètes professionnels toujours dans le placard l’ont contacté directement, y compris certains ayant joué au hockey professionnel. Un ancien joueur, ayant évolué dans des ligues autres que la LNH, s’est d’ailleurs déclaré publiquement la semaine dernière, inspiré par la série.

Hudson Williams et Connor Storrie s’affrontent dans Heated Rivalry. Sabrina Lantos/HBO Max


Si la direction corporative de la LNH soutient publiquement qu’elle accueille les partisans LGBTQ+, ce qu’elle ne peut contrôler, c’est le bouche-à-oreille entourant le sport. La masculinité toxique et l’homophobie dans les vestiaires constituent un problème dans toutes les grandes ligues, mais le hockey n’a pas réussi à contrer efficacement cette perception dans l’espace public. Au cours de la dernière décennie, le sport s’est plutôt forgé une réputation persistante de milieu froid pour les personnes LGBTQ+. C’est d’ailleurs cette réalité qui a poussé Rachel Reid à écrire Heated Rivalry, convaincue qu’il serait extrêmement difficile pour un joueur de la LNH de faire son coming out tout en maintenant sa carrière et son attrait public. Comme la saison de la LNH ne se termine qu’en avril, il est trop tôt pour disposer de données officielles sur l’assistance, mais le succès de Heated Rivalry laisse entendre que les nouveaux spectateurs sont majoritairement LGBTQ+ ou alliés, ce qui soulève la possibilité de frictions entre la ligue et ce nouvel afflux de partisans.

Les frères Dan et Chris Powers ont grandi en jouant au hockey au Maine et ont continué à suivre le sport durant leurs études universitaires. Pendant la pandémie de COVID-19, ils ont lancé Empty Netters, un balado consacré au hockey, qui couvre les matchs de la LNH, propose des entrevues avec des joueurs et aborde tous les aspects du sport. À la diffusion de Heated Rivalry, ils ont commencé à en faire la critique, pour rapidement devenir complètement accros.

«Il y a clairement peu de temps de jeu sur la glace», explique Chris. «Mais après les deux premiers épisodes très sexy, la série prend tellement d’ampleur que j’avais envie d’y revenir. C’était presque suffisant pour moi de savoir qu’ils étaient des joueurs de hockey. Je n’avais pas besoin de les voir sur la glace pour me dire: “Ce sont deux supervedettes de la LNH.” Ils m’ont convaincu.»

Ce qui enthousiasme le plus les deux frères, racontent-ils à Rolling Stone, c’est de voir l’appui à la série se traduire concrètement par une hausse de l’assistance aux matchs. «On a remarqué plusieurs indices subtils, comme des équipes qui diffusent des chansons de la trame sonore entre les jeux», souligne Dan. «On reçoit énormément de messages privés et de photos de gens qui assistent à leur premier match de la LNH en disant que c’est directement grâce à Heated Rivalry. Ça remplit les gradins.»

Katie Townsend, cheffe des communications des Kraken de Seattle, affirme à Rolling Stone avoir vu Heated Rivalry et discuté avec des collègues de la ligue de ce phénomène qui attire de nouveaux partisans. «Comme nous sommes une équipe relativement jeune, nous avons dès le départ réfléchi de manière intentionnelle aux communautés qui ont traditionnellement été exclues du hockey, afin de nous assurer que tout le monde se sente le bienvenu», explique-t-elle. «Nous n’avons rien changé de particulier à cause de Heated Rivalry. Peu importe la façon dont les gens arrivent au match, nous voulons qu’ils se sentent accueillis.»

La présence accrue de partisans LGBTQ+ offre un certain niveau de représentation, que plusieurs estiment susceptible de mener éventuellement au coming out d’un joueur de la LNH. Harrison Browne, qui a joué dans une ligue professionnelle de hockey féminin avant de faire son coming out comme personne trans, apparaît brièvement dans un épisode de Heated Rivalry. «Qu’on soit lesbienne, bisexuelle, transgenre ou non binaire, on voit ces personnes occuper ces espaces», a-t-il déclaré à The Athletic. «Ça permet aux gens de se sentir plus en sécurité pour s’exprimer et de savoir qu’ils ne seront pas exclus.»

Lexi Lafleur Brown, autrice de romans de hockey et ancienne conjointe de joueur professionnel, partage toutefois un point de vue plus nuancé. Mariée depuis 2015 à l’ancien joueur et analyste télé J.T. Brown, elle affirme à Rolling Stone que la culture d’exclusion du hockey envers les personnes LGBTQ+ ne disparaîtra pas grâce à une seule série à succès. «Il y a cette question qui revient souvent: “Est-ce que cette série va vraiment changer la vie des joueurs de hockey?” Et malheureusement, le vestiaire de la LNH est un milieu très hermétique», dit-elle. «La culture toxique du hockey, par définition, ne valorise pas l’individualité.»

Dan Powers reconnaît lui aussi l’existence d’un problème de masculinité toxique dans la LNH, tout en rappelant qu’il touche l’ensemble du sport professionnel. «Je comprends et je reconnais qu’il y a encore cette mentalité macho très ancrée, qui est difficile à ébranler», affirme-t-il.

Même si Heated Rivalry ne reviendra pas pour une deuxième saison avant au moins le début de 2027, plusieurs arrêts promotionnels à venir pourraient favoriser des collaborations entre la série et la LNH. Des équipes comme les Bruins de Boston et les Canadiens de Montréal ont déjà intégré Heated Rivalry à leurs publications sur les réseaux sociaux. La Ligue professionnelle de hockey féminin, historiquement plus ouverte envers la communauté LGBTQ+, a invité Rachel Reid à annoncer l’alignement partant du Montréal Victoire, une équipe qui compte d’ailleurs deux joueuses mariées, Marie-Philip Poulin et Laura Stacey. Le rappeur TikTok bbno$ a brandi une pancarte «I love Heated Rivalry» lors d’un récent match des Canucks. À Los Angeles, l’organiste des Kings, Dieter Ruehle, a interprété «I’ll Believe In Anything» de Wolf Parade, une chanson associée à un moment marquant de la série, lors d’un match contre les Sharks de San Jose. «Je joue plusieurs chansons qui figurent dans la série et c’est un immense plaisir de voir à quel point les gens sont heureux en les entendant», confie Ruehle à Rolling Stone. «J’espère que ça aura un impact positif sur tout le monde dans le milieu du sport professionnel.» Les frères Powers soulignent enfin que la prochaine bataille pourrait bien être celle de l’équipe de la LNH qui réussira à attirer Storrie et Williams à leur premier match public, en amenant les partisans avec eux.

«L’impact de Heated Rivalry est positif, même si on ne verra pas un joueur de la LNH sortir du placard demain matin», conclut Lafleur Brown. «Ça peut contribuer à faire grandir le sport et à accueillir une toute nouvelle vague de partisans. Et si on fait grandir le hockey, autant le faire dans la bonne direction.»

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