Ceci est la traduction adaptée d’un article de Brian Hiatt, originalement publié par Rolling Stone le 13 avril 2026. Nous republions l'article originalement intitulé BTS Is Back on Top: ‘We Have to Push It to the Edge’ avec la permission de son auteur. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.
Quand RM traverse une crise existentielle, ce qui arrive assez souvent, il peut se tourner vers les mots de Rainer Maria Rilke, ou vers les paroles de Tyler, the Creator. Le leader de BTS voue une vraie fascination à cet autre RM à la plume poétique, et revient sans cesse à un passage souvent cité de son poème de 1905, Go to the Limits of Your Longing : «Let everything happen to you/Beauty and terror/Just keep going/No feeling is final.» En gros, continue d’avancer.
Étendu dans sa couchette militaire glaciale, le crâne rasé de près, aux prises avec 18 mois d’insomnie sans relâche pendant son service obligatoire, RM écoutait Don Toliver, Playboi Carti, le premier album de Dijon, ou encore la ballade Past Won’t Leave My Bed de Joji. Quand les paroles faisaient tourner son cerveau à plein régime, il passait à de la musique classique ou ambient. Mais c’est surtout Darling, I de Tyler qui l’a accroché, et cette phrase dans le refrain : «Forever is too long.» Tyler et Teezo Touchdown y parlent d’éviter la monogamie à tout prix, mais RM y a trouvé autre chose. «Peut-être qu’à ce moment-là, l’armée me semblait trop longue, dit-il. Je chantais cette phrase en boucle. Et juste en la chantant, ça me guérissait un peu.»
Son passage à l’armée a mis sa santé mentale à rude épreuve, le laissant dans ce qu’il décrit comme une «grotte» intérieure. Mais aucune émotion n’est définitive, et ce n’était pas pour toujours. Par un samedi gris de février à Séoul, il retrouve ses six coéquipiers. Ils traînent dans un studio aux airs d’entrepôt, au cœur du siège ultramoderne de Hybe, un conglomérat devenu mondial, largement bâti sur le succès hors norme de BTS. Une sorte d’Étoile noire de la pop, brillante et métallique, où les gardiens filtrent les visiteurs avec une intensité digne des plus grandes stars américaines, et où les employés font circuler des NDA sur des clipboards à l’étage. Même les toilettes sont futuristiques dans leur sécurité, guardées par des portes coulissantes électroniques qui requièrent un badge pour entrer et, Dieu seul sait pourquoi, sortir.

Avec BTS dans le bâtiment, difficile de les blâmer. La moindre variation dans la trajectoire du groupe peut faire bouger l’action de Hybe, mais ce n’est qu’un détail. Il est presque impossible d’exagérer l’importance du groupe pour sa ville et son pays, au point où les règles de conscription militaire ont été modifiées en 2020 en pensant à eux, même si les sept membres ont finalement choisi de s’enrôler. En arrivant à Séoul, il suffit de quelques minutes avant de tomber sur V en camisole sur un panneau publicitaire d’autoroute pour une marque de café locale. Pour leur concert gratuit ici, capable de paralyser la ville, BTS rejoindra la scène en empruntant la King’s Road, sur les traces de cinq siècles de monarchie.
Cinq semaines avant la sortie de Arirang, leur premier album entièrement inédit en près de six ans, RM revit son poème fétiche. Son coéquipier Jimin avait d’ailleurs inscrit d’autres vers de Rainer Maria Rilke sur son torse dans un vidéoclip en 2023. «Je ressens un stress extrême et une joie extrême en même temps, dit RM. Et ça oscille constamment, chaque jour, chaque nuit.» Vêtu d’un manteau de cuir noir brillant, d’un t-shirt noir, de bottes massives et d’un pantalon parachute oversize que seul un membre de BTS peut vraiment assumer, il affiche un mélange d’élégance et de tension. Ses cheveux sont légèrement décolorés aux pointes, coiffés avec précision, et son regard reste vif, curieux. On l’imagine facilement dans une autre vie, professeur populaire, lunettes épaisses sur le nez.
RM se pose constamment des questions, et ces dernières années, elles concernaient surtout son groupe. À quoi devraient-ils ressembler maintenant? Que représentent-ils? Devraient-ils continuer? Il pourrait dire que Arirang apporte des réponses, mais ce ne serait pas honnête. «Je suis encore très confus, dit-il. C’est ce qu’on a réalisé après l’armée.» Il pensait trouver un consensus clair, mais ce n’est pas arrivé. L’image reste floue. «Ces 14 morceaux peuvent peut-être répondre à ceux qui se demandent ce qu’est BTS en 2026.»

L’anxiété, elle, ne disparaît pas. «J’aimerais faire semblant d’être prêt, que tout est réglé, que tout va bien. Mais j’ai encore plus envie d’être honnête.»
Avec trois singles en anglais en 2020 et 2021, Dynamite, Butter et Permission to Dance, BTS a achevé sa conquête mondiale, à un niveau jamais atteint par un groupe asiatique. Mais une partie de RM s’est demandé si, en retour, le monde n’avait pas aussi transformé BTS. Le groupe écrivait auparavant une grande partie de ses chansons, chantait surtout en coréen et venait d’un hip-hop plus agressif. «Je ne savais plus quel genre de groupe nous étions», confiait-il en 2022.
Plus tard, dans une discussion avec Pharrell Williams, il allait encore plus loin. «Je dois arrêter un moment, décrocher et voir ce qui se passe. Parfois, j’ai peur. Et si je n’aimais plus la musique?» Pharrell lui avait répondu simplement: «Continue.»
Bien plus tard, lors d’un livestream, RM avouera avoir envisagé des milliers de fois l’idée de mettre le groupe en pause ou même de le dissoudre.
J-Hope partageait ce doute. «Recevoir autant d’amour, est-ce vraiment une bonne chose? Peut-être que je devrais tout arrêter.» En 2022, il sort Jack in the Box, posant frontalement la question: éteindre la flamme ou brûler encore plus fort. Il a choisi de continuer. «Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas simplement arrêter. Et au fond, je voulais continuer.»

Pour Suga, la réponse était plus simple. «On savait qu’on allait revenir. Pour nous, c’était évident.»
RM a tout de même fixé une ligne directrice pour Arirang, qui deviendra un succès majeur, avec plus de 641 000 copies vendues aux États-Unis dès la première semaine et une première place dans 115 pays sur Apple Music. «Si on ne se challenge plus, il n’y a aucune raison de continuer comme groupe. On doit pousser encore plus loin.»
En octobre 2022, les sept membres de BTS, vêtus de hoodies mauves assortis, se tiennent la main avant de s’incliner à l’unisson sous un ciel rempli de feux d’artifice au-dessus de Busan. En quittant la scène, V brandit une pancarte plastifiée avec un message en anglais et en coréen tiré des paroles de la chanson qu’ils viennent d’interpréter: «Best moment is yet to come.» Ils saluent leurs fans, tentant de garder le sourire. Jimin reste un peu plus longtemps à l’avant-scène, les yeux brillants. C’est la dernière fois que BTS se produit ensemble en public pendant quatre ans. 
Jin, le plus âgé à 33 ans, au charme sarcastique, avec un syndrome de l’imposteur tenace concernant sa place dans le groupe, est le premier à s’enrôler, peu après la sortie du single synth-pop volontairement humoristique Super Tuna. En tant qu’assistant instructeur, il achète de la nourriture supplémentaire pour ses recrues, qui finissent par s’attacher profondément à lui, allant jusqu’à pleurer à son départ. Lui aussi pleure lors de sa cérémonie de libération. Une fois sorti, il porte la flamme olympique aux Jeux de Paris, participe à une émission à succès sur Netflix, et sort deux excellents EP qui penchent vers le rock, une direction qu’il a développée notamment grâce à son admiration de longue date pour Coldplay.
Mais pendant tout ce temps, il cherche à retrouver le chemin du groupe. «Les autres membres m’ont tellement manqué, dit-il. J’ai toujours pensé qu’il n’y avait aucune raison de continuer si ce n’est pas avec le groupe. Une carrière solo n’est pas si importante pour moi. Si je fais quelque chose, ce sera pour essayer des choses différentes à l’intérieur du groupe quand les fans se lassent. Le jeu d’acteur ou ce genre de choses ne m’intéresse pas.»
En 2023, Suga sort son premier album officiel sous son alter ego Agust D, après deux mixtapes marquées par des confessions personnelles plus abrasives. Cette fois, sur Amygdala, il rappe sur les maladies de ses parents et d’autres traumatismes, tout en affirmant s’être libéré du passé: «What didn’t kill me only made me stronger / And I begin to bloom like a lotus flower once again.» En raison d’un accident de moto survenu autour de 2012, qui l’avait empêché de lever les bras sur scène à une époque, son service militaire se déroule dans le civil, où il travaille pendant 21 mois comme travailleur social. «Après cet album final, je n’ai plus de sentiments négatifs en moi», dit-il. Il a aussi dépassé sa peur de manquer de mots, qu’il avait exprimée en 2022. «J’essaie de moins stresser avec ça. Je vais toujours trouver des choses à dire, puis en manquer à nouveau. C’est un cycle éternel.»
Avant son enrôlement, J-Hope est en tête d’affiche de Lollapalooza en juillet 2022, devenant le premier artiste sud-coréen à occuper cette position dans un grand festival américain. «J’avais l’impression d’être coincé dans une sorte de moule qui m’empêchait de m’exprimer librement, dit-il. J’avais envie de briser ce moule et d’entrer dans le monde avec mon vrai moi et toute la musique que je voulais partager. Mais maintenant que j’ai créé davantage, que je me suis mis au défi, je ne dirais plus que je suis dans une boîte. Maintenant, je me demande: qu’est-ce que je peux créer maintenant que je suis à l’extérieur?» En même temps, il se rappelle de la puissance du groupe. «Maintenant qu’on est de retour ensemble, les autres membres comblent les manques que je ressens dans mon expression, dans ma performance. À bien des égards, j’ai réalisé que c’est pour ça qu’on était sept.»
Jung Kook ne perd pas de temps à s’imposer comme la pop star qu’il est destiné à être, même si, à 28 ans, il reste d’une grande humilité. «Honnêtement, je n’arrive pas encore vraiment à me considérer comme une pop star, dit-il. Mais je suis très reconnaissant qu’on me voie comme ça, et que les fans pensent à moi de cette façon. Alors je veux continuer à m’améliorer, pour pouvoir me sentir comme une star pour moi-même. Un jour!» Son single Seven, avec Latto, qui affiche un niveau d’explicite assez surprenant, devient la quatrième chanson la plus écoutée sur Spotify en 2023.
«Je n’étais pas gêné», dit Jung Kook à propos des paroles. «Je me suis juste dit: “Et alors?”» Mais RM explique avoir dû intervenir auprès du label pour que certaines lignes restent telles quelles: «J’ai dit au label: “S’il vous plaît, ne changez rien. Pourquoi pas? Il est adulte. Il peut dire un mot comme fuck.”» Puis, à l’armée, Jung Kook travaille en cuisine, remuant d’immenses marmites, même la fin de semaine. «Ce que j’ai surtout ressenti, c’est que je voulais vraiment performer, dit-il. Je voulais chanter. “Ah, j’ai tellement hâte de sortir d’ici! Je veux remonter sur scène et danser!” C’est tout ce à quoi je pensais.»
Jimin, dont la voix de velours et le magnétisme de séducteur presque félin se démarquent même dans un groupe rempli de chanteurs virtuoses et de présences fortes, s'est choqué lui-même par son propre succès en solo. Son single Like Crazy a atteint la première place des mois avant Seven, faisant de lui le premier artiste solo coréen à trôner au sommet du Hot 100. «Je ne m'y attendais pas du tout», dit Jimin. «Mais à travers ce processus, j'ai appris que j'ai encore un long chemin à parcourir.» Il s'est enrôlé en même temps que Jung Kook, et lors de leurs premiers jours à l'armée, ils ont participé à une course à pied ensemble. (Contrairement à leur ascension dans les palmarès, c'est Jung Kook qui a gagné celle-là.) Il m'avait dit en 2021 qu'il ne pouvait pas s'imaginer en dehors du groupe. «Mes pensées n'ont pas changé», dit-il. «Si elles ont changé d'une quelconque manière, c'est que si BTS, et réussir au sein de BTS, reste ma priorité absolue, je veux aussi être un meilleur chanteur en tant qu'individu. Mes coéquipiers sont tous tellement incroyables que je ressens le besoin d'améliorer ma propre valeur en tant que membre et de ne pas être éclipsé.»
V, le baryton envoûtant du groupe, l'âme ancienne désignée et acteur occasionnel, a évité la course à la pop solo, optant pour un R&B sensuel aux accents jazz sur son mini-album Layover. «Si Layover n'était pas sorti», dit-il, «je pense que V en tant qu'artiste serait resté bloqué comme un danseur et chanteur pur et dur, incapable de partager toutes les couleurs différentes et vibrantes qu'il porte en lui.» Il fera probablement un album pop lui aussi, un jour, ajoute-t-il. «Même cela est un style de musique que j'aime, que j'ai travaillé à poursuivre. Je ne sais pas quand ce sera, mais un jour, c'est un genre que je devrais et aimerais essayer.»
À l'armée, il a essayé d'oublier complètement sa carrière musicale et d'utiliser ce temps pour se réinitialiser. «J'ai beaucoup bougé», dit V. «J'ai beaucoup lu, écouté beaucoup de musique. Cela m'a donné l'occasion de reconstruire mon corps et mon esprit.» Il peut soulever environ 230 livres au développé-couché, ce que son unité militaire remplie d'athlètes considérait comme un poids de «bébé», mais il est presque certain que cela fait de lui le membre le plus fort de BTS. Il a lu Han Kang, l'écrivaine coréenne lauréate du prix Nobel, et le romancier policier japonais Keigo Higashino. Il se perdait dans les histoires, s'imaginant comme l'un des personnages. «J'étais tellement plongé dans mon imagination à l'époque. Est-ce que c'était utile ? Je n'en suis pas sûr !»

AU DÉBUT, ils étaient tous vêtus de noir, des chaînes en or autour du cou, et même Jung Kook rappait. Le premier single de BTS, No More Dream, est sorti en 2013, avec une ligne de basse rappelant Deep Cover de Dr. Dre et Snoop Dogg. La chanson et le clip, toujours charmants, présentaient une version de BTS à haute énergie, presque comiquement agressive et dominée par le hip-hop. Mais dès les morceaux de la fin de cette année-là comme Coffee et Outro: Luv in Skool, l'approche du groupe a commencé à s'élargir, et les chanteurs sont passés progressivement au premier plan. Au moment de leur trio de succès en anglais, les auditeurs les plus occasionnels de BTS n'avaient peut-être aucune idée des débuts très rap du groupe.
Cette fois-ci, BTS voulait se réapproprier une partie de ce vieux son, mais sous une forme plus mature. «Nous nous sommes tous rassemblés et avons commencé en 2013», dit RM. L'album actuel, ajoute-t-il, est «un nouveau départ, mais je pense que nous revenons inconsciemment à nos débuts, à toute cette énergie survoltée, ce genre d'énergie où on veut montrer quelque chose au monde.»
Même Jin, qui ne voyait aucun problème avec la série Dynamite à Permission to Dance au motif qu'un succès est un succès, a fini par se laisser convaincre. «Je n'étais pas totalement d'accord avec les autres sur cette question», dit Jin. «Parce qu'avec la musique, on voit certains résultats, n'est-ce pas ? Je croyais donc que nos chansons les plus aimées constituaient notre identité. Mais tout le monde ne ressentait pas cela, alors après beaucoup de discussions, j'ai été convaincu par l'idée que notre identité réside dans la musique que nous faisions autrefois.»
Le producteur vétéran de BigHit Music/Hybe, Pdogg, a commencé à travailler avec BTS bien avant No More Dream, qu'il a coécrit et produit. «J'ai partagé leur parcours d'immense croissance artistique, depuis leurs jours de stagiaires jusqu'à aujourd'hui», dit-il. Il a été profondément impliqué dans Arirang également, et affirme que tout le monde était «très intentionnel quant au fait d'apporter une sensibilité hip-hop dans l'album. Bien que l'album couvre une gamme de genres, je ne pense pas que nous ayons délaissé cette racine hip-hop.»
En juillet 2025, les membres — sans Jin, encore en tournée solo — ont emménagé ensemble dans une maison à Los Angeles. Ils ont passé deux mois en studio, alternant entre quatre salles d'écriture séparées, chacune remplie d'un complément de producteurs et de paroliers, travaillant sept ou huit heures par jour. Selon Pdogg, l'équipe s'est appuyée sur Diplo, qui a travaillé sur de nombreux morceaux, pour suggérer d'autres producteurs et coauteurs occidentaux. Pour Gia Lim, responsable de l'équipe A&R de BigHit, filiale de Hybe, les sessions consistaient «fondamentalement à s'éloigner de notre flux de travail traditionnel tout en se concentrant sur le mélange d'un tranchant mondial et frais avec l'identité fondamentale de BTS.»
L'un de ces collaborateurs, le producteur hip-hop Mike WiLL Made-It, a dû s'habituer à créer pendant les heures de bureau normales. «C'est vraiment super différent de l'Amérique», dit Mike, qui a noué des liens avec les membres du groupe autour de leurs montres. «Nous, on pourrait être là toute la nuit. Mais je comprends ! C'est plus efficace.» Il a apprécié qu'ils s'adressent directement à lui, et non à un imitateur. «Salutations à BTS d'être venus à la bonne source, vous voyez ce que je veux dire ? Nous ne parlons même pas couramment la même langue, mais quand nous faisions ces chansons, c'était comme si nous parlions la même langue... J'ai aimé à quel point ils essayaient d'être différents. Les rythmes qu'ils ont choisis ne ressemblent à aucune autre production que j'ai faite. C'est totalement hors-norme, et c'est tout simplement original.»
C'était la première fois que Pdogg participait à toutes les étapes d'un album de BTS, de l'écriture au matriçage. Il pouvait sentir la différence. «La couleur individuelle de chaque membre est devenue plus prononcée», dit-il. «Je pouvais vraiment voir un niveau d'ambition encore plus fort cette fois-ci.» Plutôt que d'essayer de fondre les sept voix en une seule, ils se sont appuyés sur ce que les années solo avaient apporté à chaque chanteur : «Nous nous sommes davantage concentrés sur la mise en valeur du caractère distinct de chaque voix.»
Au moins un membre de BTS s'est demandé si les aventures en solo allaient changer la dynamique du groupe. «Puisque nous avons tous les sept eu des carrières en solo et que nous avons renforcé nos ego», dit V, «je pensais que cela signifiait que tout le monde aurait des opinions beaucoup plus tranchées à notre retour au travail ensemble. Mais à ma surprise, tous les membres sont arrivés avec un esprit tellement ouvert et avaient approfondi leur caractère. J'ai tellement appris d'eux en travaillant sur cet album.»
Swim, le premier single, a pris forme dans sa version la plus brute lors des présessions, des semaines avant l'arrivée des membres à L.A. «C'était spécial dès la première écoute», explique Pdogg. «J'ai toujours pensé que la chose la plus cool qu'ils pouvaient faire était quelque chose d'un peu sobre», explique le compositeur britannique montant James Essien, une force clé derrière Swim. «C'est tellement prévisible d'essayer de faire une autre chanson comme Dynamite.» Il se souvient avoir improvisé la piste d'accompagnement de la chanson avec le compositeur et multi-instrumentiste Tyler Spry après que le président de Hybe, Bang Si-Hyuk, n'ait pas été impressionné par un autre morceau. «Bang est entré, le visage comme un mur de briques», raconte Essien. «Alors on commence une autre idée, on explore... et la mélodie est arrivée naturellement. Elle est tombée du ciel.» Le groupe finira par avoir quelques hésitations à choisir un morceau plus subtil, mais Essien se souvient que RM lui a dit : «C'est plus sexy. C'est ce dont nous avons besoin maintenant. Nous sommes plus sexy. Nous sommes décorés par l'armée.»
Le producteur espagnol audacieux El Guincho, dont les collaborations vont de Rosalía à Charli XCX, a joué deux rythmes dès ses dix premières minutes avec le groupe. Ils ont choisi les deux et les ont combinés pour le morceau phare Hooligan, qui superpose des cordes découpées provenant d'un film français de 1962 avec des bruits de couteaux percutants qui s'entrechoquent. «Ils gravitaient vers les idées les plus extrêmes au lieu des paris les plus sûrs», dit-il. «Joue-nous le truc le plus fou que tu as.» Revenant à ses racines rap, Jung Kook a trouvé le concept de Hooligan. «Quand j'ai entendu la piste, le flow m'est venu immédiatement», dit-il. «Et je ne savais pas si la chanson serait retenue. Mais elle a été choisie, et ça, c'était génial.»
Alors qu'El Guincho façonnait Hooligan, les membres essayaient déjà des pas de danse, et il s'est retrouvé à ajuster les motifs de batterie en fonction de ce qu'il voyait. «Je regarde la façon dont certains coups de pied résonnent dans leurs corps, certaines lignes de basse, certaines caisses claires», dit-il. «C'est ce qui rend cela différent de n'importe quel autre artiste avec qui j'ai travaillé.» À un moment donné, Essien est tombé sur une pièce adjacente au studio où une équipe avec des tableaux blancs planifiait déjà la chorégraphie de chansons pas encore terminées. «Je me suis dit : Wow, c'est vraiment une machine bien huilée», raconte-t-il.
Suga était une énigme pour les producteurs. Il entrait dans une pièce, écoutait, ne disait rien, partait, puis revenait des jours plus tard. Parfois, il prenait une guitare et gratouillait sur les morceaux. «On pouvait voir qu'il ressentait vraiment la chanson et essayait de la comprendre», dit El Guincho. J-Hope choquait la salle lorsqu'il passait de son personnage quotidien joyeux à son rap féroce, qu'un collaborateur compare à DMX. Jimin restait assis en silence pendant 30 minutes, absorbant les pensées des producteurs, puis se lançait avec une prise parfaite qui intégrait tous les commentaires. Jung Kook, quant à lui, a époustouflé tout le monde avec sa facilité déconcertante à chanter dans ce qui semble être un anglais parfait. «Je pense que mon oreille est bonne pour ce genre de chose», dit Jung Kook. «Mais au bout du compte... c'est une langue étrangère pour moi. Je ne veux pas que des locuteurs natifs m'entendent parler leur langue et trouvent cela inconfortable, ou n'aiment pas ça, d'une quelconque manière. J'ai donc travaillé très dur là-dessus.»

V, quant à lui, s'est imposé comme auteur-compositeur, particulièrement sur le titre de clôture de l'album, l'éthéré Into the Sun, issu d'une séance d'improvisation avec un groupe en direct. «Les choses ne coulaient pas très bien», explique Pdogg. «Nous avons décidé de relâcher la pression et de simplement nous amuser. V a fini par prendre le micro, j'étais à la basse Moog, Tyler Johnson était dans la cabine à la batterie et Nitti à la guitare.» Suga a écrit la section rap de la chanson sur la terrasse de la maison qu'ils partageaient. «Avant cet album, je n'avais jamais imaginé travailler sur une chanson à l'extérieur», dit Suga. «On a seulement besoin d'un carnet et d'un stylo.»
Une fois la tournée solo de Jin terminée, il s'est rendu au studio, où il a découvert plus d'une centaine de chansons déjà écrites. «Je m'inquiétais que les fans s'ennuient pendant que tout le monde était à l'armée», dit-il, «alors j'étais là à apaiser le cœur de nos fans. Pendant ce temps, toutes les chansons ont été faites.» Est-il frustré ? «Je suis un peu déçu. Mais il y a plus dans la vie que le présent. Il y a le futur. De plus, si j'avais été avide et que j'avais poussé toute la session pour ajouter mes propres chansons, cette interview n'aurait lieu que dans plusieurs mois. Est-ce que les fans ne s'ennuieraient pas trop pendant ce temps ?»
C'est Bang et Hybe qui ont eu l'idée de nommer l'album Arirang, d'après l'ancienne chanson folklorique coréenne, profondément mélancolique et presque sacrée. Le groupe a accepté le concept presque instantanément, mais comme on peut le voir dans leur documentaire Netflix, l'idée d'inclure un échantillon de la chanson réelle dans Body to Body a suscité des semaines de discussions. Ce moment mis à part, «nous n'avons pas cherché à mettre en avant la "coréanité" de manière évidente», dit Pdogg. Mais le groupe a insisté pour redonner la priorité aux paroles en coréen. Please a été enregistrée en anglais, mais BTS a insisté pour la réécrire presque entièrement en coréen. Lim affirme que l'équipe A&R était convaincue que «la musique elle-même résonnerait auprès des auditeurs au-delà des barrières linguistiques.»
L'album aurait facilement pu être composé d'un tout autre ensemble de chansons. «Il y a eu beaucoup de conflits», dit RM. «Lesquels garder, lesquels ne pas garder.» J-Hope affectionne toujours une chanson non retenue intitulée Like This, tandis qu'Essien se souvient d'un titre nommé Five Minutes que tout le monde semblait adorer. «Que va-t-il se passer, je me le demande ?» dit Jimin. «Qu'arrivera-t-il à ces chansons que nous avons écrites ?»
Suga a la réponse : elles sont destinées à de futurs projets solos. «Ne pourrions-nous pas les utiliser individuellement ou quelque chose du genre ? Nous les utiliserions entre nous, plutôt que de les donner.»
BTS A MARQUÉ L'HISTOIRE ENSEMBLE, s'est séparé, puis a marqué l'histoire chacun de son côté avant de réussir à se réunir. Ils feront le tour du monde jusqu'en mars prochain, après que Jin ait insisté pour prolonger l'itinéraire d'environ huit mois de plus que prévu. «Quand nous avons reçu nos plans de tournée pour la première fois, il n'y avait pas beaucoup d'arrêts», dit-il. «Et cela ne devait durer que trois à quatre mois environ. J'ai dit : Maintenant que nous sommes de retour, nous avons promis à tant de gens que nous viendrions les rencontrer, et j'ai l'impression que c'est rompre notre promesse.» Mais après cela, que reste-t-il à accomplir pour le groupe ?
Suga veut simplement instaurer un ton différent. «Nous devrions nous amuser», dit-il. «Avant, nous étions beaucoup trop compétitifs. J'ai l'impression que, dans la précipitation pour atteindre nos objectifs, nous ne nous souciions pas assez de notre santé physique et émotionnelle. Mais maintenant, nous pouvons nous détendre un peu, surtout que nous sommes tous plus vieux. Je pense donc que nous pouvons avoir plus de plaisir avec ça maintenant.»
«C'est tellement incroyable que nous nous soyons retrouvés», dit J-Hope, «et que nous fassions encore de la musique en groupe. Quand je pense à cela, les objectifs n'importent plus autant.»
Pendant les répétitions en février, Jimin a suggéré au reste du groupe de retourner en studio juste après la fin de leur tournée pour enregistrer un autre album. Mais cela, en retour, a donné une idée différente à Suga. «Le temps passe si vite, et les tendances changent si rapidement», dit-il. «Et je me demande si nous ne devrions pas essayer de sortir des singles pendant un certain temps. Voyez-vous, c'était en septembre dernier que nous avons terminé l'album à l'étape du pré-enregistrement. Mais il a fallu tout ce temps pour qu'il sorte. Donc, quand nous l'avons fait, nous n'avions aucune idée des tendances de mars et avril, ou de quels genres seraient populaires. C'était délicat d'essayer de faire de la bonne musique. Pour beaucoup de ces raisons... peut-être que nous ferons un single, peut-être un mini-album, quelque chose dans ce genre.»
Les membres du groupe ont pris note du triomphe de Bad Bunny au Super Bowl, entièrement en espagnol, et l'idée de suivre son exemple les intrigue. «Nous ne pouvons pas le faire à moins d'y être invités», dit Jimin, tandis que Jin reconnaît imaginer déjà à quoi ressemblerait leur spectacle.
RM est plus prudent. «Peut-être si le temps passe, et que les pensées des gens changent», dit-il. «Tous les gens dans le monde regardent Parasite, toutes ces grandes choses de la culture coréenne, donc s'il y a une chance, nous voulons vraiment le faire, un jour.»
Le leader du groupe est conscient que BTS a attiré des détracteurs fervents, et il s'adresse à eux directement sur le morceau 2.0 produit par Mike WiLL. «Il y a vraiment des gens qui prient chez eux», explique RM. «S'il vous plaît, que BTS s'effondre. Qu'ils se séparent et s'écroulent. Alors nous pensons : OK, les gars, pendant deux, trois ans, nous avons été séparés... et trois ans ont passé, et il y a des ARMY qui nous attendent, le monde nous attend, alors vous avez eu votre petit moment de plaisir.»

Lisent-ils encore les commentaires ? «Jamais !» lance Suga.
«Parfois», admet RM, et le reste du groupe éclate de rire.
La vantardise de 2.0 semble aussi viser les concurrents, mais qui, précisément, cela pourrait-il être à ce stade ? Je suggère au groupe que la réponse pourrait être d'autres icônes pop mondiales : Taylor Swift, Bruno Mars, Harry Styles. RM grimace à la comparaison. «Ce sont de plus grands artistes que nous», répond-il doucement. «Nous sommes si petits. Nous ne sommes qu'un boy band de Corée.» C'est la seule chose qu'il dit de toute la journée qui ne sonne pas tout à fait juste.
Photographies par Pak Bae.
Stylisme par Yejin Kim.
Coiffure par Hansom, Hwayeon et Hyunwoo Lee.
Maquillage par Dareum Kim et Shinae.
Scénographie par Yeabyul Jeon.
Produit par Nuhana.
Producteur exécutif : Sooh Hwang.
Producteurs : Sebin Park et Kaly Ngo.
Productrice déléguée : Cherry Lee.
Technicienne numérique : Huijin Kim.
ssistance photographique : Soojung Oh, Minhyuk Lee, Minjun Kim, Jihyun Oh, Juwan Kang et Junhyung Yang.
Équipe scénographie : Sohyun Won, Yunseon Choi, Junhyuk Sim. D
ir. photo vidéo RS : Mike Beech.
Cadreurs : Byeong Hwi Min, Churl Gwon, Hyunsuh Paik.
DIT : Jiwoon Lee.
Opérateur son : Min Jae Lee.
Assistante de production : Seohyun Yoon.

















