Malgré 13 éditions sous la ceinture, Hugo Mudie reste toujours fébrile à l’approche du Pouzza Fest. Chaque année depuis qu’il a fondé le légendaire festival punk et DIY en 2011, ce sont les mêmes inquiétudes. Est-ce que la météo sera de son côté? A-t-il oublié un détail important? Et, surtout, est-ce que les festivaliers seront contents?
Depuis 15 ans, le Pouzza Fest occupe une place spéciale dans l’écosystème de la scène punk. D’abord pensé comme un rassemblement relativement modeste pour les amateurs de punk et les groupes en tournée, le festival est devenu l’un des événements DIY les plus respectés en Amérique du Nord.
«Le Pouzza grossit chaque année, donc tu t’ajoutes de nouvelles tâches, mais on n’est pas une grosse équipe», dit Mudie, seul employé à temps plein du festival. «Le reste des employés sont saisonniers, ou ce sont des amis ou juste du monde smatte qui veulent aider.»
Malgré cette croissance, le fondateur et son équipe ont conservé ce qui faisait l’identité du festival dès le départ: un fort sentiment de communauté. Même en prenant de l’ampleur à travers des dizaines de salles et des centaines d’artistes, le Pouzza n’a jamais complètement perdu son lien avec la scène locale qui l’a vu naître. Montréal entretient une longue histoire avec le punk, le hardcore et les autres scènes connexes depuis ses débuts. D’institutions comme les Foufounes Électriques jusqu’au rayonnement international de groupes comme The Sainte Catherines, dont Mudie est le chanteur.

Avec ses différents projets, Mudie a passé une bonne partie de sa vie à tourner à travers les réseaux DIY nord-américains et européens. Cette expérience a largement influencé la philosophie du Pouzza. Plutôt que de bâtir un festival traditionnel centré sur une logique corporative ou des installations VIP, l’idée était de recréer, à l’échelle d’une ville entière, l’esprit communautaire des tournées punk indépendantes.
Cette approche demeure au cœur de l’identité du festival. Au lieu d’être concentré sur un seul site, le Pouzza se déploie dans plusieurs salles du centre-ville accessibles à pied, en plus d’une programmation extérieure gratuite. Les festivaliers passent d’un bar à une salle de spectacle ou à un théâtre tout au long de la fin de semaine, dans une ambiance qui ressemble davantage à un grand rassemblement communautaire qu’à un festival conventionnel. Cette formule favorise aussi la découverte. Quelqu’un peut venir voir une tête d’affiche reconnue, puis se retrouver une heure plus tard devant un jeune groupe local dans une petite salle remplie à craquer.
«Au niveau de la programmation, on essaie de trouver ce que les autres ne trouvent pas. On veut être le premier festival des prochains gros groupes. Donc on construit un line-up varié pour mixer les générations. On ne veut pas juste être nostalgique, on veut pas juste les bands cool de l’heure», dit Hugo Mudie. «On veut qu’il y ait des bands de jeunes, de la musique francophone, des groupes avec des filles, des bands queer. Des fois, on réussit!»

En tout cas, le pari est gagné cette année, avec près de 150 artistes provenant du punk, du hardcore, du ska, du post-punk, du metal, du garage rock et de la scène indépendante. À l’affiche, des groupes comme le groupe torontois PUP, les pionniers britanniques Buzzcocks, Bedouin Soundclash, Baroness ou encore Pinkshift. Des concerts anniversaires de Cancer Bats et de The Sainte Catherines rappellent aussi l'évolution du genre au fil du temps.
Le Pouzza dépasse le cadre des concerts. En plus des spectacles présentés dans des lieux comme les Foufounes Électriques, le Turbo Haus, le Café Cléopâtre ou le Théâtre Sainte-Catherine, le festival propose aussi des activités extérieures gratuites, des événements communautaires, des rencontres entre artistes, des spectacles pour enfants et des séances de yoga. Cette année, Mudie réalise le rêve d’ajouter une exposition au festival, avec Alex Ortiz de We Are Wolves comme commissaire.
«C’est un peu un camp de vacances pour punks», résume Mudie. «Quand j’étais ado, je m’imaginais la scène punk comme étant ce que le Pouzza est devenu aujourd’hui. On a réussi à créer un microcosme où les gens se rencontrent et échangent, les artistes se mélangent avec le public. Il n’y a pas de rockstars.»

















