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Souldia: renaissance sous haute tension

Sur «Nouvelle vie», le vétéran du rap québ se dévoile comme jamais.

Souldia: renaissance sous haute tension
David Delaplace

Pour sa douzième sortie, le rappeur québécois Souldia ne fait pas les choses à moitié. Nouvelle Vie, c’est à la fois un manifeste brut et poétique, une œuvre qui vibre sous les mots lourds d’un gars qui a donné autant qu’il a perdu, et qui revient avec un son plus poli, mais toujours aussi acéré. Pour les fans de longue date de Souldia, c’est un retour aux sources, mais avec une maturité nouvelle qui fait ressortir les cicatrices sous les tatouages.

Si Souldia a souvent été perçu comme le bad boy de la scène rap québécoise, Nouvelle Vie révèle une facette plus introspective. Bien sûr, il y a toujours cet esprit street qui traverse chaque ligne, mais cette fois, l’artiste de Limoilou en appelle à des réflexions plus profondes. Avec une honnêteté déconcertante, Souldia dépeint des rêves et des cauchemars, traite tour à tour de solitude et d’amitiés perdues, dans un mélange de désespoir et d’espoir, de force brute et de vulnérabilité.


«Je n’avais pas de plans de faire un album, quand je l’ai fait», avoue Souldia en entrevue avec Rolling Stone Québec. «Après le décès de ma mère, je suis allé en studio pour me défouler. Après avoir enregistré une ou deux tounes, je me suis dit que c’était le temps de faire le douzième!».

Nouvelle vie

Il révèle également que l’autre option aurait été une pause, chose qu’il ne s’est pas accordée depuis longtemps, et qu’il pense à faire depuis quelques albums déjà. Il a donc décidé de concevoir différemment cet album, et de l’aborder comme si c’était le premier. «Le titre dit tout: Nouvelle Vie, c’est comme un nouveau Kevin, une version 2.0, qui vous parle. Ça peut pas être plus real que ça! On peut le voir comme le premier album d’une nouvelle personne. Nouveau quartier, nouvelle maison, nouveau départ.» Bref, avec ce projet, le rappeur s’est donné les moyens de ses ambitions.

Au fil de l’album, le vétéran du rap québ rappelle aux auditeurs que la route a été longue, sinueuse et pleine d'embûches pour lui, qui a passé sa vie à se construire malgré les obstacles. Sur des titres comme Crise existentielle, Drive Way, ou encore La nuit sera longue, en duo avec Loud, Souldia partage ce sentiment d’étouffement qui hante son quotidien. C’est, dans ce sens-là, son album le plus introspectif, comme si chaque morceau était une page du journal intime de Souldia, rempli de confessions, de regrets, et de rêves brisés.

La production de Nouvelle Vie est confiée à Christophe Martin, son collaborateur de longue date. Martin tisse des mélodies où se mêlent des touches de guitare crues et des basses profondes, un contraste de textures qui complète la voix rauque de Souldia. Ensemble, ils explorent des paysages sonores qui varient entre le rap, le rock et des balades plus mélancoliques. «J’ai voulu explorer tous les sons que j’ai écouté dans ma vie: du rap, mais aussi du punk, du grunge», dit Souldia.

Pour cet album, Souldia a souhaité moins de collaborations qu’à son habitude, mais les a choisies avec intention. Entre autres, on retrouve Loud, GreenWoodz ou encore le français A2H. Mais, preuve concrète du côté personnel de l’album, on retrouve aussi une collaboration avec Sophia, la fille de Souldia.

Chacun de ces artistes ajoute une nuance différente, mais tous convergent vers le même point: explorer les dimensions de la vie de Souldia, de son passé criminel à ses rêves pour un avenir plus lumineux. Dans Inside, aux côtés de GreenWoodz, Souldia plonge dans ses tourments intérieurs, laissant entrevoir ses luttes contre la solitude et ses vieux démons.

On y retrouve une tension palpable entre la révolte contre le passé et une quête de rédemption. «Une nouvelle vie, j’écris l’histoire en français», dit-il sur la chanson-titre, exprimant son désir de tourner la page tout en restant fidèle à ses racines. Mais cette nouvelle vie, loin d’être une rupture radicale, semble plutôt être une extension de ce qu’il a toujours été : un combattant. Son chemin n’a pas été facile, mais chaque embûche a été nécessaire.

«Quand je suis rentré en prison, j’avais un album qui sortait, une tournée de prévue», rappelle le rappeur. «Alors je savais que c’était une vie qui était possible, et quand j’étais en dedans, je me faisais des plans de carrière, de comment atteindre mon rêve. Mais mes rêves, ils s’arrêtaient au huitième ou neuvième album. Tout ce qui m’arrive depuis, ça dépasse ce que j’avais pu imaginer.»

C’est cette volonté, autrefois non-négotiable dans le rap, d’être authentique et fidèle qui a valu à Souldia le titre de rappeur chouchou, au Québec. Ses concerts ressemblent à des messes chaotiques, où se mêlent et se rencontrent des crowds très hétérogènes mais entièrement dévouées. «J’ai toujours connecté avec mon public, ça a toujours fait partie de ma vie et de qui je suis. Je parle à tout le monde: même quand j’étais ado, j’attirais déjà l’attention dans le quartier. Chez moi, c’était la maison à tout le monde.Je suis un gars du peuple», estime Souldia. «Je fais de la musique dans laquelle les gens peuvent se reconnaître, et c’est important pour moi d’entretenir ce lien direct avec le peuple.»

Sa vie entre le rap, l’entrepreneuriat, sa famille et son passé criminel, Souldia l’assume avec aplomb. Il se montre sans fard, confrontant son passé sans détourner le regard. Il sait d’où il vient, et il l’accepte pleinement, même si les stigmates de son ancienne vie lui pèsent toujours.

«J’ai eu une sale vie», estime Souldia. «Je voulais rester vrai, parler de ma réalité et de faire de la musique dans laquelle les gens se reconnaissent, mais je n’avais pas d’intention de m’adresser aux gens au-delà de mon bloc, ou de mon quartier.»

Les fans de Souldia retrouveront dans cet album le style sans compromis qui l’a rendu célèbre. Mais Nouvelle Vie offre quelque chose de plus profond. Avec cette douzième sortie, Souldia semble enfin prêt à partager des facettes de lui-même qu’il gardait jusqu’ici sous silence. Il y a dans cet album une sincérité qui transcende les mots, une vulnérabilité qui donne une toute nouvelle dimension à sa musique.

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Sean Combs a personnellement écrit une lettre au président Donald Trump pour lui demander une grâce, après que le fondateur de Bad Boy Entertainment a été condamné à un peu plus de quatre ans de prison, selon The New York Times.

Trump, qui fréquentait Combs à l’époque des cercles mondains de New York dans les années 1990 et 2000, ne semblait pas particulièrement ému par la situation de l’homme aujourd’hui âgé de 56 ans, affirmant qu’il n’envisageait pas d’accéder à la demande.

On ignore ce que Combs a écrit dans la lettre, tout comme la date de son envoi, mais Trump a évoqué mercredi la possibilité de la montrer à une salle remplie de journalistes. Un représentant de Combs a refusé de commenter.

Cette démarche directe auprès de Trump constitue la plus récente escalade dans les efforts du magnat de la musique pour retrouver sa liberté, après avoir été reconnu coupable en juillet de deux chefs d’accusation liés au transport de personnes en vue de se livrer à la prostitution. Ces accusations découlaient d’une vaste affaire de trafic sexuel et de racket, dans le cadre de laquelle Combs a finalement été acquitté des accusations les plus graves. Le jury l’a toutefois tenu responsable d’avoir payé des travailleurs du sexe masculins afin qu’ils traversent des frontières d’État pour participer à des «freak-offs» avec ses petites amies.

Le mois dernier, Combs a porté la décision en appel, accusant le juge fédéral Arun Subramanian d’avoir agi comme un «treizième juré» lors du prononcé de la peine en octobre. Son équipe juridique a soutenu que les accusés reconnus coupables en vertu du Mann Act «écopent généralement de peines inférieures à 15 mois pour ce type d’infractions, même lorsque la coercition, que le jury n’a pas retenue ici, est en cause».

Le juge Subramanian a toutefois précisé qu’il avait tenu compte de la quantité «massive» de preuves relatives «aux abus liés aux freak-offs et aux nuits d’hôtel» pour fixer la peine de Combs à 50 mois de prison.

«Le tribunal rejette la tentative de la défense de présenter ce qui s’est produit ici comme de simples expériences intimes et consensuelles, ou comme une banale histoire de sexe, de drogue et de rock and roll», a déclaré Subramanian au moment de prononcer la sentence. «Un historique de bonnes actions ne peut effacer le dossier de cette affaire, qui a démontré que vous avez abusé du pouvoir et du contrôle que vous exerciez sur la vie de femmes que vous prétendiez aimer profondément. Vous les avez maltraitées physiquement, émotionnellement et psychologiquement. Et vous avez utilisé ces abus pour parvenir à vos fins, notamment en ce qui concerne les freak-offs et les nuits d’hôtel. L’argument de la défense voulant que tout cela soit sans lien avec les faits reprochés dans cette cause ne tient pas.»

Rolling Stone rapportait en mai que Combs préparait le terrain en vue d’une éventuelle grâce peu après son arrestation en septembre 2024, son entourage cherchant à se rapprocher de personnes gravitant dans l’orbite de Trump à la suite de l’élection présidentielle de novembre. Puis, lorsque Combs a été acquitté des accusations les plus graves durant l’été, son équipe a intensifié ses démarches. Selon des sources à Washington, elle a commencé à prendre contact avec des stratèges politiques de l’univers trumpien, des lobbyistes et des acteurs clés afin d’obtenir leur aide pour décrocher une grâce présidentielle, évoquant des montants se situant dans la moyenne des six chiffres en échange de leur appui.

«Il est prêt à tout pour sortir de prison», confiait en mai à Rolling Stone une source qui connaît Combs depuis une dizaine d’années. «Il a toujours été comme ça. Il fera toujours ce qu’il faut pour se sortir d’une situation.»

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