C’est aujourd’hui que déferle Malgré la tempête, le nouvel album tant attendu de Greenwoodz. L’artiste québécois, qui s’est d’abord fait remarquer par un emo rap cru et introspectif, revient ici transformé. Plus que jamais, il pose ses tripes sur la table avec un projet ancré dans ses racines, mais ouvert sur l’avenir.
«Je suis fucking stoked» laisse simplement tomber le jeune rappeur, originaire d’un petit village près de Lanaudière. L’excitation est bien réelle: après plus d’un an et demi de travail, Greenwoodz confie que la pression commence à redescendre, remplacée par une hâte tranquille de livrer au public cette œuvre, qu’il qualifie de sa plus personnelle à date. Dès les premières écoutes, Malgré la tempête révèle une direction artistique claire, avec moins de rap, mais des sonorités plus folk, empreintes de pop et de rock. Une prise de risque assumée, selon lui. «Je voulais vraiment trouver un son propre à moi. J’avais besoin de sortir des cases, de me réinventer.»
Pendant six mois, il a pris le temps de réfléchir à ses intentions, à ce qu’il voulait raconter. Ce ne serait plus le «drug talk» des débuts, ni les provocations du passé. Le rappeur raconte maintenant sa vie en région, ses chums de jeunesse, ses relations, ses failles. Des fragments de soi qui trouvent écho dans des morceaux comme 20e Avenue, hommage brut à l’amitié masculine dans les zones grises de la vingtaine : «C’était les seuls qui étaient là quand moi j’avais envie de mourir / Mais j’reviens toujours boire deux trois bières de trop.»
Cette capacité à dire sans détour ce qui le blesse et le pèse, traverse tout l’album. Dans 25 ans plus tard, il pose des questions sans réponses : « J’me demande si Tommy d’il y a cinq ans aurait été down avec c’que j’suis devenu», avant de se demander «s’il m’en reste 25 dans l’corps». Greenwoodz n’a jamais prétendu avoir les clés, mais il affirme vouloir être plus honnête que jamais.
Le point de bascule se joue dans l’acceptation de ses propres torts. « C’est moi le problème, c’est un thème qui revient souvent, dit-il. J’ai réalisé que j’avais des patterns à déconstruire. » Cette réalisation trouve écho dans Crash, où il chante: «T’as raison, tout est de ma faute / C’est ma faute si on est en train de crash / We just keep running in circles / Y’a pas de gagnant, on fait du surplace.»
Cette lucidité nouvelle n’efface pas les ombres, mais elle les éclaire autrement. Dans Désolé pour ça, il avoue : «J’suis comme j’suis mais demande-moi pas j’suis qui, je sais pas / It’s just me against me». Loin d’une posture de victime, Greenwoodz embrasse la complexité de ses émotions avec une franchise rare. «J’ai toujours essayé d’être transparent, dit-il. Mais là, j’ai vraiment été dans la réalité pure.»
La musique, elle, suit le même chemin de dépouillement. Le disque a été conçu entre Montréal, des chalets, et son coin de pays. Le réalisateur Charles Madore, alias Worry, et le guitariste Antoine Tousignant l’ont accompagné dans cette quête sonore, en plus de son fidèle accomplice Cook da Beatz. Greenwoodz, qui ne se considère pas comme musicien au sens technique, s’est néanmoins impliqué dans chaque étape de création, expliquant «je suis un peu en co-réal; je ne joue pas d’instrument, mais je sais ce dont une chanson a besoin.»
Même ses amis d’enfance ont participé, parfois à leur insu, comme dans les textures vocales captées au détour d’une soirée. L’album respire le collectif, même dans la solitude qu’il évoque. Dans Hôtel Saint-Charles, il aborde avec un regard désabusé l’endroit où il a grandi, et les amis qui y vivent encore. Ces scènes de village, entre désillusion et tendresse, composent un tableau humain que bien des auditeurs reconnaîtront, et qui ont fait la renommée de l’artiste.
Greenwoodz ne cache pas que ce projet l’a réconcilié avec sa pratique. «Pendant le processus, j’ai retrouvé pourquoi je faisais de la musique. Je voulais faire quelque chose de 100 % honnête, selon mes goûts du moment. Ce sera un “ça passe ou ça casse”» Et jusqu’ici, ça passe. Le public embarque, parfois avec surprise, souvent avec gratitude. Il attire une foule improbable, où se mêlent des enfants de sept ans, des boomers de soixante-quinze ans, des fans de rap, de rock ou de country. «Je ne sais pas d’où ça vient. J’ai juste fait de la musique, puis les gens ont connecté avec».
Sur scène, malgré un album plus posé, Greenwoodz promet que «ça va brasser comme d’habitude». Les morceaux ont été réarrangés pour la scène avec une énergie punk-rock. Le lancement aura lieu le 13 juin au Studio TD dans le cadre des Francos de Montréal, suivi d’un spectacle à Québec en septembre.
Malgré la tempête marque un tournant pour le jeune rappeur, et ce n’est pas lui qui dira le contraire. Aujourd’hui, Greenwoodz se confie plus qu’il ne crie. Avec une lucidité fraîchement acquise, il reconnaît ses torts, questionne ses choix et revient aux bases: ses amis, sa région, ses tourments. Il ne prétend pas avoir trouvé de réponses, mais il continue d'avancer, plus honnête que jamais, avec son public autant qu'avec lui-même.



















Gabriel Fournier

Comment être un bon spectateur
Ceci est la traduction adaptée d’un article d'Andy Greene, originalement publié par Rolling Stone le 29 juin 2026. Nous republions l'article originalement intitulé How to Attend a Concert and Not Ruin It for Others avec la permission de son auteur. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.
En 2013, on s’était donné pour mission de rappeler aux amateurs de musique qu’il est de notre devoir de rester un minimum civilisés quand on assiste à un concert. On ne demandait pas aux gens d’arrêter de boire, de danser ou de s’amuser. On voulait simplement qu’ils arrêtent de se comporter de manière grossière et de gâcher la soirée de tout le monde.
Malheureusement, le monde n’a pas écouté. En fait, l’année 2013 semble aujourd’hui une époque bien paisible et respectable, maintenant que nous vivons tous dans le décor d'enfer dystopique de 2026. À l'époque, les téléphones cellulaires n'étaient plus une nouveauté, mais la plupart des gens se souvenaient encore du temps où ils n'étaient pas greffés à nos mains 24 heures sur 24. Instagram venait à peine de naître, TikTok n'était qu'une vague idée dans l'esprit collectif du Parti communiste chinois, et la pandémie ne nous avait pas encore dépouillés des règles de civisme de base que l’on respectait autrefois en sortant de chez soi.
C’est pourquoi nous avons préparé cette nouvelle liste des comportements à adopter en concert. Certaines règles sont des versions mises à jour des anciennes, tandis que d’autres reflètent les changements que nous avons subis ces douze dernières années. Et oui, certains d’entre vous ne seront pas d’accord avec tout. Vous allez nous prendre pour de vieux moralisateurs pathétiques qui ne savent pas s’amuser. Sachez que vous faites partie du problème. Et quand on fera le point en 2037, tout sera sûrement encore pire.
Gardez vos conversations pour le bar (oui, même pendant la première partie que vous ne connaissez pas)
Quand on regarde la foule lors d’un concert, on y trouve généralement un public assez diversifié. Le seul point commun que nous ayons tous, c'est d'avoir acheté un billet pour ce spectacle précis. Cela signifie que nous sommes là pour entendre la musique. Pas pour vous entendre parler. Si vous n’aimez pas la première partie ou si vous vous ennuyez à un moment donné, dirigez-vous vers le hall ou le bar, commandez un verre et discutez autant que vous le voulez. Vous pouvez même faire une lecture publique d’un scénario de trois heures avec votre ami si ça vous chante, on s'en fiche. S'il vous plaît, ne restez pas à vos sièges ou dans la foule à hurler l'un après l'autre pour couvrir la musique. Tout le monde vous entend. C’est d'un désagrément consommé. (Et si vous avez quelques verres dans le nez, vous n’avez aucune idée d'à quel point vous parlez fort. Mais croyez-moi, vous êtes extrêmement bruyants.)
Aidez les adeptes du «crowd-surfing» et gardez les mains levées
Ce n’est pas un problème si vous allez voir James Taylor ou un vieux crooner à Las Vegas. Mais si vous êtes dans une salle bondée de jeunes et que les gens commencent à faire des vagues ou à se bousculer, soyez un être humain décent et offrez votre aide. Levez les bras, avancez vers eux et guidez-les en lieu sûr. Ce n’est pas toujours facile, et il se peut que vous receviez un coup de pied accidentel à la tête, mais l’alternative, c’est qu’un pauvre jeune s'éclate le crâne sur le béton. Personne ne veut ça. Si vous ne voulez pas gérer le «crowd-surfing», reculez vers le fond de la salle dès que l'ambiance devient plus agitée.
Respectez les règles du jeu : on ne pousse pas pour aller devant
À la seconde où les lumières s’éteignent dans un événement en admission générale, il y a toujours un ou deux sans-dessein qui se frayent un chemin vers l'avant en poussant tout le monde. Ils se fichent éperdument du fait que les gens devant eux ont attendu plusieurs heures pour obtenir leur place. Si vous voyez cela se produire et que vous vous sentez d'humeur courageuse, positionnez-vous de manière à leur bloquer le passage. Si vous êtes particulièrement brave, vous pouvez même leur mentionner qu’ils violent le pacte sacré du pit. (Formulez-le peut-être autrement.) Et surtout, ne soyez jamais le fatiguant qui pousse. Si vous voulez une bonne place, arrivez plus tôt. C’est aussi simple que ça.
Arrêtez de consulter Setlist.fm pendant le spectacle
Pour un groupe comme Phish qui change ses chansons tous les soirs, il y en a 50 comme Lady Gaga qui s'en tiennent essentiellement au même programme pendant toute la tournée. Si vous voulez savoir à l’avance ce qu’ils vont jouer, le site Setlist.fm est là pour ça. Mais une fois que le spectacle commence et que vous êtes entouré de gens qui n’ont peut-être pas voulu gâcher la surprise, arrêtez de regarder ce maudit site. Je ne compte plus le nombre de fois ces dernières années où j'ai pu voir plusieurs personnes autour de moi les yeux rivés sur Setlist.fm. Et ce n’est pas juste un coup d’œil rapide. Ils l’étudient comme s'il s'agissait d'un texte sacré, avec la luminosité de l'écran au maximum. Je parle au nom de beaucoup de monde : on ne veut pas savoir quelle est la prochaine chanson. Même si j'ai regardé la liste il y a trois semaines, je ne l'ai pas apprise par cœur. Laissez-moi la chance d'être surpris.
Ne jetez rien sur la scène
On a vraiment besoin de préciser cela ? Ne jetez pas de bouteilles de bière sur les artistes. Ne jetez pas de monnaie. Ne jetez même pas votre démo ou une lettre manuscrite. Êtes-vous devenus fous ? (En 2004, quelqu’un a jeté un bonbon sur David Bowie et l’a atteint directement a l'œil. Il a hurlé de douleur et de choc. Où que soit l'auteur de ce geste aujourd’hui, j’espère qu’il est fier de lui.)
Réfléchissez avant de vous lever ou de vous asseoir
On l’a déjà mentionné la dernière fois, mais cela vaut la peine de le répéter. Si vous êtes à un concert avec des sièges réservés, surtout dans un théâtre où la visibilité est sous-optimale, vous avez le devoir de vous assurer que les personnes derrière vous peuvent voir. On ne peut pas en vouloir à toute une foule de se lever. Mais si la majorité des gens sont assis et que vous ressentez le besoin d'être la seule personne debout à bloquer la vue des autres, abstenez-vous. On sait que votre chanson préférée vient de commencer et que vous avez des fourmis dans les jambes, mais cela n'en vaut pas la peine. Une bonne règle de base : si vous voyez parfaitement la scène en restant assis, ne bougez pas. Votre plaisir personnel ne vaut pas la peine de fâcher une foule d'autres personnes moins bien placées. (Les avis partagés divergent là-dessus, certains estimant qu’ils devraient pouvoir se lever quand bon leur semble. Ils devraient plutôt penser aux personnes plus âgées qui ne peuvent pas rester debout longtemps, ou simplement au fait de ne pas importuner leurs voisins de derrière.)
Baissez la luminosité et désactivez le flash
Dans un monde idéal, les gens ne ressentiraient pas le besoin d'utiliser leur téléphone en concert. Mais si vous cédez à la temptation, s’il vous plaît, baissez la luminosité au minimum. Dans le noir complet, un écran de téléphone est extrêmement brillant et distrayant. Je n’ai pas besoin de voir votre fil Instagram pendant que j’essaie de regarder le spectacle. Et si vous filmez, au grand minimum, enlevez le flash. Non seulement cela aveugle tout le monde autour de vous, mais ça dérange souvent l’artiste aussi.
Assez avec la blague de «Freebird»
Ce n’était pas drôle en 1978. Ce n’était pas drôle en 1996. Ce n’était pas drôle les 9 000 premières fois qu’on l’a entendue. Et ce n’est pas drôle aujourd’hui. On n’a rien contre un peu d’humour en concert. Mais pour l’amour de Dieu, trouvez une nouvelle joke. Hurler «Freebird!» est plus usé qu’un vieux sketch de cabaret des années 50.
Arrêtez de filmer et de prendre des photos !
Si vous devez ignorer tout le reste de cette liste, lisez au moins ceci. On passe déjà nos journées entières à fixer des écrans. Un concert, c’est l’occasion de les ranger et de vivre quelque chose en direct, dans le monde réel. Pourtant, pour des raisons totalement mystérieuses, une proportion gigantesque du public préfère regarder le spectacle à travers un minuscule écran de cellulaire alors qu’ils pourraient lever les yeux et le voir en direct, en ultra-haute définition. Certains font cela au tout premier rang, alors que l’artiste pour lequel ils ont payé une fortune se trouve à quelques pouces d'eux. C’est de la folie pure.
Oui, ils prennent des photos et des vidéos. Mais ce sont des images de piètre qualité qu’ils ne regarderont probablement jamais plus d'une fois. Mettez votre maudit téléphone dans votre poche. Regardez le spectacle. Pendant une heure ou deux bien précieuses, vivez le moment présent. On faisait tout le temps ça avant. On est capables de le refaire. (Je sais bien que je passe pour le vieux grincheux qui rouspète contre les nuages. Je m’en fous. Ces téléphones stupides nous ramollissent le cerveau et il faut bien que quelqu’un le dise.)
Pour l’amour de Dieu, ne chiez pas dans vos culottes
On a un peu de misère à croire qu’on doive écrire cela, mais c’est apparemment devenu nécessaire depuis que des artistes comme Noah Kahan et Olivia Rodrigo ont rapporté que des admirateurs se souillaient littéralement dessus pendant leurs spectacles plutôt qu’abandonner leur place près de la scène. Les gens, à quoi pensez-vous, pour l’amour du ciel ? La plupart des concerts durent environ deux heures. Vous pouvez vous retenir, surtout si vous allez aux toilettes juste avant le début de la représentation. C’est vrai aussi si vous êtes dans une section d'admission générale, même serrés les uns contre les autres près de la scène. On sait que vous avez attendu toute la journée pour cette place et que vous ne supportez pas l’idée que quelqu’un vous la prenne. On sait que vous avez acheté ces billets il y a des mois et que vous comptiez les secondes jusqu’à aujourd’hui. Mais cela ne signifie pas qu’il faut littéralement vous oublier sur place.
Tout ce que vous avez à faire, c’est de dire aux gens autour de vous : «Hé, je vais aux toilettes une minute. Est-ce que vous pouvez me garder ma place ? Écartez juste un peu les bras et les jambes, et je ferai de même pour vous à mon retour.» C'est pas sorcier. Les gens sont heureux de coopérer, surtout si vous ajoutez : «L’autre option, c’est que je salisse le plancher pendant votre chanson préférée.»