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Les dessous de la dernière tournée de Bob Marley, 45 ans plus tard

Quand la légende du reggae a pris la route pour la tournée Uprising, en 1980, il n'avait aucune idée que ce serait sa dernière.

Les dessous de la dernière tournée de Bob Marley, 45 ans plus tard

Ceci est la traduction adaptée d’un article de David Browne, originalement publié par Rolling Stone le 2 décembre 2025. Nous republions l'article originalement intitulé ‘Everything Was Working Fine, Up to a Point’: Inside Bob Marley’s Last Tour avec la permission de son auteur. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.

À la fin du printemps 1980, lorsque Bob Marley entreprend une tournée pour promouvoir son album Uprising avec les Wailers, tout est en place pour permettre au pionnier du reggae d’atteindre un nouveau niveau dans la culture. La pochette de Uprising présente une illustration d’un Marley musclé, les bras levés vers le ciel, et la pulsation de Could You Be Loved gagne du terrain dans les clubs américains (une rareté pour Marley) ainsi qu’en Europe. Pour sa toute première prestation en Italie, Marley est programmé dans un stade pouvant accueillir plus de 100 000 personnes. Et pour présenter sa musique à un plus vaste public noir aux États-Unis, Marley et les Wailers doivent partager l’affiche durant deux soirs au Madison Square Garden de New York avec les Commodores, qui comptent alors encore Lionel Richie parmi leurs membres.


Les Wailers eux-mêmes sont prêts, avec une formation réunissant certains de leurs musiciens les plus puissants, dont les guitaristes Al Anderson et Junior Marvin, les claviéristes Tyrone Downie et Earl «Wya» Lindo, le bassiste Aston «Family Man» Barrett et le batteur (et frère de Family Man) Carlton Barrett, ainsi que les I-Threes, le trio féminin (Rita Marley, Marcia Griffiths et Judy Mowatt) qui enveloppe les chansons de Marley d’harmonies hypnotiques. Comme toujours, Marley se prépare physiquement. «Il s’entraînait toujours et avait beaucoup d’appareils, comme des poids», rappelle Anderson à Rolling Stone. «On s’entraînait avant les tournées, on courait et on travaillait notre cardio, parce qu’on se déplaçait chaque jour quelque part. Quand il montait sur scène, il ne cessait jamais de bouger.»

Mais ce qui devait confirmer le statut de Marley devient son chant du cygne: la tournée Uprising sera sa dernière série de concerts. «Il a travaillé si fort pour tout maintenir ensemble», dit Anderson. «Il était responsable de tout, financièrement et spirituellement, et il a mis tout son cœur dans cette tournée. Le groupe fonctionnait à plein régime. Tout allait bien, jusqu’à un certain point.»

Lorsque la tournée débute à Zurich, en Suisse, à la fin mai, puis traverse l’Europe jusqu’à la fin juillet, l’impact de Marley est constamment évident pour quiconque achète un billet. Le concert en Italie attire plus de 120 000 personnes, certaines brandissant une bannière où l’on peut lire «Thank You, Bob Marley». Quand la tournée arrive aux États-Unis à la mi-septembre, le premier spectacle, à Boston, est retardé de plus d’une heure en raison d’une foule dépassant la capacité et de préoccupations de sécurité. Comme Marley le dit parfois à la foule: «Take it easy — take it good.»

Les concerts de 90 minutes, amorcés par un numéro d’ouverture des I-Threes, peuvent facilement s’étirer jusqu’à deux heures. Après que Downie a mené la foule dans un chant dédié à Marley, ce dernier apparaît, parfois vêtu d’une chemise décorée des couleurs du drapeau jamaïcain. Les ensembles épiques qui suivent constituent un survol de l’œuvre de Marley, des hymnes instantanément reconnaissables comme I Shot the Sheriff et No Woman, No Cry jusqu’à des chansons plus anciennes comme Burnin’ and Lootin’ et Zimbabwe de son album précédent, Survival.

Marley offre ses performances habituelles, intenses et engagées, constamment en mouvement et parfois en train de courir sur place, mais avec une pause notable. La tournée marque en effet la première fois où le public l’entend interpréter l’une de ses créations les plus durables, Redemption Song, où Marley, rompant avec sa configuration scénique habituelle, joue lui-même de la guitare acoustique avec un accompagnement minimal. «Parfois, le groupe l’accompagnait, mais ensuite il la jouait en acoustique, seul», dit Anderson. «Mais ça fonctionnait toujours très bien auprès du public. Il n’était pas vraiment connu pour s’asseoir seul avec une guitare acoustique pour chanter, mais c’était largement accepté. Les gens adoraient ça.»

Pendant ce temps, les guitares d’Anderson et de Marvin dynamisent continuellement la musique, et les deux claviers de Downie et Lindo offrent une base syncopée solide, particulièrement mise en valeur dans Exodus et Zion Train. (Les coffrets de cartes maîtres à six cartes de l’ensemble de cartes à collectionner Rolling Stone: Bob Marley Premiere Collection incluent des pièces souvenirs provenant précisément de ce piano. Joué par Lindo durant la tournée de 1980, il est ensuite utilisé par le musicien lors de concerts des Wailers sans Marley avant d’être entreposé pendant un certain temps.)

Mais un moment du spectacle, lorsque Marley chante «You running, you running/But you can’t run from yourself» dans Running Away, se révèle étrangement prémonitoire. Trois ans plus tôt, on lui avait diagnostiqué un mélanome acral lentigineux (ALM), une forme rare et agressive de cancer de la peau. Au moment de la tournée Uprising, l’impact de la maladie commence à se manifester, surtout lorsque lui et les Wailers amorcent les concerts américains après l’épuisante tournée européenne. Durant son séjour à New York pour les concerts avec les Commodores, Marley se fige et s’effondre en courant à Central Park, ce qui est attribué à une tumeur au cerveau. «Il aurait dû bien s’hydrater et se reposer», dit Anderson. «Mais il était tellement physique et tenait à s’entraîner.»

Malgré ces nouvelles sombres, Marley insiste pour donner au moins un autre concert. Selon les rapports, il arrive au Stanley Theatre de Pittsburgh le 30 septembre, amaigri et affaibli, un changement notable par rapport à quelques mois plus tôt. Mais une fois de plus, Marley rassemble ses forces et parvient d’une manière ou d’une autre à traverser un spectacle entier (commémoré plus tard sur Live Forever, un album posthume) qui donne l’impression de résumer sa vie et son héritage. «Il y avait des moments où il était fatigué et avait besoin d’une pause», dit Anderson. «On avait enchaîné les concerts sans arrêt. Mais Pittsburgh était en feu. On ne pouvait même pas voir qu’il avait quelque chose.»

Selon la biographie essentielle de Marley par Timothy White, Catch a Fire: The Life of Bob Marley, Rita Marley n’avait pas été informée de l’effondrement de son mari à New York et insiste pour que le reste de la tournée soit annulé. Alors que l’attaché de presse de Marley invoque l’épuisement (sa lutte contre le cancer n’est pas mentionnée), les concerts restants, qui auraient inclus des arrêts à Philadelphie, Washington, D.C., et Vancouver, entre autres villes, sont annulés. Marley est admis discrètement au Memorial Sloan Kettering Cancer Center à New York, où des tests confirment le pire: son cancer s’est propagé au foie, aux poumons et au cerveau. Mais fidèle à ses croyances rastafari, Marley refuse toute opération pour enlever quoi que ce soit. Il entreprend plutôt des traitements qui le mènent de New York au Mexique, puis à Miami et en Bavière, en Allemagne. «Il a décidé que sa santé passait en premier, et ensuite il reviendrait à l’écriture, au chant et aux tournées», dit Anderson. «C’était un lion blessé. Mais il n’a jamais abandonné.»

Selon le guitariste, qui se trouve auprès de Marley à ce moment et fait partie des rares membres survivants du groupe, Marley insiste pour être transporté d’Allemagne jusqu’en Jamaïque lorsque son médecin l’informe que la fin est proche. Marley meurt à Miami le 11 mai 1981, sur le chemin du retour vers son pays. Il n’avait que 36 ans. Durant son séjour à New York, avant d’être transporté d’urgence à l’hôpital, Marley réfléchit à son héritage et à la place grandissante du reggae dans la culture, comme s’il savait que la musique continuerait sans lui. «Avec le temps», dit-il, «les gens découvrent que c’est du vrai.»

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