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La mainmise de Trump sur le pétrole pourrait entraîner plus de violence au Venezuela

Des experts préviennent que le Venezuela est mûr pour une violence insurrectionnelle et que les États-Unis ont peu d’espoir de contrôler les retombées de la chute de Maduro.

La mainmise de Trump sur le pétrole pourrait entraîner plus de violence au Venezuela

Une opération pétrolière à Maracaibo, dans l'état de Zulia, Venezuela, le 12 juillet 2024.

FEDERICO PARRA/AFP/Getty Images

Ceci est la traduction adaptée d’un article de Nikki McCann Ramirez, originalement publié par Rolling Stone le 1er janvier 2026. Nous republions l'article originalement intitulé Trump’s Oil Grab Could Lead to More Violence in Venezuela avec la permission de son autrice. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.

Quelques heures après avoir mené un raid pour capturer le dictateur vénézuélien Nicolás Maduro, les dirigeants du gouvernement des États-Unis se sont présentés devant la presse non pas pour exalter la démocratie ou détailler un plan de souveraineté vénézuélienne, mais pour indiquer clairement leur intention de saigner le pays de ses réserves pétrolières.


Le président Donald Trump est «tout à fait sérieux à l’idée de récupérer le pétrole qui nous a été volé», a averti le secrétaire à la Défense Pete Hegseth. Le président lui-même a répété à plusieurs reprises aux journalistes que la nation sud-américaine, qui abrite certaines des plus grandes réserves de pétrole de la planète, «a volé notre pétrole».

«Nous allons avoir une présence au Venezuela en ce qui concerne le pétrole», a déclaré Trump. «Nous allons extraire du sol une quantité phénoménale de richesse.»

Trump n’a pas informé le Congrès de ses projets visant à renverser Maduro, mais affirme avoir prévenu des dirigeants de compagnies pétrolières américaines. Mardi, Trump a annoncé que le Venezuela allait «remettre entre 30 et 50 MILLIONS de barils de pétrole de haute qualité, sous sanctions, aux États-Unis d’Amérique». Le président a aussi précisé que le pétrole saisi serait «vendu à son prix du marché, et que cet argent sera contrôlé par moi, en tant que président des États-Unis d’Amérique, afin de garantir qu’il soit utilisé au bénéfice du peuple du Venezuela et des États-Unis». L’entente est sans précédent, même dans l’histoire de l’impérialisme extractif américain, et des experts préviennent que la décision de l’administration de prendre le contrôle de la production pétrolière du Venezuela, apparemment dans l’intention d’en conserver les profits, sera extrêmement difficile à mettre en œuvre, comporte un risque de provoquer un effondrement interne complet du pays et pourrait dégénérer en violence.

«Il n’y a absolument aucun doute que tout cela est motivé à 100 pour cent par le désir du président Trump que le pétrole vénézuélien soit désormais possédé, géré, et donc que les profits soient contrôlés, par la Maison-Blanche», explique à Rolling Stone Robert Pape, professeur de science politique à l’Université de Chicago. Selon lui toutefois, «Trump ne contrôlera jamais le pétrole du Venezuela».

Les États-Unis ne disposent en réalité d’aucune revendication légale sur les ressources énergétiques du Venezuela. En droit international, un gouvernement ne peut pas s’approprier unilatéralement les ressources naturelles d’un autre pays. Au cœur des accusations de «vol» formulées par Trump se trouvent des milliards de dollars en indemnisations impayées que des tribunaux internationaux ont accordées à des compagnies pétrolières américaines après que le prédécesseur de Maduro, Hugo Chávez, eut saisi les actifs de sociétés pétrolières étrangères dans le cadre d’un effort visant à nationaliser complètement l’industrie en 2007.

Le fait qu’un seul secteur joue un rôle aussi central dans l’économie d’un pays peut donner «un énorme pouvoir de veto politique aux entreprises étrangères», affirme Patrick Iber, historien de l’Amérique latine et professeur d’histoire à l’Université du Wisconsin à Madison. Les différentes vagues de nationalisme économique qui ont façonné le secteur énergétique du Venezuela ont souvent suivi des mouvements politiques opposés à l’intervention étrangère. Négocier les relations entre les États et les entreprises étrangères est «difficile», ajoute Iber, car lorsqu’un pays devient fortement dépendant d’une seule exportation, permettre à un contrôle international de s’installer peut être perçu comme une atteinte à sa souveraineté.

La santé économique du Venezuela est directement liée au succès de sa production pétrolière depuis près d’un siècle. En 1976, le président Carlos Andrés Pérez a partiellement nationalisé l’industrie pétrolière alors florissante du pays, créant Petróleos de Venezuela (PDVSA). Cette décision est survenue à un moment où de nombreux producteurs mondiaux de pétrole adoptaient des modèles contrôlés par l’État, et le Venezuela a continué de collaborer avec des compagnies énergétiques étrangères. La prise de contrôle de 2007 sous Chávez a constitué le point de bascule qui a fini par mener à l’effondrement quasi total de l’économie vénézuélienne. Les entreprises ont quitté le pays alors que les prix du pétrole chutaient à l’échelle mondiale. Les coûteux projets sociaux proposés par Chávez dépendaient des revenus pétroliers, lesquels se sont raréfiés à mesure que les infrastructures abandonnées par les grandes sociétés énergétiques tombaient en désuétude et en ruine. La chute des revenus, combinée aux dépenses excessives, à la corruption et à l’hyperinflation, a fini par détruire l’économie nationale.

En renversant et en arrêtant Maduro, l’administration Trump a refusé d’appuyer les membres de l’opposition qui ont crédiblement défait le despote vénézuélien lors des élections de 2024. Le pays sera plutôt gouverné, du moins selon la présentation qu’en fait l’administration, par les restes du gouvernement de Maduro et de son cercle rapproché, sous le contrôle et la supervision de Hegseth, du secrétaire d’État Marco Rubio et du chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche Stephen Miller. L’administration ouvrira grand la porte aux compagnies pétrolières américaines intéressées par l’extraction du pétrole lourd des vastes réserves encore sous-exploitées du Venezuela. Le gouvernement vénézuélien acceptera vraisemblablement les arrangements exigés par l’administration Trump. Trump a déclaré plus tôt cette semaine que la vice-présidente de Maduro, Delcy Rodríguez, aurait dit à Rubio qu’elle ferait tout ce que les États-Unis souhaitent. «Elle a été très gracieuse», a affirmé Trump, «mais elle n’a vraiment pas le choix». Mercredi, Trump a confié au New York Times que les États-Unis pourraient contrôler le Venezuela pendant des années.

Dans l’ensemble, le gouvernement Trump se prépare à écrire le prochain chapitre d’un bras de fer qui dure depuis des décennies autour des champs pétrolifères du Venezuela.

«Il y a énormément d’inconnues», explique Michael Paarlberg, chercheur associé à l’Institute for Policy Studies. Il souligne que ce qui se produit «n’est pas un changement de régime, mais un changement de leadership, avec le même régime en place, tout aussi répressif, tout aussi corrompu, et prêt à vendre le peuple vénézuélien qu’il continue de réprimer». Si Maduro a été remplacé par Rodríguez, les facteurs de déstabilisation du Venezuela demeurent largement inchangés. La situation pourrait dégénérer si les États-Unis tentent de dicter la gestion du pétrole de la région.

«Il existe déjà de nombreuses régions du Venezuela où l’État ne détient pas un monopole légitime de l’usage de la force», explique Iber. «Une autre façon de comprendre le fonctionnement de l’économie vénézuélienne est de la voir comme une série de fiefs attribués à des alliés du régime pour exploiter des ressources, qu’il s’agisse de pétrole ou d’or, ou encore des zones contrôlées par des membres de l’armée qui prélèvent des profits sur des activités largement illégales menées avec beaucoup d’exploitation.»

«Tout ce qui perturbe ces réseaux va provoquer des tensions internes», ajoute-t-il.

Pape, dont l’expertise porte sur les insurrections et les mouvements de guérilla, est du même avis. «Il reste déjà des vestiges des colectivos», ces milices pro-Maduro qui ont procédé à des arrestations de journalistes et réprimé des dissidents depuis la capture du dictateur, ainsi que des factions du gouvernement Maduro qui seront «prêtes à conserver pour elles-mêmes l’or, le pétrole et l’argent».

Pape soutient que, malgré la démonstration de force navale des États-Unis autour du Venezuela, ils n’ont pratiquement aucune chance de contrôler l’intérieur du pays sans une force terrestre substantielle.

«J’ai conseillé chaque Maison-Blanche, y compris la première administration Trump», précise-t-il, ajoutant que l’armada d’environ 10 000 Marines actuellement stationnés dans les Caraïbes «serait très utile pour la défense périphérique, pour contrôler la zone et l’espace autour des champs pétrolifères et des infrastructures énergétiques, mais qu’elle ne sera pas très efficace pour empêcher une guérilla».

L’armée américaine n’est pas formée pour exploiter des champs pétrolifères, et toute tentative de capturer, contrôler et reconstruire le secteur énergétique du Venezuela nécessiterait la participation de milliers d’entrepreneurs privés. Les États-Unis ont déjà la réputation d’exploiter impérialement l’Amérique latine, et des experts comme Pape craignent que, dans un pays déjà instable, les déclarations tonitruantes de Trump selon lesquelles les États-Unis comptent s’emparer de la principale ressource économique du pays placent les entrepreneurs et autres intervenants amenés par l’administration Trump pour gérer la prise de contrôle dans la ligne de mire de violences insurgées.

«Toute cette mission comporte un trou béant en son centre, à savoir que la situation ne sera pas sécuritaire pour des entrepreneurs civils», affirme Pape. «Il faudra des centaines, voire des milliers de personnes, dispersées sur les champs pétrolifères pendant des semaines et des mois pour faire sortir le pétrole d’une manière profitable pour l’Amérique et pour la Maison-Blanche. C’est tout simplement extrêmement improbable.»

Iber et Paarlberg s’entendent pour dire que la situation est extrêmement fragile. Rodríguez, qui agit actuellement à titre de présidente intérimaire, subira des pressions et fera face à un risque de violence de la part d’autres factions chavistes en lutte pour le pouvoir et mécontentes de ses tractations publiques avec l’administration Trump.

«Quiconque est maintenant à la tête du pays doit maintenir ensemble un système extrêmement précaire, où de nombreuses personnes sont au bord de l’insolvabilité et opèrent à travers des réseaux illégaux», explique Iber. «Cela pourrait très facilement dépasser les limites de ce que Trump pense pouvoir faire.»

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