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«Anthology Collection»: une boîte aux trésors qui prouve la grandeur des Beatles

L'album accompagnant la nouvelle édition du documentaire ultime sur les Beatles compte désormais 191 titres, dont le triple vinyle Anthology 4.

«Anthology Collection»: une boîte aux trésors qui prouve la grandeur des Beatles
Apple Corps LTD

Ceci est la traduction adaptée d’un article de Rob Sheffield, originalement publié par Rolling Stone le 20 novembre 2025. Nous republions l'article originalement intitulé Expanded ‘Anthology Collection’ Is a Treasure Trove of Beatles Greatness, avec la permission de son auteur. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.

Si vous aimez les Beatles, vous voudrez absolument entendre ce nouveau Baby I’m a Rich Man issu de la superbe collection Anthology 4. C’est une prise de six minutes enregistrée en mai 1967, inédite jusqu’à maintenant, avec les gars concentrés au travail à Abbey Road. John interpelle leur fidèle roadie Mal Evans: «We’d like some Cokes, Mal.» Paul ajoute: «And if you’ve got some cannabis resin!» Cela plaît à John. «Yeah.» dit-il. «If you’ve got cannabis, send it in!»


Ils savent que les bandes tournent, mais ils s’en fichent. Ils sont au sommet du monde et en ont pleinement conscience. Paul lance une blague: «We’ve got that taped for the High Court tomorrow.» (Cette séance d’enregistrement a lieu le lendemain de la comparution de Mick Jagger et Keith Richards à la cour pour leur récente arrestation liée à la drogue.) John déclare: «All right, let’s hear some rhythm and soul from London now!» Puis ils se lancent dans Baby I’m a Rich Man, pas même l’une de leurs chansons les plus célèbres de 1967, juste une autre journée de génie pour cette équipe portée par une énergie à quatre que personne d’autre ne peut atteindre. C’est un choc de l’entendre et de sentir à quel point ces garçons adorent être les Beatles.

Anthology 4 est un véritable coffre aux trésors pour les admirateurs. C’est l’album compagnon de la nouvelle édition restaurée du documentaire consacré aux Beatles. La série originale Anthology avait explosé en phénomène mondial lors de son lancement en novembre 1995, une minisérie télé accompagnée de trois albums et d’un livre. C’est toute l’histoire des Fab Four, racontée par les quatre garçons qui l’ont vécue: John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr. Anthology reçoit enfin sa nouvelle version, augmentée, qui arrive sur Disney+ le 26 novembre, incluant un épisode neuf centré sur des images des trois Beatles survivants réunis en 1994 et 1995.

Les albums Anthology regorgeaient de morceaux inédits, de prises alternatives, de démos et de bavardages en studio. Giles Martin, fils et héritier du producteur original George Martin, a rematricé les volumes des années 1990 et a assuré la curation du nouveau Anthology 4. La Anthology Collection compte 191 morceaux au total, offerts en téléchargement, en écoute, ainsi qu’en coffrets de luxe comprenant 12 vinyles ou 8 CD. Anthology 4 est aussi offert séparément en coffret autonome, en triple vinyle ou en 2 CD.

Anthology 4 contient 13 prises inédites, principalement de la période 1964-1965, où on les entend travailler des chansons comme Tell Me Why, Nowhere Man et Every Little Thing. Le coffret rassemble aussi 23 morceaux tirés d’éditions d’archives antérieures, surtout de la dernière décennie. Le tout forme un récit jubilatoire du groupe en pleine frénésie créative. Comme le dit John à la fin d’une prise jusque-là inconnue de Hey Bulldog, ils «veering between yer blues and yer comedy».

Lorsque les albums Anthology originaux sont sortis, on croyait assister au dernier mot sur les Beatles, mais les coffres regorgeaient encore de trésors qui mettraient des décennies à émerger. Deux des chansons d’Anthology 4, I Saw Her Standing There et Money (That’s What I Want), étaient parues sur The Beatles Bootleg Recordings 1963, une curiosité publiée quelques heures seulement en 2013 pour prolonger le droit d’auteur européen.

La plupart de ces morceaux proviennent des éditions spéciales qui redéfinissent l’héritage des Beatles depuis 2017, lorsque le coffret Sgt. Pepper avait bouleversé les attentes avec plus de raretés que n’en espéraient les collectionneurs. On retrouve ici des prises de Got To Get You Into My Life du coffret Revolver, Here Comes the Sun d’Abbey Road, Don’t Let Me Down capté sur le toit d’Apple. Le point culminant est Good Night, issu de l’édition 2018 de The White Album, où les quatre Beatles harmonisent ensemble: une performance stupéfiante restée au coffre pendant 50 ans.

Mais le cœur d’Anthology 4 demeure son matériel inédit. On y trouve une première prise révélatrice de In My Life, où John réfléchit tout haut à la chanson, tentant de rassembler son courage, tandis que l’harmonie de Paul et la batterie de Ringo lui offrent un soutien fraternel. Il n’a jamais sonné aussi vulnérable. I’ve Just Seen A Face déborde d’énergie comique, avec John qui plaisante à propos du pionnier du skiffle Lonnie Donegan: «Lonnie’s gonna be sorry he didn’t sing this one.» Les rires éclatent, comme partout dans Anthology 4, et ils sont contagieux.

On y trouve aussi une prise étonnante de This Boy, connue uniquement des rares propriétaires du maxi-CD Free As a Bird de 1995. Dès le début, John lance: «Get that bloody mic out of the way.» Mais l’entendre se jeter dans le pont et hurler «Oh myyyyy» est renversant. Il ne retient rien, porté par une urgence émotionnelle intense. John a passé sa vie à dénigrer This Boy, le qualifiant de chanson mineure, mais il était sans doute menacé par sa vulnérabilité.

Every Little Thing est captée dans une séance détendue qui s’effondre lorsque Paul avoue: «I burped.» On trouve aussi une répétition à la BBC de All You Need Is Love avec une narration comique («Queen Margaret in a low-feathered nightgown»). Ringo propose un Matchbox fantastique, brut et vif, débarrassé de la réverbération exagérée de la version officielle, lançant son «all right George» pour amorcer le solo.

L’un des grands moments est l’injustement sous-estimée I Need You, de George Harrison, tirée de Help! C’est plus rapide et plus enjoué que la version finale, avec une énergie empruntée à Buddy Holly, mais on sent à quel point il est nerveux. Dans la dernière minute, le reste du groupe ricane, mais George persiste. Le lien est évident entre ce I Need You et la solennité qu’il apportera à Isn’t It A Pity ou Behind That Locked Door cinq ans plus tard.

Mais le passage le plus émouvant demeure If I Fell. John se guide vers la chanson comme s’il ne savait pas jusqu’où il peut aller dans la sincérité, tandis que Ringo cogne fort derrière lui. Cette séance date de février 1964, au moment où la Beatlemania explose partout, quelques semaines après leur conquête américaine à The Ed Sullivan Show. Pourtant, ils cherchent déjà à s’éloigner du tumulte avec cette ballade complexe, comprenant plus de changements d’accords qu’ils n’en avaient jamais insérés dans une seule chanson. Les blagues cessent dès que la chanson commence. John est concentré, d’un sérieux total, porté par les harmonies renversantes de Paul. If I Fell est une chanson entendue mille fois, mais cette version rappelle à quel point il est miraculeux qu’elle ait vu le jour.

Le projet Anthology avait inspiré Paul, George et Ringo à se réunir pour compléter quelques chansons inachevées de John, tirées de démos sur cassette fournies par Yoko Ono. Free as a Bird et Real Love, deux simples des années 1990, sont ici, nouvellement remixés. Anthology 4 se conclut logiquement avec Now and Then, une démo que le groupe avait abordée en 1994, puis abandonnée. Dans le nouvel épisode, Paul songe tout haut: «It might not go away, that one.» Il avait raison. Des décennies plus tard, il est revenu à la chanson de son vieil ami, devenue le dernier simple des Beatles en 2023.

Toute la Anthology Collection déborde de cette énergie créative inépuisable, depuis le punk cru de Hambourg du Volume One jusqu’aux expérimentations psychédéliques du Volume Two et à la maturité mélancolique du Volume Three. Dans le nouvel épisode, George et Ringo se moquent gentiment de Paul, qu’ils perçoivent comme le meneur, toujours prêt à retourner en studio. Ringo lance: «We could sit in the garden longer than you.» Paul doit s’avouer coupable. «I was the work fiend.» dit-il. «I like the Beatles. I like to work with the Beatles. I’m not ashamed of that. It’s what I love in life, all that making music.» Cet amour s’entend clairement dans Anthology, où les quatre garçons rayonnent.

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