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Pour P’tit Belliveau, divertir les gens, c’est du sérieux

L’artiste acadien s’ouvre sur son indépendance et son nouvel album.

Pour P’tit Belliveau, divertir les gens, c’est du sérieux
Sacha Cohen

Il y a un peu plus d’un an, P’tit Belliveau a pris une décision radicale, du moins du point de vue de l’industrie, en quittant l’une des plus grandes étiquettes de disques de la province pour devenir 100% indépendant.

En m’entretenant avec lui quelques semaines après cette annonce, l’artiste originaire de Clare, en Nouvelle-Écosse, expliquait que cette décision était surtout motivée par une volonté de créer un système alternatif qui lui permettrait d’opérer à l’extérieur des systèmes conventionnels, tout en prouvant aux autres artistes acadiens qu’on n’avait pas besoin de déménager à Montréal pour avoir du succès.


Pari réussi; il a fait paraître en avril dernier un audacieux album homonyme, qui amène l’auditeur du nu-metal au pop-punk en passant par le country-folk et l’ambiant expérimental. À la suite du succès de cet album acclamé par le public et par la presse, l’artiste a passé une bonne partie de l’été à sillonner les routes du Québec et des Maritimes, tout ça sans passer par Montréal.

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Du moins jusqu’à aujourd’hui, alors qu’il s’apprête à prendre d’assaut la scène du mythique MTelus ce vendredi pour un concert à guichet fermé dans le cadre du festival M pour Montréal. «C’est notre premier show à Montréal pour cet album-là, donc il y a beaucoup de nouveau stock, beaucoup de surprises, dit Jonah Guimond, alias P’tit Belliveau, en direct d’un hôtel-spa de Trois-Rivières, quelques jours avant ce spectacle. On a fait exprès que Montréal soit l’avant-dernier show de l’année. On l’a beaucoup joué, il s’est transformé, c’est la meilleure version du show à date.»

Il n’est pas anodin que l’album P’tit Belliveau s’ouvre avec Ej m’en fus, qui symbolise parfaitement l’approche décomplexée, bien que sérieuse, avec laquelle l’artiste approche sa carrière musicale. Comme il l’explique, sa volonté artistique n’est pas nécessairement de produire de la musique qui lui plait avant tout, son but est plutôt de divertir les gens de manière concrète. C’est entre autres ce qui explique l’étendue de genres qu’on retrouve sur le projet.

«Ma philosophie avec cet album, c’était : fuck it, if it feels good, it’s good. J’ai toujours un peu fait ça, mais avec l’idée que [un album de P’tit Belliveau] c’était x, y, z. Ça fait aussi un petit bout que le concept d’album m’intéresse moins. Il y a encore des gens qui écoutent des albums, mais statistiquement et dans les faits, les gens n’en écoutent pas, dit l’artiste. Ça m’intéresse moins de créer un album cohésif sur 12 chansons. Le monde weird qui vont écouter l’album vont être down avec le weirdness, sinon ils écouteront les deux chansons qu’ils aiment, parce que c’est ce que tout le monde fait de toute façon.»

Dans ce sens, le choix de l’indépendance était probablement une bonne option pour l’artiste, vu qu’il a des réflexes d’auditeur moderne dans une industrie qui peine à se sortir des codes et conventions du siècle dernier. Plutôt que de se remettre en question, P’tit Belliveau préfère remettre en question la nécessité d’adhérer à une manière rigide de faire les choses telles que prescrites par une industrie opaque.

«Au niveau administratif, il y a beaucoup de grandes décisions à prendre. C’est moi et mon gérant qui les prenons, et c’est certain que dans deux ans, on va se rendre compte que telle ou telle décision n’était pas la bonne. Mais je n’ai jamais été du genre à stresser à propos des erreurs ni à propos de la perfection, dit l’artiste de 29 ans. Parfois ça me nuit, parce que j’anticipe jamais ce qui pourrait mal se passer. Mais souvent, on trouve soit des perfectionnistes, soit des gens qui s’en foutent. Et je préfère être dans le camp des gens qui s’en foutent, parce que je crois que quand tu es perfectionniste, tu peux rester figé. »

S’il concède qu’il ne ressent pas moins de pression depuis qu’il a pris la décision d’être indépendant, il estime que celle-ci est axée différemment. Il se compte aussi chanceux de ne pas souffrir d’anxiété, contrairement à la forte majorité des artistes, ce qui lui permet d’approcher sa carrière avec un certain pragmatisme. Pour autant, il reconnaît que l’option d’indépendance ne convient pas à tout le monde; son désir d’exister à l’extérieur des systèmes et ses valeurs D.I.Y s’étendent au-delà de la musique.

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Quand il en parle, sa vision semble claire et il se livre avec passion en offrant des idées qui se rapprochent de l’anarcho-primitivisme et des théories de Bookchin et Zerzan. «Être indépendant, pour moi, c’est de ne pas se fier à de gros systèmes complexes qui sont au-delà de l’échelle humaine. J’aimerais un jour pouvoir produire une quantité importante de nourriture moi-même, et j’ai l’impression que beaucoup des gens qui pensent de la même manière croient qu’ils doivent quitter leur job et devenir indépendant du jour au lendemain sur tout, qu’ils vont se mettre à faire leur linge eux-mêmes et tout ça. Les gens n’ont jamais vécu comme ça, ça n'a jamais été la norme de tout faire seul, raisonne l’artiste. Mais t’avais des villages, où les gens travaillaient ensemble, t’avais le cordonnier, et l’autre faisait le fromage, et on était indépendants, ensemble, de ces gros systèmes qui ne sont même pas compréhensibles pour nous. Je veux être indépendant dans tout, mais je ne veux pas tout faire tout seul. C’est impossible d’être lucide et de prendre les bonnes décisions pour soi-même et sur ce qui nous entoure quand on ne peut même pas comprendre ce qui est dans notre face.»

Un certain stoïcisme maritime, dans cette attitude get it done, se révèle parfois chez l’artiste, et contraste avec ses chansons délurées, colorées, où tout est teinté d’humour et renforcé par son ravissant accent acadien néo-écossais. De divertir les gens, c’est une business sérieuse, pour P’tit Belliveau. Mais ça ne veut pas pour autant dire qu’il faut se prendre au sérieux.

«On dit que c’est dur la vie d’artiste, mais avant ça, j’avais une vie beaucoup plus dure. Je travaillais en construction, je travaillais vraiment fort. Donc je peux tolérer un peu plus de travail, je vais survivre. Et ça ne devrait pas être bizarre que je puisse être artiste et m’occuper de trucs professionnels en même temps. Pour moi, c’est normal et possible.»

Non seulement c’est possible, mais ça peut aller plus loin que ce qu’on s’attend: de faire confiance à ses tripes a réussi à P’tit Belliveau jusqu’à maintenant, et ça ne semble pas près de s’arrêter.

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