Skip to content
Search

Pour P’tit Belliveau, divertir les gens, c’est du sérieux

L’artiste acadien s’ouvre sur son indépendance et son nouvel album.

Pour P’tit Belliveau, divertir les gens, c’est du sérieux
Sacha Cohen

Il y a un peu plus d’un an, P’tit Belliveau a pris une décision radicale, du moins du point de vue de l’industrie, en quittant l’une des plus grandes étiquettes de disques de la province pour devenir 100% indépendant.

En m’entretenant avec lui quelques semaines après cette annonce, l’artiste originaire de Clare, en Nouvelle-Écosse, expliquait que cette décision était surtout motivée par une volonté de créer un système alternatif qui lui permettrait d’opérer à l’extérieur des systèmes conventionnels, tout en prouvant aux autres artistes acadiens qu’on n’avait pas besoin de déménager à Montréal pour avoir du succès.


Pari réussi; il a fait paraître en avril dernier un audacieux album homonyme, qui amène l’auditeur du nu-metal au pop-punk en passant par le country-folk et l’ambiant expérimental. À la suite du succès de cet album acclamé par le public et par la presse, l’artiste a passé une bonne partie de l’été à sillonner les routes du Québec et des Maritimes, tout ça sans passer par Montréal.

- YouTubewww.youtube.com

Du moins jusqu’à aujourd’hui, alors qu’il s’apprête à prendre d’assaut la scène du mythique MTelus ce vendredi pour un concert à guichet fermé dans le cadre du festival M pour Montréal. «C’est notre premier show à Montréal pour cet album-là, donc il y a beaucoup de nouveau stock, beaucoup de surprises, dit Jonah Guimond, alias P’tit Belliveau, en direct d’un hôtel-spa de Trois-Rivières, quelques jours avant ce spectacle. On a fait exprès que Montréal soit l’avant-dernier show de l’année. On l’a beaucoup joué, il s’est transformé, c’est la meilleure version du show à date.»

Il n’est pas anodin que l’album P’tit Belliveau s’ouvre avec Ej m’en fus, qui symbolise parfaitement l’approche décomplexée, bien que sérieuse, avec laquelle l’artiste approche sa carrière musicale. Comme il l’explique, sa volonté artistique n’est pas nécessairement de produire de la musique qui lui plait avant tout, son but est plutôt de divertir les gens de manière concrète. C’est entre autres ce qui explique l’étendue de genres qu’on retrouve sur le projet.

«Ma philosophie avec cet album, c’était : fuck it, if it feels good, it’s good. J’ai toujours un peu fait ça, mais avec l’idée que [un album de P’tit Belliveau] c’était x, y, z. Ça fait aussi un petit bout que le concept d’album m’intéresse moins. Il y a encore des gens qui écoutent des albums, mais statistiquement et dans les faits, les gens n’en écoutent pas, dit l’artiste. Ça m’intéresse moins de créer un album cohésif sur 12 chansons. Le monde weird qui vont écouter l’album vont être down avec le weirdness, sinon ils écouteront les deux chansons qu’ils aiment, parce que c’est ce que tout le monde fait de toute façon.»

Dans ce sens, le choix de l’indépendance était probablement une bonne option pour l’artiste, vu qu’il a des réflexes d’auditeur moderne dans une industrie qui peine à se sortir des codes et conventions du siècle dernier. Plutôt que de se remettre en question, P’tit Belliveau préfère remettre en question la nécessité d’adhérer à une manière rigide de faire les choses telles que prescrites par une industrie opaque.

«Au niveau administratif, il y a beaucoup de grandes décisions à prendre. C’est moi et mon gérant qui les prenons, et c’est certain que dans deux ans, on va se rendre compte que telle ou telle décision n’était pas la bonne. Mais je n’ai jamais été du genre à stresser à propos des erreurs ni à propos de la perfection, dit l’artiste de 29 ans. Parfois ça me nuit, parce que j’anticipe jamais ce qui pourrait mal se passer. Mais souvent, on trouve soit des perfectionnistes, soit des gens qui s’en foutent. Et je préfère être dans le camp des gens qui s’en foutent, parce que je crois que quand tu es perfectionniste, tu peux rester figé. »

S’il concède qu’il ne ressent pas moins de pression depuis qu’il a pris la décision d’être indépendant, il estime que celle-ci est axée différemment. Il se compte aussi chanceux de ne pas souffrir d’anxiété, contrairement à la forte majorité des artistes, ce qui lui permet d’approcher sa carrière avec un certain pragmatisme. Pour autant, il reconnaît que l’option d’indépendance ne convient pas à tout le monde; son désir d’exister à l’extérieur des systèmes et ses valeurs D.I.Y s’étendent au-delà de la musique.

- YouTubewww.youtube.com

Quand il en parle, sa vision semble claire et il se livre avec passion en offrant des idées qui se rapprochent de l’anarcho-primitivisme et des théories de Bookchin et Zerzan. «Être indépendant, pour moi, c’est de ne pas se fier à de gros systèmes complexes qui sont au-delà de l’échelle humaine. J’aimerais un jour pouvoir produire une quantité importante de nourriture moi-même, et j’ai l’impression que beaucoup des gens qui pensent de la même manière croient qu’ils doivent quitter leur job et devenir indépendant du jour au lendemain sur tout, qu’ils vont se mettre à faire leur linge eux-mêmes et tout ça. Les gens n’ont jamais vécu comme ça, ça n'a jamais été la norme de tout faire seul, raisonne l’artiste. Mais t’avais des villages, où les gens travaillaient ensemble, t’avais le cordonnier, et l’autre faisait le fromage, et on était indépendants, ensemble, de ces gros systèmes qui ne sont même pas compréhensibles pour nous. Je veux être indépendant dans tout, mais je ne veux pas tout faire tout seul. C’est impossible d’être lucide et de prendre les bonnes décisions pour soi-même et sur ce qui nous entoure quand on ne peut même pas comprendre ce qui est dans notre face.»

Un certain stoïcisme maritime, dans cette attitude get it done, se révèle parfois chez l’artiste, et contraste avec ses chansons délurées, colorées, où tout est teinté d’humour et renforcé par son ravissant accent acadien néo-écossais. De divertir les gens, c’est une business sérieuse, pour P’tit Belliveau. Mais ça ne veut pas pour autant dire qu’il faut se prendre au sérieux.

«On dit que c’est dur la vie d’artiste, mais avant ça, j’avais une vie beaucoup plus dure. Je travaillais en construction, je travaillais vraiment fort. Donc je peux tolérer un peu plus de travail, je vais survivre. Et ça ne devrait pas être bizarre que je puisse être artiste et m’occuper de trucs professionnels en même temps. Pour moi, c’est normal et possible.»

Non seulement c’est possible, mais ça peut aller plus loin que ce qu’on s’attend: de faire confiance à ses tripes a réussi à P’tit Belliveau jusqu’à maintenant, et ça ne semble pas près de s’arrêter.

More Stories

Watch Triumph the Insult Comic Dog Roast Pete Hegseth, Karoline Leavitt at White House Correspondents’ Dinner

Triumph the Insult Comic Dog attends the 2026 White House Correspondents' Dinner

Taylor Hill/Getty Images

Watch Triumph the Insult Comic Dog Roast Pete Hegseth, Karoline Leavitt at White House Correspondents’ Dinner

Although the White House Correspondents’ Dinner was cut short due to a shooter, guests still walked the red carpet at the annual event on Saturday night. The Daily Show sent Triumph the Insult Comic Dog as their correspondent and Robert Smigel-voiced character used the opportunity to roast everyone from Pete Hegseth to Robert Kennedy Jr. to Karoline Leavitt.

In the clip, aired on The Daily Show last night, Triumph takes aim at the guests and the event itself, which he describes as “an annual gathering of the press, or in tonight’s case fondly remembers, free speech.”

Keep ReadingShow less
Stephen Colbert Explains Why ‘The Late Show’ Became More Political: ‘That’s the Part the Audience Wants to See’

Stephen Colbert on The Late show

Scott Kowalchyk/CBS/Getty Images

Stephen Colbert Explains Why ‘The Late Show’ Became More Political: ‘That’s the Part the Audience Wants to See’

Stephen Colbert said he leaned into current events on The Late Show after initially planning to be less political after leaving The Colbert Report. Speaking to The New York Times this week, Colbert explained that when he took over for David Letterman in 2015 CBS discouraged him from “being topical.”

“It was my instinct to be less topical, because I didn’t want to have to engage with what I saw was an increasingly contentious public discourse,” Colbert said. “And I thought, aren’t there other ways to have fun with the audience?”

Keep ReadingShow less
‘White Lotus’ Swap: Laura Dern Takes Over for Helena Bonham Carter

Mike White is already shooting season four of 'The White Lotus' while reworking it for Dern, according to Deadline.

Simon Ackerman/Getty Images

‘White Lotus’ Swap: Laura Dern Takes Over for Helena Bonham Carter

On The White Lotus Season Four, Helena Bonham Carter’s loss has turned out to be Laura Dern‘s gain. Dern is joining the HBO series, stepping into the spot left open after Bonham Carter’s departure late last week, Deadline reports.

According to Deadline, White is rewriting the part for Dern, rather than just slotting her into the character originally conceived for Bonham Carter. HBO said in a statement last week that once cameras started rolling, it became clear the original version of the character showrunner/creator Mike White wrote for Bonham Carter “did not align once on set.”

Keep ReadingShow less
Kid Rock Takes Joy Ride in Army Helicopter, Addresses the Pentagon

Kid Rock, seen here not in a helicopter, will kick off his summer tour on Friday with video of him in a helicopter.

Gary Miller/Getty Images

Kid Rock Takes Joy Ride in Army Helicopter, Addresses the Pentagon

Just a month after receiving a fly-by of his Nashville-area home by a pair of U.S. Army attack helicopters, Kid Rock took to the skies for a joyride of his own in an Apache gunship on Monday.

Rock got to the choppa during a visit to Virginia’s Fort Belvoir, where he was joined by Secretary of Defense Pete Hegseth. The former Fox News host called Rock “a patriot and huge supporter of our troops” in a social media post that showed him and the rapper-singer posing in front of a helicopter. Rock’s flight on the AH-64, which according to the Military Air Tracking Alliance, lasted about 10 minutes, was filmed for use on Rock’s upcoming “Freedom 250” concert tour. During past Kid Rock tours, he used a pre-taped message from President Trump to open his shows.

Keep ReadingShow less
Taylor Swift Was Inspired to Write ‘Elizabeth Taylor’ After a Drive With Travis Kelce

Taylor Swift and Travis Kelce at the 2026 iHeartRadio Music Awards

Christopher Polk/Billboard

Taylor Swift Was Inspired to Write ‘Elizabeth Taylor’ After a Drive With Travis Kelce

Taylor Swift can truly find inspiration anywhere she goes. In the past, she’s shared how her neighbors’ love story and movies informed her early songwriting. Now, in a new interview with The New York Times Magazine, the superstar went deep on how her songwriting process has evolved in her two decades in the music industry.

“There are so many different ways that a song begins in my world,” Swift said. She cited the latest single, “Elizabeth Taylor,” from her most recent LP The Life of a Showgirl as an example of when a song “comes as if from nowhere.”

Keep ReadingShow less