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Pleins feux sur: Lu Kala

Alors que la sensation pop torontoise s'apprête à monter sur scène à Montréal pour la première fois, elle se confie sur son parcours, de Kinshasa à Los Angeles, de Toronto à TikTok.

Pleins feux sur: Lu Kala

Lu Kala se souvient très bien de ses débuts à Toronto. À l’époque, elle chantait déjà ses propres chansons, seule sur scène, micro à la main, dans des open mics où la pop n’était pas forcément bien accueillie. Une fille noire plus size qui fait de la pop, ce n’était pas le chemin le plus évident. Et pourtant, c’est celui qu’elle a choisi.

«Le seul instrument que je possède est littéralement ma voix», dit-elle aujourd’hui, installée à Los Angeles, où elle mène désormais une carrière florissante. L’artiste s’est confiée sur ce parcours sinueux, du Congo à Toronto à L.A., en passant par TikTok et le Remix Project, incubateur de talents où elle entre autres a croisé Wondagurl. Un parcours où elle a dû, très tôt, apprendre à tracer sa propre route.


Née au Congo et arrivée jeune au Canada, Lu Kala chante depuis toujours. Adolescente, elle enchaîne les prestations et les compositions originales, sans réseau, sans modèle, ni feuille de route. «J'essayais de me faire connaître», raconte-t-elle, alternant avec aisance entre le français et l’anglais. «Mais, étant une fille qui fait de la musique pop, je ne savais tout simplement pas comment faire pour que ça arrive.»

Sa voix puissante et son énergie font leur chemin dans les scènes émergentes de la ville. Grâce au Remix Project, qu’elle compare à un «Mickey Mouse Club» version urbaine, elle développe ses talents aux côtés d’autres jeunes créateurs. Mais très vite, elle ressent un tiraillement. «Je pense que c'est à ce moment-là que j'ai vraiment commencé à me trouver», dit-elle à propos de sa sortie du programme. «Avant, j'essayais de me conformer à un son R&B, à ce que les gens pensaient que je devais être. Et puis un jour, je me suis dit: "Non. Je vais juste faire ce que j'ai envie de faire, ce qui est de la pop."»

Ce choix artistique n’était pas sans enjeux. Pour une femme noire, s’écarter des cases attendues peut ressembler à une prise de risque. Mais comme elle le rappelle, «nous ne sommes pas tous dans la même boîte. On a le droit d'être différents les uns des autres.»

Cette volonté d’émancipation, elle la puise aussi dans ses racines. Chez elle, la musique était omniprésente. Sa mère dirigeait les chants à l’église, alors que son père, pasteur, chantait lui aussi. «J’espère à l’avenir pouvoir peut-être faire une chanson plus dédiée à mes racines, parce que j’ai l’impression que beaucoup de gens ne réalisent pas que je suis née au Congo», affirme-t-elle.

Puis la pandémie frappe. Les tournages sont interrompus, les concerts annulés. Lu Kala doit improviser. Pour son titre No Smoke, elle opte pour un vidéoclip animé. «J’ai dû faire preuve de créativité, ce qui, à ce jour, me plaît beaucoup.»

C’est en ligne que les choses s’accélèrent. TikTok devient un tournant. Elle hésite d’abord, comme plusieurs. «J’étais en retard sur le coup, parce que je me disais, "Je suis une chanteuse, pas une Tiktokeuse"». Puis, de nulle part, sa chanson Love Shit explose. «J’avais environ 200 abonnés à ce moment-là, et ça a explosé pendant le week-end. En un jour ou deux, j'avais littéralement quelque chose comme 30 000 abonnés.» L’appui répété d’artistes comme SZA amplifie l’effet. «Recevoir l'approbation de quelqu'un dont on est fan, ça m'a mis à l’envers.»

En 2023, après quelques séjours professionnels, elle s’installe à Los Angeles. Elle y écrit pour elle-même, mais aussi pour d’autres, dont Jennifer Hudson et Katy Perry. «La toute première chanson sur laquelle j’ai eu un crédit d’écriture, c’était en fait la première session à laquelle j'ai participé avec quelqu’un d’autre que moi-même», raconte-t-elle.

Tout s’enchaîne rapidement: un contrat, une équipe de gestion, des collaborations. Mais malgré cette ascension, Lu Kala garde en tête ce qu’elle aurait aimé trouver au Canada. «J’aimerais vraiment que le Canada développe davantage d’artistes, parce que je pense que le Canada a tellement de stars», dit-elle, en soulignant que les artistes qui font de la pop y sont encore peu soutenus. Elle ajoute: «J’ai l’impression d’être ici pour quelque chose de plus grand que moi. Je veux ouvrir plus de portes. Il ne devrait pas y avoir que moi à la table. Il devrait y avoir beaucoup plus de gens derrière moi, à côté de moi et avant moi.»

Aujourd’hui, elle vit un autre moment marquant: sa toute première tournée en tête d’affiche. Après un spectacle à guichets fermés à Los Angeles, elle s’apprête à revenir au Canada, et pour la première foi, à Montréal, à La Sala Rossa. La réponse du public québécois est déjà palpable: son single Hotter Now a été un succès notable en anglais au Québec, et les attentes sont élevées.

Sur scène, elle promet une ambiance festive, à l’image de son plus récent EP No Tears on this Ride. «Le but de tout ce projet, c’est de repousser les larmes. Personne n’est là pour pleurer, on va passer un bon moment», dit-elle.

Alors qu’elle vient de lancer le clip de sa nouvelle chanson Work, Lu Kala garde le cap. «Je pense que ça fait trop longtemps que ça dure, il faut que nous redéfinissions et changions un peu ce qu’est la pop et comment on la ressent», conclut-elle.

Si la pop canadienne avait encore besoin d’un nouveau souffle, Lu Kala semble prête à le lui offrir.

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