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Tom Cochrane: la longue route d'une légende du rock

De tavernes miteuses aux plus grandes scènes du monde, le vétéran du rock canadien s'ouvre sur son parcours.

Tom Cochrane: la longue route d'une légende du rock
Lane Dorsey

Tom Cochrane est un nom qui résonne dans l’histoire du rock canadien. Pour plusieurs générations, il incarne à la fois l’énergie brute des premières années de Red Rider et l’émotion puissante de sa oeuvre solo. Il suffit d’évoquer Lunatic Fringe ou Life is a Highway pour que la mémoire collective des fans revienne instantanément à ces moments où la musique semblait capable de tout changer. Cochrane a toujours su conjuguer la sensibilité d’un auteur-compositeur à la rigueur d’un musicien de scène aguerri, fort de huit prix Juno, récipiendaire de l’Ordre du Canada et intronisé au Panthéon de la musique canadienne.

Son parcours et celui de Red Rider est marqué par la détermination et l’esprit canadien. Dès les premiers concerts dans des bars de l’Est du pays, le groupe apprend à naviguer dans un univers parfois hostile. «Je me souviens d’un spectacle au Québec où le propriétaire sabotait notre concert en débranchant les amplis pendant qu’on jouait. À la fin de la semaine, il a mis un pistolet sur la table, quand on lui a demandé notre paye», se souvient Cochrane. Ces expériences formatrices lui enseignent la résilience et la débrouillardise, des qualités qui le suivront tout au long de sa carrière.


Lieu - Bisha Hotel Toronto/ Photographe- Lane Dorsey/Maquilleuse - Vanessa Baudner/ Manteau- Master Supply Co.

Rapidement, Red Rider attire l’attention avec des albums comme Don’t Fight It en 1979 et As Far As Siam, en 1981. La sortie du single Lunatic Fringe a marqué un tournant. Soudain, le groupe dégageait une gravité qui changeait la façon dont le public et les autres musiciens réagissaient à eux. Cochrane avait écrit la chanson comme une déclaration antiraciste, s’appuyant sur les leçons de l’histoire et la volonté de ne pas répéter les atrocités passées. Les foules rock, qui auraient pu se montrer hostiles envers un groupe en première partie, ont reconnu l’importance du morceau. Certains groupes canadiens en tournée avec des formations hard rock à l’époque se faisaient lancer des objets, mais Red Rider a été épargné. La chanson a aussi suscité le respect des musiciens.

C’est sur la route que Cochrane apprend également l’importance du spectacle et du contact avec le public. En tournée avec The J. Geils Band, il découvre l’art du showmanship : entrées spectaculaires, interaction avec la foule, mise en lumière de l’énergie des concerts. «Peter Wolf et J. Geils, c’étaient des maîtres du show. Ils avaient du cœur et de l’âme dans ce qu’ils faisaient», dit-il. Il se remémore aussi d’une soirée où Wolf est entré dans la loge de Red Rider avant un concert à Detroit avec deux bouteilles de champagne et a immédiatement demandé à Cochrane d’expliquer le sens de Lunatic Fringe.

Pendant près d’une décennie, Cochrane et Red Rider dominent la scène rock canadienne, multiplie les tournées et les ventes d’albums. Cochrane fonde une famille et profite de ce qu’il qualifie de «succès modéré». Étant le chanteur et compositeur principal du groupe, Red Rider devient en 1986 Tom Cochrane & Red Rider, amorçant tranquillement le passage vers une carrière solo. Leur dernier album en bonne et due forme, Victory Day, parait en 1988, et le groupe continue à tourner.

En 1991, Cochrane commence à travailler sur un album solo, entre Nashville et l’Ontario.

Un voyage en Afrique de l’Est avec Vision Mondiale bouleverse sa perception de la vie et inspire une créativité nouvelle. «J’ai vu des choses qui ont laissé des cicatrices dans mon esprit. Une femme mourante, sa fille dans ses bras, et ce regard vers nous qui nous demandait ce qu’on foutait là avec nos caméras», raconte-t-il, évoquant le traumatisme post-traumatique qui s’ensuit. «J’avais l’impression de voir dans ses yeux ceux de mes propres filles.» Cette expérience intense nourrit la création de Mad Mad World, un album qui changera tout dans la carrière de Cochrane.

Un jour en studio, John Webster, seul membre de Red Rider qu’il emmène dans sa carrière solo, suggère à Cochrane de retravailler le brouillon d’une chanson qu’il avait écrite pour le groupe mais qui n’avait jamais été utilisé.

À l’origine intitulé Love is a Highway, Cochrane prend le pari de Webster et en fait un hymne international. «Il fallait garder les yeux sur la route devant soi, parce que sinon on risque de se crasher», explique-t-il, décrivant la métaphore centrale de la chanson. La version finale, enregistrée dans son studio à la maison et produite avec Joe Hardy à Memphis, allie une composition réfléchie à un texte qui touche universellement.

Le succès de Life is a Highway est immédiat. Au Canada, les ventes explosent et les festivals se succèdent. Aux États-Unis, le morceau grimpe les palmarès, culminant à la première place pendant plusieurs semaines. «Je suis passé d’un succès confortable à être une pop star à 38 ans. C’était un phénomène très étrange», se souvient Cochrane. Ce succès fulgurant n’est pas sans conséquences sur sa vie personnelle: mariage mis à l’épreuve, éloignement familial et pression constante des tournées.

Pourtant, Cochrane garde toujours une philosophie intacte: entretenir un lien sincère avec le public. Il se souvient d’un concert à West Point, devant des cadets en uniforme militaire, où le public reste figé pendant la première partie du set. Quand Lunatic Fringe retentit, la réaction est immédiate : «Les chapeaux volaient dans tous les sens, ils hurlaient… C’était incroyable», raconte-t-il. Cette capacité à toucher les gens, à provoquer des émotions fortes, reste au cœur de son art.

Malgré le succès international, Cochrane reste profondément attaché à ses racines canadiennes. «Être canadien fait partie de qui je suis. Ça m’a donné de la perspective, de la résilience et un sens de communauté et de culture, et ça a alimenté chaque note que j’ai jouée», souligne celui qui est aujourd’hui établi en Colombie-Britannique. Même dans les années 1970 et 1980, où il fallait souvent minimiser ses origines pour percer aux États-Unis, il refusait de renier son identité. Cette fidélité à ses valeurs se reflète dans la cohérence de son œuvre et dans le respect qu’il suscite chez ses pairs.

Il estime que la musique a le pouvoir de toucher les gens, de provoquer la réflexion et d’inspirer le changement. «La musique peut faire plus que divertir. Elle peut illuminer et ouvrir les cœurs aux choses qui comptent», affirme-t-il.

À l’approche du 35e anniversaire de Mad Mad World, Cochrane continue de tourner, d’écrire et de créer. Avec la préparation d’un nouvel album et de quelques morceaux inédits, il reste fidèle à sa mission et à sa vision. «Je n’échangerais rien pour ce parcours», conclut-il.

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