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C'est comment, s'appeler Jeffrey Epstein? Trois hommes nous en parlent

C'est un nom que l'on entend partout, pour les mauvaises raisons. Mais c'est aussi un nom relativement commun, porté par des centaines d'hommes aux États-Unis. Trois d'entre eux nous en parlent.

C'est comment, s'appeler Jeffrey Epstein? Trois hommes nous en parlent
Davidoff Studios/Getty Images

Ceci est la traduction adaptée d’un article de Miles Klee, originalement publié par Rolling Stone le 16 octobre 2025. Nous republions l'article originalement intitulé ‘It’ll Never Go Away’: Three Jeffrey Epsteins on What It’s Like to Live With Their Notorious Name avec la permission de son auteur. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.

Jeffrey Epstein n’a pas besoin d’être présenté. Après des années de couverture médiatique et d’innombrables théories du complot, le financier défunt est devenu pratiquement synonyme de traite humaine et d’abus sexuels. Véritable croque-mitaine bien réel, il a passé des années à s’en prendre à des adolescentes, protégé des poursuites par sa richesse colossale et ses relations puissantes. Il est devenu un symbole durable de la décadence morale des élites américaines et du manque de justice envers les victimes de violences sexuelles.


L’affaire Epstein aurait pu peu à peu s’effacer de la conscience nationale, malgré la croyance répandue — et non fondée — selon laquelle son suicide en prison, en 2019, alors qu’il attendait son procès, aurait été en réalité un meurtre destiné à l’empêcher d’impliquer certains de ses associés. Mais, comme l’un de ses amis de longue date n’était nul autre que Donald Trump — les deux hommes ont été proches jusqu’à une dispute survenue vers le milieu des années 2000 —, le fantôme d’Epstein continue de hanter le paysage politique. Ce n’est pas seulement parce qu’une lettre d’anniversaire à connotation douteuse que le président lui aurait écrite a été rendue publique (Trump nie en être l’auteur); c’est aussi à cause de l’échec embarrassant et persistant de son administration à divulguer les documents liés aux enquêtes fédérales sur Epstein, malgré les nombreuses promesses faites à la base MAGA de publier ces supposés dossiers explosifs.

Ainsi, «Jeffrey Epstein» reste un nom qui attire les gros titres. C’est aussi, par ailleurs, un nom assez courant, porté par de nombreux hommes parfaitement innocents. Une recherche dans une base de données a révélé près de 300 Jeffrey Epstein à travers les États-Unis. Rolling Stone a contacté plusieurs d’entre eux pour savoir comment l’affaire Epstein a affecté leur vie quotidienne au cours des dernières années. Trois ont accepté de raconter leur expérience.

Le chanteur

Jeff L. Epstein, 53 ans, habite dans une région du New Jersey, non loin de Philadelphie. Il travaille à temps plein comme chanteur, interprétant Frank Sinatra, les Beatles, Elvis Presley et bien d’autres dans des résidences pour aînés, où, selon lui, les résidents ne suivent heureusement pas de près les développements liés à l’autre Jeffrey Epstein. (Il précise aussi que seuls ses proches plus âgés l’appellent encore Jeffrey.) Quand le sujet revient, il fait semblant de ne pas comprendre, en jouant l’ignorant qui ne suit pas les nouvelles.

«De temps à autre, un résident d’environ 80 ans peut me dire: “Alors, tu vas enfin publier les vidéos?”», raconte Epstein. «Et moi je réponds: “Je ne sais pas de quoi vous parlez, de quoi s’agit-il?”» Cette stratégie, dit-il, met fin à la conversation rapidement et efficacement. Il trouve agaçant que l’affaire soit devenue une sorte de blague pour ceux qui font ce genre de remarques. «Si on prend le sujet au sérieux, il n’y a absolument aucune raison de me dire ça», affirme-t-il.

Epstein a entendu parler du tristement célèbre homonyme au milieu des années 2010. Avec l’arrestation et le suicide de ce dernier en 2019, les choses ont, selon lui, viré au cauchemar, surtout en ligne. Il montre une capture d’écran d’une publication Facebook qu’il avait faite cette année-là dans un groupe communautaire local, où il demandait des recommandations pour un service d’entretien ménager. À la place, il a reçu une série de commentaires hostiles et moqueurs l’appelant «Epstein le criminel», accompagnés d’une photo de l’autre Epstein. Sur d’autres plateformes, des gens lui ont demandé pourquoi son nom d’utilisateur était «Jeff Epstein», croyant qu’il s’agissait d’une provocation volontaire. Dans certains cas, il a tenté de prendre la situation avec humour, notamment lorsqu’il apparaissait à l’occasion dans l’émission YouTube de l’humoriste Graham Elwood, qui l’introduisait en disant: «Non, pas celui-là!» Epstein reconnaît que la blague «était plutôt drôle».

Plus récemment, toutefois, Epstein tente de reprendre possession de son nom. Lors d’un micro ouvert hebdomadaire avec des amis musiciens, auquel il participe depuis deux ans, il se présentait autrefois comme «Jeff L.» pour éviter toute association indésirable avec un délinquant sexuel notoire. Puis il a changé d’avis. «Ça ne me semblait pas juste», dit-il. «C’était juste maladroit. Alors, il y a environ six mois, je me suis dit: “C’est fini. Mon nom, c’est Jeff Epstein.”» Il a demandé à l’animateur de l’événement de désormais l’introduire par son nom complet. Au début, l’animateur précisait au public qu’il s’agissait «du bon, pas du mauvais», raconte Epstein, mais il l’a vite corrigé: «La seule raison pour laquelle je dois encore supporter ce stigmate, c’est parce que les gens continuent de le mentionner.»

Le gestionnaire d’entrepôt

Lorsqu’on lui demande si ce nom lui a causé des ennuis, un autre Jeff Epstein, 45 ans, gestionnaire d’entrepôt au New Jersey, répond: «Tu n’as aucune idée!» Ses amis, du moins, semblent tirer un certain plaisir de cette coïncidence malheureuse. Epstein partage un fil de courriels échangés avec quelques-uns d’entre eux au sujet de cette entrevue. L’un lui conseille de dire à Rolling Stone «que tu n’as pas couché avec personne depuis six ans à cause de ça, et de bien t’assurer qu’ils mettent ta photo et ton adresse dans l’article».

«Je suis allé voir mon médecin de famille, que je n’avais pas consulté depuis des années», raconte Epstein. «Il entre dans la pièce et me lance: “De retour dans l’actualité!” Je n’invente rien.» Il admet que les remarques sont pratiquement inévitables. «J’en entends tout le temps, surtout quand je dois montrer une pièce d’identité», dit-il. Epstein a toutefois appris à prendre ces situations avec légèreté. «Je leur dis en général qu’ils ne sont plus invités à ma fête sur mon yacht s’ils me disent de changer de nom.»

Le propriétaire d’une entreprise de planchers

Il y a aussi Jeff Epstein, 57 ans, propriétaire d’une entreprise de planchers à Tucson, en Arizona, qui affirme que son nom n’a jamais nui à ses affaires. «Mes clients trouvent ça plutôt drôle», dit-il. «Quand ils ne connaissent pas encore mon nom complet et que je les appelle, leur iPhone affiche “Jeffrey Epstein appelle”. J’ai déjà vu des clients bloquer mon numéro sur-le-champ, puis mon bureau doit les rappeler pour leur dire: “Non, non, c’est Jeff.”»

«Ça vient par vagues», dit Epstein à propos des conversations sur son homonymie. «Parfois, je n’en entends pas parler pendant des mois, puis certaines semaines, trois ou quatre personnes m’en parlent», souvent pour lui demander si c’est bien son vrai nom. Il ajoute: «C’est parfois agaçant, mais ça n’a jamais été négatif, à part l’inconvénient. C’est sans fin. C’est drôle, parce que si les nouvelles jouent quand j’entre quelque part, j’entends mon nom trois ou quatre fois en deux minutes. Il y a toujours quelque chose qui me rappelle chaque jour que je partage ce nom avec ce type.»

Epstein explique que la situation inhabituelle a aussi eu des répercussions sur le reste de sa famille. Bien que son entreprise ne porte pas son nom de famille, son frère, lui, en a fait la marque de son commerce, ce qui a mené certains clients à faire des blagues. Son frère leur répond qu’il a un frère prénommé Jeffrey qui, lui, doit en entendre bien davantage.

«Je ne suis pas politisé, et ça aide aussi», ajoute Epstein à propos de ce lien involontaire avec un criminel honni, souvent mentionné dans les querelles partisanes. Il n’en reste pas moins qu’il souhaite voir l’affaire Epstein arriver à une certaine conclusion. «J’ai publié “libérez les dossiers Epstein”, mais c’était surtout parce que je veux récupérer mon nom», dit-il. «Oui, qu’on en finisse. Pourquoi on ne le fait pas?» Il fait référence aux efforts actuels du gouvernement pour tourner la page, tandis que Trump et la Maison-Blanche soutiennent, de manière absurde, que les questions persistantes autour des activités du défunt Epstein relèvent d’un «canular» inventé par les démocrates. «Vous voulez dire que mon nom a été ruiné pour… rien?»

«J’aimerais vraiment que plus personne ne parle de mon nom», poursuit-il. Bien qu’ils aient chacun trouvé leurs propres façons de composer avec cette situation, ces Jeffrey Epstein s’entendent sur un point: le sujet est épuisant. Ils ont tous entendu les mêmes remarques des milliers de fois. «Cette histoire a fait son temps, mais elle ne veut pas mourir», conclut Epstein. Alors, si jamais vous rencontrez un Jeffrey Epstein, rendez-lui service: faites comme si vous n’aviez jamais entendu ce nom de votre vie.

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