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Myriam Gendron veut insuffler de l’espoir et de la joie dans sa musique (et dans le monde)

La musicienne nommée au prix Polaris parle de son rapport au succès, de sa démarche artistique ancrée dans la tradition folk et des histoires que renferme chacune de ses chansons, même instrumentales

Myriam Gendron en spectacle au Festival en chanson de Petite-Vallée le 27 juin

André Bujold

Assise seule sur la scène du chapiteau du Festival en chanson de Petite-Vallée, sa guitare acoustique sur les genoux, des pédales à ses pieds, Myriam Gendron entonne une pièce instrumentale tout en lenteur et en douceur, les yeux fermés. Il règne un silence monastique. Aucune lumière de téléphone en vue. Un véritable moment de communion se déroule entre l’artiste et son public, captivé.

Durant près d’une heure trente, la musicienne folk montréalaise maintiendra cette précieuse bulle d’écoute, comme si le temps était suspendu grâce à sa voix grave et posée, son jeu de guitare agile et sa présence apaisante.


Si on exclut la première partie d’Avec pas d’casque qu’elle a joué à Carleton-sur-Mer en avril dernier, ce spectacle était le premier de Myriam Gendron en Gaspésie. Sur scène devant public, puis en entrevue avec Rolling Stone Québec, elle se demande pourquoi sa tournée ne s’était pas encore arrêtée dans la péninsule. «Chaque fois que je viens ici, je ne comprends pas pourquoi je vis en ville! dit-elle en riant. L’immensité, ça fait du bien.»

L’immensité, celle qu’on peut contempler par les fenêtres du nouveau Théâtre de la Vieille-Forge de Petite-Vallée, qui offrent un point de vue saisissant sur le soleil couchant lors de notre rencontre, a donné envie à Myriam Gendron de revisiter son deuxième album, Ma délire - Songs of love, lost & found, lors de son spectacle au Festival en chanson, plutôt que son plus récent, Mayday, paru l’an dernier. «La mer est partout dans Ma délire. Je sentais que c’était plus cet album qu’il fallait que je défende sur scène», dit-elle.

Il faut tout de même glisser un mot sur Mayday, qui a valu à la musicienne sa première nomination sur la longue liste du prix Polaris, ce qui la remplit de joie. D’autant plus que, le jour de notre rencontre et de son spectacle à Petite-Vallée, elle apprenait que Ma délire figure sur la liste des 101 albums canadiens qu’il faut avoir écoutés dans sa vie du Globe and Mail aux côtés de classiques comme Jaune de Jean-Pierre Ferland, Songs of Leonard Cohen et Les cinq saisons d’Harmonium.

«Je ne sais pas quoi faire de ça. C’est l’opinion de certaines personnes, et oui, de gens qui ont une grande culture musicale, donc ça a une certaine valeur. Je me réjouis d’être sur la liste du prix Polaris, bien sûr. Après, la reconnaissance, c’est dur! Comment tu reçois ça comme artiste, t’sais? C’est pas ça qu’il faut chercher! Il faut pas faire ça pour ça.»

Bien que le succès critique de son œuvre s’étende au-delà de nos frontières – le réputé site de critiques Pitchfork a attribué d’excellentes notes à ses deux plus récents albums –, Myriam Gendron reste encore peu connue du public québécois. Elle donnera son plus grand spectacle à ce jour au Québec le 27 septembre prochain au Théâtre Outremont, plus de dix ans après la sortie de son premier album, Not So Deep As A Well.

«Les grands médias au Québec ont commencé à parler de ma musique quand Pitchfork a fait sa critique, comme si ça prenait le sceau d’approbation de cette grande machine pour qu’on se dise que ça vaut la peine d’en parler… De fait, en entrevue, les questions que les journalistes d’ici me posaient étaient juste sur Pitchfork. Est-ce qu’on peut parler de musique?» demande-t-elle en riant, sans la moindre rancune.

Parlons-en, justement, de sa merveilleuse musique, dont plusieurs chansons sont inspirées de textes traditionnels qu’elle adapte et remet au goût du jour. La démarche artistique de Myriam Gendron est plutôt rare au Québec, s’inscrivant dans la grande tradition folk américaine. «Le répertoire traditionnel anglo-saxon, via Bob Dylan, tout ça, ça fait quand même longtemps que ça fait partie de moi, dit-elle. Mais la musique traditionnelle québécoise, comme bien du monde, je regardais ça avec méfiance, comme quelque chose d’un peu passéiste, lié à un repli identitaire.»

Jusqu’à ce qu’elle tombe sur Au cœur de ma délire, interprété par Philippe Gagnon et Dominic Tremblay. «J’avais vraiment l’impression de reconnaître la chanson en même temps que je la découvrais, comme si je la connaissais déjà. C’est ce que ça me fait, la musique traditionnelle. C’est ce que me fait l’art qui me touche en général : j’ai l’impression que je sais déjà ce qui s’en vient, ça fait déjà partie de moi. C’est un sentiment très fort.»

Cette découverte a ouvert fort les vannes d’un robinet qui coule toujours abondamment chez la musicienne, qui effectue en quelque sorte un travail d’archiviste, même si ce n’est pas du tout son intention. «Je ne m’investis pas d’un devoir de mémoire, précise-t-elle. Je vais vers ce qui me parle, vers ce qui m’inspire, vers ce qui me fait du bien, et il se trouve que j’ai l’impression que ça résonne chez le public. Ce n’est pas dans le but de préserver les chansons ou de les sortir de l’oubli, mais tant mieux si c’est un des effets!»

Tant sur ses compositions originales que dans ses adaptations de textes traditionnels, la musique de Myriam Gendron crée des ponts entre la tradition et la modernité, entre le français et l’anglais, entre l’intime et l’universel. «Ce ne sont pas des affaires séparées, c’est un continuum, me corrige-t-elle gentiment. Ce n’est pas : ‘moi moi moi, voici ce que j’ai à dire’. C’est plutôt : il y a eu tout ça avant moi, voici ce que moi j’ai à dire là-dessus. C’est ainsi que je vois ma pratique artistique. Ce n’est pas moi le sujet, tu comprends? Je laisse les affaires passer à travers moi.»

Et à travers elle, le répertoire traditionnel s’actualise et se modernise. Ici, on entend des effets de distorsion sur sa guitare électrique. Là, l’ajout d’enregistrements de bruits ambiants. «Pour moi, la musique folk peut tout à fait recevoir de la distorsion, du noise, des sons plus contemporains. Aujourd’hui, on voit ce style comme un truc du passé, comme nostalgique... Il y a quelque chose de puriste autour de la musique folk, mais il me semble que l’esprit du folk, au contraire, est d’embrasser le présent et de revisiter le passé à la lumière du présent. Il faut que ce soit réadapté constamment.»

L’ex-libraire, qui a quitté ce métier en 2022 pour se consacrer à la création, se réjouit de pouvoir combiner ses deux passions : la littérature et la musique. Son premier album mettait justement en chansons des poèmes de Dorothy Parker. «J’ai une approche très littéraire de la musique, même quand ce sont des pièces instrumentales, affirme-t-elle. Il y a un récit derrière chacune des chansons, même quand c’est juste de la guitare. Je raconte toujours une histoire.»

Il ne reste qu’une poignée de dates de tournée à Myriam Gendron cet été, dont une à Wakefield, en Outaouais, et l’autre en Caroline du Nord. Entre ses spectacles, elle se consacre à la composition de son prochain album. Sans trop en révéler, l’artiste partage l’état d’esprit qui l’habite. «À ma grande surprise, j’essaie de mettre de l’espoir et de la joie dans ma musique et dans le monde!» lance-t-elle en échappant un rire.

Le défi est considérable, reconnait-elle. «C’est très instable et fragile l’espoir, surtout en ce moment! Il ne faut pas non plus être dans une bulle. J’essaie d’être dans la lucidité tout en donnant une place à l’espoir là-dedans.»

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Taylor Swift retourne aux années '90 avec le clip pour 'Opalite'
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Taylor Swift n’a pas encore tourné la page de son ère «show girl». La pop star vient de dévoiler le vidéoclip du prochain extrait de The Life of a Showgirl, Opalite, un clip rempli de détours inattendus et d’éclairs absurdes.

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S’ensuit un récit volontairement absurde, mais étonnamment tendre, porté par une distribution bien garnie. Tout porte à croire que Swift a convié l’ensemble des invités de son passage à The Graham Norton Show en octobre, incluant Norton lui-même, qui campe un vendeur de Nope-alite. Domhnall Gleeson joue l’intérêt amoureux autrefois malheureux de Swift, Lewis Capaldi apparaît en photographe de centre commercial, tandis que Greta Lee et Jodie Turner-Smith font de brèves apparitions dans des publicités télévisées. Cillian Murphy signe lui aussi un caméo.

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