Skip to content
Recherche

Trump a-t-il un plan pour le Venezuela?

Les États-Unis ont renversé le dirigeant d'un régime qui ne leur convenait pas. Que se passera-t-il maintenant?

Trump a-t-il un plan pour le Venezuela?
ALEX WONG/GETTY IMAGES

Ceci est la traduction adaptée d’un article de Mac William Bishop, originalement publié par Rolling Stone le 5 janvier 2026. Nous republions l'article originalement intitulé Does Trump have a plan for Venezuela? avec la permission de son auteur. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.

Lorsque les Américains se sont réveillés samedi en apprenant que les États-Unis avaient envahi le Venezuela et enlevé son président, ils s’attendaient sans doute à ce que leurs élus offrent une explication sur les raisons d’un tel geste.


Après des mois de renforcement militaire et d’activités dans les Caraïbes, il n’était pas surprenant que les États-Unis aient finalement décidé de se lancer dans une croisade visant à faire tomber le président vénézuélien Nicolás Maduro. Ce qui était stupéfiant, en revanche, c’est que la plus récente opération américaine de changement de régime semblait conçue pour laisser le régime en place.

Fort heureusement, le président Donald Trump est apparu samedi aux côtés de ses principaux ministres pour tout clarifier. Parmi les nombreux casus belli invoqués figuraient la guerre contre la drogue («ces drogues viennent surtout d’un endroit appelé le Venezuela»), l’immigration («ils ont envoyé tous les mauvais éléments aux États-Unis»), le terrorisme («une campagne incessante de violence, de terreur et de subversion»), et même la promotion altruiste des idéaux américains («nous voulons la paix, la liberté et la justice pour le grand peuple du Venezuela»).

Ah… et le pétrole. «Comme tout le monde le sait, l’industrie pétrolière au Venezuela est un échec, un échec total depuis longtemps. Ils pompaient presque rien comparativement à ce qu’ils auraient pu pomper», a déclaré Trump, promettant que des entreprises américaines iraient au Venezuela pour «commencer à faire de l’argent pour le pays».

À chacun de choisir laquelle de ces raisons constitue la véritable motivation de l’intervention militaire, ou d’en inventer une autre. Plusieurs semblent tout aussi plausibles que celles avancées: contrer l’influence chinoise dans les Amériques, affaiblir Cuba, flatter l’ego de Trump face à la défiance dansante de Nicolás Maduro, ou simplement une envie irrépressible d’afficher une brutalité purement américaine après des décennies de frustration et d’échecs en Irak et en Afghanistan.

C’est à la lumière de ces échecs que la chose la plus surprenante de la conférence de presse de samedi a été la déclaration sans détour selon laquelle l’Amérique prenait le contrôle de Caracas.

«Nous allons administrer le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sécuritaire, appropriée et judicieuse», a affirmé Trump, ajoutant plus tard: «Nous n’avons pas peur de déployer des troupes au sol si nécessaire.»

Bien des observateurs n’auraient pas été plus abasourdis si un Oncle Sam sous stéroïdes avait défoncé la porte pour les assommer à coups de drapeau étoilé. Voilà un président américain ordonnant ouvertement un changement de régime et admettant l’installation d’un pantin, sans euphémisme diplomatique ni envolées idéalistes. Tout était au grand jour. L’Amérique prend le contrôle du Venezuela. Pourquoi? Pour faire de l’argent avec son pétrole. Comment? Grâce à la Delta Force, puis… un haussement d’épaules et un geste vague en direction du département d’État.

«[Le secrétaire d’État] Marco [Rubio] travaille directement là-dessus», a déclaré Trump, soulignant que la vice-présidente du Venezuela, une fidèle du régime, semblait avoir pris le relais après la disparition de Maduro dans la nuit avec plusieurs nouveaux «amis» américains. «Il a eu une conversation avec elle, et elle est essentiellement prête à faire ce que nous jugeons nécessaire pour redonner sa grandeur au Venezuela.»

Il était malheureusement ironique que, quelques heures plus tard, la femme en question, la présidente intérimaire du Venezuela Delcy Rodríguez, nie lors d’un discours télévisé toute collaboration avec les gringos. «Il n’y a qu’un seul président au Venezuela, et il s’appelle Nicolás Maduro.»

De nombreux opposants au régime se sont d’abord réjouis de la chute de Maduro, mais se sont montrés bien plus sombres en constatant que Rodríguez était désormais aux commandes et que la frappe de décapitation de Washington n’avait pas tranché la tête du serpent, mais retiré une tête à une hydre. Maduro est parti, mais son régime demeure en place.

«C’est la première fois que je me demande si je me retrouve du côté opposé de la politique américaine», confie à Rolling Stone un militant de l’opposition vénézuélienne. «Les États-Unis soutiennent maintenant le régime, plutôt que de s’y opposer.»

La situation demeurait toutefois fluide, ajoutant qu’ils croyaient que l’administration Trump traiterait avec «quiconque est le plus facile à manipuler, à corrompre et avec qui conclure des ententes».

«Quelle est la stratégie? Qui veulent-ils réellement voir au pouvoir?» demande un ancien soldat américain des forces spéciales, spécialiste de l’Amérique du Sud, qui a déjà travaillé dans la région.

Selon lui, la méfiance au sein du régime de Maduro atteindra bientôt un sommet, les hauts responsables étant convaincus qu’au moins l’un de leurs compatriotes collabore secrètement avec les Américains pour prendre le contrôle du pays. Avec la disparition de Maduro, un remaniement est inévitable et pourrait mener à des conflits internes, voire à une guerre civile.

«Nous nous dirigeons vers des montagnes russes de prétendants au trône. Mais quiconque accédera au pouvoir avec la bénédiction de Washington manquera de légitimité», observe l’ancien soldat, estimant que la seule chose capable d’unir véritablement les Vénézuéliens serait l’opposition au contrôle américain. «Après avoir déstabilisé le pays, que veut Washington?»

Excellente question.

On aurait difficilement pu imaginer un scénario mieux conçu pour mettre en valeur la puissance militaire américaine que le raid visant à enlever Maduro. Toutes les composantes d’élite de l’appareil militaire et sécuritaire des États-Unis ont été mobilisées. L’opération constituait un témoignage éloquent des milliers de milliards de dollars investis dans l’armement de pointe, combinés à des décennies d’expérience concrète en opérations spéciales.

Que Washington dispose d’outils militaires surpassant ceux de tout concurrent ne fait aucun doute. Le problème est que les victoires tactiques ne garantissent pas le succès stratégique. L’idée qu’un pays puisse surgir de nulle part et remodeler un autre gouvernement à sa convenance par la force, sans complications, relève de l’illusion. Il suffit de penser à l’Amérique en Irak ou en Afghanistan, ou à la Russie en Tchétchénie ou en Ukraine.

De nombreux commentateurs se concentrent sur les implications plus larges du raid au Venezuela, sur sa légalité ou sur l’idée qu’il inaugure une nouvelle ère de realpolitik à la manière de Thucydide, où «les forts font ce qu’ils peuvent, et les faibles subissent ce qu’ils doivent».

Qu’est-ce qui empêcherait alors la Russie ou la Chine d’en faire autant, en Ukraine ou à Taïwan?

Il n’est pas nécessaire d’être cynique pour penser que la réponse tient moins aux normes du droit international qu’à la pure capacité militaire. La Russie a d’ailleurs tenté à plusieurs reprises de capturer le président Volodymyr Zelensky au début de son invasion à grande échelle de l’Ukraine, en février et mars 2022. Elle a échoué, au prix de lourdes pertes dans ses unités de forces spéciales.

L’incursion de Trump au Venezuela constitue indéniablement un succès militaire. Ses implications plus larges restent à déterminer. Mais il s’agit d’une étape supplémentaire vers une présidence impériale débridée, qui s’emploie activement à démanteler un système mondial que l’Amérique elle-même a contribué à créer, tout en semant le chaos au pays comme à l’étranger.

Les paravents juridiques n’ont jamais suffi à empêcher les puissants de s’en prendre à leurs voisins plus faibles, et la plupart des dirigeants mondiaux mettent de côté la légalité et la morale lorsque leurs intérêts l’exigent. Trump n’est pas le premier. L’ordre international longtemps défendu par les États-Unis repose sur un système de deux poids, deux mesures, appliqué de façon hypocrite ou abandonné selon les caprices de Washington.

L’idée que ce système ait profité aux États-Unis est rejetée par les fidèles du mouvement MAGA. Selon eux, puisque la plupart des nations agissent en fonction de leur propre intérêt, l’ère du «America First» représente au moins une version plus honnête des relations internationales.

On peut aussi appeler ce système la loi de la jungle.

Sauf que, bien sûr, aucun animal dans la jungle ne possède d’arme nucléaire.

Plus de nouvelles

Kanye West n'a pas pu faire tomber la poursuite contre lui

Kanye West n'a pas pu faire tomber la poursuite contre lui

La saga entourant la maison de Malibu conçue par Tadao Ando, achetée par Kanye West pour 57,3 millions de dollars en 2021, dépouillée jusqu’à sa coque de béton puis revendue à perte, a connu un nouveau rebondissement jeudi, lorsqu’un juge a rejeté la tentative du rappeur de bloquer des poursuites judiciaires intentées par un consultant en construction qui affirme avoir été placé en «danger extrême» sur le chantier.

Lors d’une audience, un juge de la Cour supérieure du comté de Los Angeles a rejeté la demande de West visant à restreindre sévèrement la poursuite en droit du travail déposée en 2023 par Tony Saxon. West, qui se fait désormais appeler Ye, soutenait que Saxon ne devait pas pouvoir réclamer de paiements liés à la construction, incluant des honoraires allégués de 20 000 dollars par semaine, au motif que Saxon n’était pas un entrepreneur dûment licencié. Dans sa décision, le juge a estimé que cette contestation était prématurée, concluant que les allégations de Saxon avaient été adéquatement formulées et que toute question liée au permis devait être tranchée par un jury.

Keep ReadingShow less
Harry Styles annonce un nouvel album, 'Kiss All the Time. Disco, Occasionally'
Johnny Dufort*

Harry Styles annonce un nouvel album, 'Kiss All the Time. Disco, Occasionally'

Ceci est la traduction adaptée d’un article de Larisha Paul, originalement publié par Rolling Stone le 15 janvier 2026. Nous republions l'article originalement intitulé Harry Styles returns with his first album in three years, 'Kiss All the Time. Disco, Occasionally' avec la permission de son autrice. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.

La traversée du désert de Harry Styles est officiellement terminée.

Keep ReadingShow less
Tate McRae: la vraie vie d’une superstar de la pop

Tate McRae: la vraie vie d’une superstar de la pop

«Fix your fucking self», exige Tate McRae, les hanches en mouvement, ses cheveux blond foncé virevoltant. La pop star canadienne est sur scène au Madison Square Garden de New York, interprétant son nouvel hymne de rupture Tit for Tat devant une foule comble d’environ 15 000 fans. Elle porte un minishort rouge cerise, un soutien-gorge assorti — de la même teinte que celui porté par Britney Spears dans le clip de Oops!… I Did It Again — et des bas noirs montant jusqu’aux genoux. Elle sautille joyeusement le long de la passerelle et sourit avant de reprendre sa chorégraphie féroce et cinétique, rejetant la tête en arrière, lançant chaque jambe sur le côté dans une fente, ses abdominaux luisants de sueur. Vers le point culminant de la chanson, des explosions pyrotechniques retentissent, synchronisées à la seconde près où McRae et ses danseurs lancent tous leurs mains en l’air. La foule est captivée, hurlant tout en documentant l’intégralité du spectacle sur leurs téléphones. Ils perdent presque la tête lorsque McRae joue son succès Sports Car lors du rappel, alors qu’elle rampe à quatre pattes avant de faire un grand écart debout sur une chaise (dans le monde du ballet, on appelle cela un penché).

Ces fans, adorablement surnommés les Tater Tots, sont tous vêtus de minishorts eux aussi — les leurs sont principalement à imprimé léopard — et de maillots avec «T8» au dos. Beaucoup d’entre eux sont ici parce qu’ils ont grandi avec McRae, la suivant depuis qu’elle a commencé à publier des vidéos virales de ses chansons en 2017. Mais la personne qu’ils vénèrent est quelqu’un de complètement différent. Sur scène, c’est Tatiana, l’alter ego de McRae — une superstar badass, sexy et intrépide qui a sournoisement dominé le monde de la pop toute l’année, un mouvement de danse anormalement souple à la fois. Ses bijoux dance-pop sont simultanément prêts pour les clubs et remplis de lignes introspectives sur la féminité. Ce sont aussi le genre de chansons qui peuvent vous faire perdre toute inhibition, si vous les laissez faire. «Je commençais à perdre connaissance sur scène et à devenir cette personne que je ne pouvais pas expliquer, ni ma famille ni mes amis, et j’avais besoin d’une raison pour cela», dit McRae à propos de Tatiana. «Et je pense que cela m’aide à saisir l’étrange théorie selon laquelle je ne suis pas nerveuse devant 15 000 personnes, et pourquoi je peux être nerveuse lors d’un souper avec quatre personnes.»

Keep ReadingShow less
Wolf Parade réédite 'Apologies to the Queen Mary'

Wolf Parade réédite 'Apologies to the Queen Mary'

Le groupe montréalais Wolf Parade a eu une grosse année 2025, et 2026 s'annonce tout aussi excitante.

Alors que le groupe a passé l'année dernière sur la route pour célébrer les 20 ans de Apologies to the Queen Mary, leur album séminal paru en 2005, Wolf Parade a eu droit à un regain de popularité considérable durant les Fêtes. En effet, leur chanson I'll Believe in Anything, qui a une place de choix dans le cœur et l'émission du montréalais Jacob Tierney, créateur de la série à succès Heated Rivalry.

Keep ReadingShow less
Sunn O))) annoncent une tournée et un nouvel album
Peter Beste

Sunn O))) annoncent une tournée et un nouvel album

Après sept années de silence discographique, Sunn O))) rallument les amplificateurs et reprennent la route. Le duo emblématique du drone metal s’apprête à lancer une tournée nord-américaine ce printemps, une séquence très attendue qui fera notamment escale au Canada.

Keep ReadingShow less