Si vous vous êtes déjà promené backstage dans un festival, ou dans le stationnement privé d’un aréna pendant un concert, vous avez sûrement remarqué quelque chose: une rangée d’autobus de tournée. Si vous êtes attentifs, vous avez probablement aussi remarqué le même nom sur tous les bus: Prevost.
L’histoire de ces autocars, comme celle de tous les autobus de tournée en Amérique du Nord, ne commence pas à Los Angeles, mais bien en banlieue de Québec.
C’est là que je me retrouve un matin pluvieux, le lendemain du concert de Def Leppard au Festival d’été, à Sainte-Claire, à environ trente minutes de la ville. Dès qu’on entre dans le village, on ressent l’impact de Prevost, fleuron local et national; de loin le plus grand employeur de la région. On y retrouve encore la maison du fondateur, comme celles de la plupart de ses descendants, dont Marco Prévost, son petit-fils, qui me fait faire le tour de l’impressionnante usine.
La dynastie familiale débute, m’explique-t-il, lorsque son aïeul Eugène Prévost, ébéniste de métier, est contracté pour bâtir un châssis de camion REO, qui servira à transporter les villageois vers la capitale.
De la guerre à la gloire des tournées
Rapidement, ses talents se font connaître et il reçoit plusieurs offres de contrats, mais il se limite à un seul châssis d’autobus par an, sa spécialité étant dans la confection de bancs d’église. En 1939, il inaugure une première usine dédiée à la fabrication d’autobus, ce qui lui permettra d’augmenter la production à dix véhicules par an. Cela tombe à point: Prevost reçoit lors de la Deuxième Guerre mondiale un large contrat du ministre de la Défense.

Devenant peu à peu le plus grand fabricant d’autocars du continent, ce n’est que dans les années 1980 que Prevost commence à se spécialiser dans les autobus de tournée pour les artistes, s’imposant vite comme la seule référence en la matière.
«Aujourd’hui, il y en a environ 1 500 à travers l’Amérique du Nord, et on couvre essentiellement toute l’industrie du spectacle, puisqu’on est les seuls dans ce segment-là de l’industrie», m’explique François Tremblay, président de Prevost.
Un ingénieux savoir-faire made in Québec
Ce qui fait réellement la différence est la structure du châssis des autobus, qui sont tous construits à Sainte-Claire. Normalement, les véhicules récréatifs et motorhomes sont montés sur des structures de camions, sur lesquelles on fixe une coquille en fibre de verre. «Comme vous pouvez imaginer, avec le temps, tout ça se met à bouger et les choses deviennent un peu croche», dit Tremblay. De bâtir sur un châssis d’autobus en acier inoxydable rend facile de pouvoir d’affixer la structure de telle manière que, 10 ou 15 ans plus tard, rien n’a bougé. Même si le convertisseur installe du marbre ou des carreaux à l'intérieur, «le plancher ne craquera jamais».

Cette durabilité se traduit par des chiffres impressionnants : les véhicules Prevost sont construits pour durer en moyenne 20 ans, accumulant souvent plus de 1,6 million de kilomètres en carrière. Pour assurer ces standards, chaque autobus fabriqué à Sainte-Claire doit d’ailleurs passer de rigoureux tests. Une salle conçue spécialement reproduit toutes sortes de climats et d’intempéries, afin de s’assurer que les autobus puissent passer d’une tempête de neige à Thunder Bay au désert californien sans souffrir.
Une maison sur la route
Pour les professionnels qui vivent sur la route, la qualité de conduite n'est pas un luxe, mais une exigence de survie.

Pour un artiste, de passer de tourner dans une minivan à un vrai bus de tournée améliore grandement la logistique, mais aussi la santé et le moral de l’équipe. Comme le note Clark, d’avoir un bus évite de devoir payer des chambres d’hôtel, ou encore de s’arrêter manger chaque repas dans un restaurant, puisqu’une cuisinette y est installée. Surtout, on évite le plus gros problème de chaque voyage en voiture, car chaque bus dispose d’une toilette, certains étant même dotés d’une douche.
Pour une tournée comme Cowboy Carter Tour, la plus récente de Beyoncé, c’est un point crucial de la logistique, puisque la diva pop a commandé pas moins d’une trentaine de Prevost.
Un autre aspect qui pousse les plus grands artistes, mais aussi des pilotes de Formule 1, des banques mobiles en milieux ruraux, et même le président des États-Unis à choisir Prevost est qu’ils sont infiniment personnalisables. Justin Bieber, me révèle François Tremblay, a même fait installer un foyer dans le sien. Si Prevost sont les seuls à fabriquer ce type d’autobus, plusieurs convertisseurs se spécialisent dans l’aménagement intérieur des véhicules.

Une fois les près de 9 000 pièces de chaque bus assemblées, ce qui prend environ 48 jours, ils sont envoyés chez différents convertisseurs qui y installeront ce qui est nécessaire selon le client et le modèle d’autobus. Ce sont dans des autobus de l’entreprise québécoise que se déplacent la plupart des équipes sportives, au niveau amateur comme professionnel. Pour les pilotes de F1, leur motorhome sur mesure devient un QG.
Infiniment personnalisable
Pour certains artistes, ça sera une chambre complète, ou encore un studio d’enregistrement. Comme me le révèle Laura Jean Clark, le bus-studio qui suivait Drake en tournée dans ses débuts était vital à ce qui deviendrait certains de ses plus grands hits.
Tour de l'autobus de tournée de Def Leppard
D’autres clients ont des besoins plus particuliers, comme Ground Force One, nom de code des deux autobus Prevost utilisés par le président et les Services secrets américains. Équipés de systèmes de communication hypersécurisés et d’une myriade de fonctionnalités secrètes, ils sont montés sur les modèles X3-45 VIP; comme celui que j’ai pu voir être assemblé ce matin à Sainte-Claire. Selon les Services secrets, Prevost était le seul fabricant à avoir un châssis capable de soutenir le poids que nécessitait la conversion et l’ajout d’un système de sécurité aussi important.

La promesse d’une tournée plus verte
Aujourd’hui, le site de l’usine originale bâtie par Eugène Prévost sert de centre de recherche et développement pour l’entreprise, qui se doit de constamment se réinventer. Dans les années à venir, me dit François Tremblay, le plus gros enjeu sera l’électrification de leurs autobus. Les premiers bus de tournée électriques pourraient voir le jour dès l’an prochain.
«De plus en plus d’artistes tentent de réduire leur empreinte carbone. Lorsqu’on passe de stade en stade, durant une tournée, c’est assez simple de brancher le camion et d’être prêt à reprendre la route vers le prochain arrêt. Mais, bien sûr, l’autonomie reste le plus gros défi.»

Les modèles ont changé, le marché aussi, mais l’esprit artisanal imaginé par Eugène Prévost reste perceptible dans chaque détail. Les artistes qui dorment, écrivent ou fêtent à bord de ces véhicules n’en ont peut-être pas conscience, mais ils habitent sans le savoir un fragment du Québec.



















Gabriel Fournier

Comment être un bon spectateur
Ceci est la traduction adaptée d’un article d'Andy Greene, originalement publié par Rolling Stone le 29 juin 2026. Nous republions l'article originalement intitulé How to Attend a Concert and Not Ruin It for Others avec la permission de son auteur. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.
En 2013, on s’était donné pour mission de rappeler aux amateurs de musique qu’il est de notre devoir de rester un minimum civilisés quand on assiste à un concert. On ne demandait pas aux gens d’arrêter de boire, de danser ou de s’amuser. On voulait simplement qu’ils arrêtent de se comporter de manière grossière et de gâcher la soirée de tout le monde.
Malheureusement, le monde n’a pas écouté. En fait, l’année 2013 semble aujourd’hui une époque bien paisible et respectable, maintenant que nous vivons tous dans le décor d'enfer dystopique de 2026. À l'époque, les téléphones cellulaires n'étaient plus une nouveauté, mais la plupart des gens se souvenaient encore du temps où ils n'étaient pas greffés à nos mains 24 heures sur 24. Instagram venait à peine de naître, TikTok n'était qu'une vague idée dans l'esprit collectif du Parti communiste chinois, et la pandémie ne nous avait pas encore dépouillés des règles de civisme de base que l’on respectait autrefois en sortant de chez soi.
C’est pourquoi nous avons préparé cette nouvelle liste des comportements à adopter en concert. Certaines règles sont des versions mises à jour des anciennes, tandis que d’autres reflètent les changements que nous avons subis ces douze dernières années. Et oui, certains d’entre vous ne seront pas d’accord avec tout. Vous allez nous prendre pour de vieux moralisateurs pathétiques qui ne savent pas s’amuser. Sachez que vous faites partie du problème. Et quand on fera le point en 2037, tout sera sûrement encore pire.
Gardez vos conversations pour le bar (oui, même pendant la première partie que vous ne connaissez pas)
Quand on regarde la foule lors d’un concert, on y trouve généralement un public assez diversifié. Le seul point commun que nous ayons tous, c'est d'avoir acheté un billet pour ce spectacle précis. Cela signifie que nous sommes là pour entendre la musique. Pas pour vous entendre parler. Si vous n’aimez pas la première partie ou si vous vous ennuyez à un moment donné, dirigez-vous vers le hall ou le bar, commandez un verre et discutez autant que vous le voulez. Vous pouvez même faire une lecture publique d’un scénario de trois heures avec votre ami si ça vous chante, on s'en fiche. S'il vous plaît, ne restez pas à vos sièges ou dans la foule à hurler l'un après l'autre pour couvrir la musique. Tout le monde vous entend. C’est d'un désagrément consommé. (Et si vous avez quelques verres dans le nez, vous n’avez aucune idée d'à quel point vous parlez fort. Mais croyez-moi, vous êtes extrêmement bruyants.)
Aidez les adeptes du «crowd-surfing» et gardez les mains levées
Ce n’est pas un problème si vous allez voir James Taylor ou un vieux crooner à Las Vegas. Mais si vous êtes dans une salle bondée de jeunes et que les gens commencent à faire des vagues ou à se bousculer, soyez un être humain décent et offrez votre aide. Levez les bras, avancez vers eux et guidez-les en lieu sûr. Ce n’est pas toujours facile, et il se peut que vous receviez un coup de pied accidentel à la tête, mais l’alternative, c’est qu’un pauvre jeune s'éclate le crâne sur le béton. Personne ne veut ça. Si vous ne voulez pas gérer le «crowd-surfing», reculez vers le fond de la salle dès que l'ambiance devient plus agitée.
Respectez les règles du jeu : on ne pousse pas pour aller devant
À la seconde où les lumières s’éteignent dans un événement en admission générale, il y a toujours un ou deux sans-dessein qui se frayent un chemin vers l'avant en poussant tout le monde. Ils se fichent éperdument du fait que les gens devant eux ont attendu plusieurs heures pour obtenir leur place. Si vous voyez cela se produire et que vous vous sentez d'humeur courageuse, positionnez-vous de manière à leur bloquer le passage. Si vous êtes particulièrement brave, vous pouvez même leur mentionner qu’ils violent le pacte sacré du pit. (Formulez-le peut-être autrement.) Et surtout, ne soyez jamais le fatiguant qui pousse. Si vous voulez une bonne place, arrivez plus tôt. C’est aussi simple que ça.
Arrêtez de consulter Setlist.fm pendant le spectacle
Pour un groupe comme Phish qui change ses chansons tous les soirs, il y en a 50 comme Lady Gaga qui s'en tiennent essentiellement au même programme pendant toute la tournée. Si vous voulez savoir à l’avance ce qu’ils vont jouer, le site Setlist.fm est là pour ça. Mais une fois que le spectacle commence et que vous êtes entouré de gens qui n’ont peut-être pas voulu gâcher la surprise, arrêtez de regarder ce maudit site. Je ne compte plus le nombre de fois ces dernières années où j'ai pu voir plusieurs personnes autour de moi les yeux rivés sur Setlist.fm. Et ce n’est pas juste un coup d’œil rapide. Ils l’étudient comme s'il s'agissait d'un texte sacré, avec la luminosité de l'écran au maximum. Je parle au nom de beaucoup de monde : on ne veut pas savoir quelle est la prochaine chanson. Même si j'ai regardé la liste il y a trois semaines, je ne l'ai pas apprise par cœur. Laissez-moi la chance d'être surpris.
Ne jetez rien sur la scène
On a vraiment besoin de préciser cela ? Ne jetez pas de bouteilles de bière sur les artistes. Ne jetez pas de monnaie. Ne jetez même pas votre démo ou une lettre manuscrite. Êtes-vous devenus fous ? (En 2004, quelqu’un a jeté un bonbon sur David Bowie et l’a atteint directement a l'œil. Il a hurlé de douleur et de choc. Où que soit l'auteur de ce geste aujourd’hui, j’espère qu’il est fier de lui.)
Réfléchissez avant de vous lever ou de vous asseoir
On l’a déjà mentionné la dernière fois, mais cela vaut la peine de le répéter. Si vous êtes à un concert avec des sièges réservés, surtout dans un théâtre où la visibilité est sous-optimale, vous avez le devoir de vous assurer que les personnes derrière vous peuvent voir. On ne peut pas en vouloir à toute une foule de se lever. Mais si la majorité des gens sont assis et que vous ressentez le besoin d'être la seule personne debout à bloquer la vue des autres, abstenez-vous. On sait que votre chanson préférée vient de commencer et que vous avez des fourmis dans les jambes, mais cela n'en vaut pas la peine. Une bonne règle de base : si vous voyez parfaitement la scène en restant assis, ne bougez pas. Votre plaisir personnel ne vaut pas la peine de fâcher une foule d'autres personnes moins bien placées. (Les avis partagés divergent là-dessus, certains estimant qu’ils devraient pouvoir se lever quand bon leur semble. Ils devraient plutôt penser aux personnes plus âgées qui ne peuvent pas rester debout longtemps, ou simplement au fait de ne pas importuner leurs voisins de derrière.)
Baissez la luminosité et désactivez le flash
Dans un monde idéal, les gens ne ressentiraient pas le besoin d'utiliser leur téléphone en concert. Mais si vous cédez à la temptation, s’il vous plaît, baissez la luminosité au minimum. Dans le noir complet, un écran de téléphone est extrêmement brillant et distrayant. Je n’ai pas besoin de voir votre fil Instagram pendant que j’essaie de regarder le spectacle. Et si vous filmez, au grand minimum, enlevez le flash. Non seulement cela aveugle tout le monde autour de vous, mais ça dérange souvent l’artiste aussi.
Assez avec la blague de «Freebird»
Ce n’était pas drôle en 1978. Ce n’était pas drôle en 1996. Ce n’était pas drôle les 9 000 premières fois qu’on l’a entendue. Et ce n’est pas drôle aujourd’hui. On n’a rien contre un peu d’humour en concert. Mais pour l’amour de Dieu, trouvez une nouvelle joke. Hurler «Freebird!» est plus usé qu’un vieux sketch de cabaret des années 50.
Arrêtez de filmer et de prendre des photos !
Si vous devez ignorer tout le reste de cette liste, lisez au moins ceci. On passe déjà nos journées entières à fixer des écrans. Un concert, c’est l’occasion de les ranger et de vivre quelque chose en direct, dans le monde réel. Pourtant, pour des raisons totalement mystérieuses, une proportion gigantesque du public préfère regarder le spectacle à travers un minuscule écran de cellulaire alors qu’ils pourraient lever les yeux et le voir en direct, en ultra-haute définition. Certains font cela au tout premier rang, alors que l’artiste pour lequel ils ont payé une fortune se trouve à quelques pouces d'eux. C’est de la folie pure.
Oui, ils prennent des photos et des vidéos. Mais ce sont des images de piètre qualité qu’ils ne regarderont probablement jamais plus d'une fois. Mettez votre maudit téléphone dans votre poche. Regardez le spectacle. Pendant une heure ou deux bien précieuses, vivez le moment présent. On faisait tout le temps ça avant. On est capables de le refaire. (Je sais bien que je passe pour le vieux grincheux qui rouspète contre les nuages. Je m’en fous. Ces téléphones stupides nous ramollissent le cerveau et il faut bien que quelqu’un le dise.)
Pour l’amour de Dieu, ne chiez pas dans vos culottes
On a un peu de misère à croire qu’on doive écrire cela, mais c’est apparemment devenu nécessaire depuis que des artistes comme Noah Kahan et Olivia Rodrigo ont rapporté que des admirateurs se souillaient littéralement dessus pendant leurs spectacles plutôt qu’abandonner leur place près de la scène. Les gens, à quoi pensez-vous, pour l’amour du ciel ? La plupart des concerts durent environ deux heures. Vous pouvez vous retenir, surtout si vous allez aux toilettes juste avant le début de la représentation. C’est vrai aussi si vous êtes dans une section d'admission générale, même serrés les uns contre les autres près de la scène. On sait que vous avez attendu toute la journée pour cette place et que vous ne supportez pas l’idée que quelqu’un vous la prenne. On sait que vous avez acheté ces billets il y a des mois et que vous comptiez les secondes jusqu’à aujourd’hui. Mais cela ne signifie pas qu’il faut littéralement vous oublier sur place.
Tout ce que vous avez à faire, c’est de dire aux gens autour de vous : «Hé, je vais aux toilettes une minute. Est-ce que vous pouvez me garder ma place ? Écartez juste un peu les bras et les jambes, et je ferai de même pour vous à mon retour.» C'est pas sorcier. Les gens sont heureux de coopérer, surtout si vous ajoutez : «L’autre option, c’est que je salisse le plancher pendant votre chanson préférée.»