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Le milieu culturel québécois fait front commun contre Live Nation

Le géant américain détient la moitié des parts d’evenko, entreprise qui domine les milieux du spectacle et des festivals au Québec.

Le milieu culturel québécois fait front commun contre Live Nation
Tim Snow/Archives

Plusieurs associations du milieu culturel reprochent au gouvernement québécois de donner des subventions à la multinationale américaine Live Nation par l’entremise du promoteur evenko, détenu à 49% par le géant américain.

Dans deux lettres ouvertes publiées ce lundi dans Le Devoir, les représentants du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN), de l’Union des artistes (UDA), de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ) et des Scènes de musique alternatives du Québec (SMAQ) reprochent à Live Nation de «monopolise[r] une grande partie du marché du divertissement» au «détriment des artistes locaux».


Alors que le milieu culturel québécois traverse actuellement une importante crise de financement, cette multinationale reçoit des «millions de dollars» en subventions gouvernementales via «un détournement indirect des aides publiques vers des intérêts privés étrangers», dénoncent d’une même voix le directeur général du REFRAIN, Patrick Kearney, et la présidente de l’UDA, Tania Kontoyanni. Leur propos est également appuyé par François Colbert, titulaire de la chaire de gestions des arts à HEC Montréal.

evenko, détenu à 51% par le Groupe CH et à 49% par Live Nation, est à la tête de plusieurs importants festivals de musique au Québec, dont les Francos de Montréal, le Festival international de jazz de Montréal (FIJM), Osheaga, Lasso, Île Soniq et Montréal en lumière. L’entreprise gère aussi plusieurs salles de spectacles d’envergure, dont le Centre Bell, la Place Bell, le MTelus, le Théâtre Beanfield et le Studio TD. La billetterie de ces salles, ainsi que d’autres lieux culturels, comme la Place des Arts et le Grand Théâtre de Québec, sont régies Ticketmaster, une division de Live Nation.

«Ce pourcentage de 49 % n’est pas anodin : si la compagnie dépassait ce seuil, ces festivals ne seraient plus considérés comme des propriétés canadiennes et québécoises et deviendraient inadmissibles aux subventions publiques. Or, ce stratagème permet à Live Nation de bénéficier indirectement des fonds gouvernementaux destinés à soutenir la culture locale, tout en exerçant une influence importante sur ces événements», déplorent les auteurs de la lettre intitulée Pour la souveraineté de notre culture.

Dans le contexte de tensions économiques avec les États-Unis, les représentants du REFRAIN et de l’UDA déplorent qu’un géant américain «occupe une telle place dans notre milieu culturel». Ces propos font échos aux revendications des SMAQ et de la GMMQ, qui dénoncent de leur côté la concurrence déloyale que font evenko et Ticketmaster aux diffuseurs indépendants, qui présentent plus de 80% des spectacles d’artistes québécois en salle.

Le monopole de Live Nation est tel que, pour plusieurs acteurs du milieu culturel, il devient impensable de le critiquer ouvertement. De nombreux artistes, techniciens et artisans dépendent en effet de ce conglomérat pour gagner leur vie, soulignent les auteurs de la lettre Quelle nation protégera Live Nation?, John Weisz et Vincent Séguin, respectivement directeur général des SMAQ et président de la GMMQ.

Afin de «protéger notre souveraineté culturelle», les signataires des deux lettres demandent au gouvernement du Québec de réinvestir massivement dans les projets des artistes locaux.

La vice-présidente exécutive et cheffe des affaires commerciales du Groupe CH, France Margaret Bélanger, a réagi dans Le Devoir en assurant que, malgré la part de l’entreprise détenue par Live Nation, la multinationale américaine n’a aucun contrôle sur les activités d’evenko. «evenko, c’est 100 % québécois : les décisions se prennent ici, personne ne nous dit quoi faire.» L’entreprise précise également que certains de ses événements (FIJM, les Francos et Montréal en lumière) sont administrés par des organismes à but non lucratif, tandis que les autres (Osheaga, Lasso, Île Soniq), bénéficient uniquement de subventions liées au tourisme.

Par ailleurs, Live Nation et sa billetterie, TicketMaster, font présentement face à une poursuite du département de la Justice américaine et de 39 États pour pratiques anticoncurrentielles. La multinationale a subi un revers vendredi dernier lorsque le juge fédéral Arun Subramanian a refusé d’écarter l’accusation selon laquelle Live Nation contraint les artistes à utiliser ses services de promotion de concerts s’ils souhaitent se produire dans son vaste réseau de grands amphithéâtres, ont rapporté nos collègues aux États-Unis.

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