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Les 10 meilleurs albums internationaux de 2024

Les 10 meilleurs albums internationaux de 2024

L’année 2024 a été marquée par des artistes repoussant les limites de leurs genres respectifs, même si c'est la pop commerciale qui a monopolisé l'attention. Mdou Moctar a notamment canalisé colère et urgence sur Funeral for Justice, tandis que Nick Cave a troqué ses sombres méditations pour une sérénité lumineuse avec Wild God. Vampire Weekend a effectué un retour avec Only God Was Above Us, un genre d'autobiographie musicale.

Le hardcore a également regagné ses lettres de noblesse cette année avec Only One Mode de Speed, un album viscéral et énergique qui a confirmé leur place parmi les groupes les plus exaltants du moment. Beyoncé a offert Cowboy Carter, une déclaration ambitieuse fusionnant country et pop, les deux styles les plus profitables du moment, tandis que Billie Eilish a continué d’étonner avec Hit Me Hard and Soft.


Sans ordre spécifique et toutes catégories confondues, voici certains des albums préférés de 2024 de la rédaction de Rolling Stone Québec.

Cindy Lee - Diamond Jubilee

D'un peu nulle part, comme un signal mystérieux envoyé par un alien au cœur brisé, Diamond Jubilee a surgi et a conquis la scène indie, en avril dernier. Il est un peu compliqué d’expliquer le succès retentissant de ce deuxième album de Cindy Lee, l’alter ego drag de Patrick Flegel, dont on se souvient pour son rôle en tant que leader du groupe post-punk albertain Women. Enregistré entre Montréal, Toronto et Calgary, l’album de 32 chansons et un peu plus de deux heures n’est initialement paru que sur Youtube et sur un site Geocities. Pas le plus simple à trouver, dans l’écosystème musical actuel.

Pourtant, le pari fut réussi et la toile s’enflamma très vite, avec des critiques unanimes. Diamond Jubilee est une exploration des musiques populaires féminines du siècle dernier, passant d’un americana lo-fi envoûtant sur des chansons comme I Have My Doubts au rock nostalgique de If You Heard Me Crying. Cindy Lee est autant une manière pour Flegel de flex l’étendue de son talent en tant que guitariste, avec des solos rugissants qui happent et captivent, mais aussi son falsetto éthéré et androgyne qui évoque une large palette des grandes voix des années 70.

Partie pour la gloire avec Diamond Jubilee, Cindy Lee avait annoncé à la sortie de l’album que ce projet serait son dernier, et avait décidé d’annuler sa tournée qui affichait déjà guichet fermé cet été, incluant la date montréalaise. Ceci est donc probablement la fin pour Cindy Lee, qui offre ainsi un chant du cygne mémorable.

Billie Eilish - Hit Me Hard and Soft

À 21 ans seulement, la sensation planétaire Billie Eilish fait preuve d’une étonnante maturité, d’une émouvante vulnérabilité et d’une maîtrise totale de ses moyens. Elle oscille avec aisance entre différentes influences musicales, en parfait équilibre entre les chansons plus rythmées et dansantes (comme Birds of a Feather) et celles davantage planantes et introspectives (comme Skinny). Comme jamais auparavant, Eilish s’ouvre sur ce troisième album, son plus personnel et assurément son plus abouti. Tel un murmure, sa voix douce et vaporeuse apporte de l’intensité et de l’onirisme à sa musique.

Speed - Only One Mode

Quiconque a eu la chance de voir le groupe de hardcore australien Speed en spectacle cette année peut en témoigner: c'est probablement le band le plus excitant de la scène en ce moment. Lorsque je les rencontrais aux Foufounes Électriques en octobre dernier, ils apprenaient que Only One Mode, leur premier album studio, était nommé au ARIA, équivalent australien des Grammys, dans la catégorie 'Meilleur album heavy rock ou métal', un honneur qu'ils se sont vu décerner le mois suivant.

Sur cet album, Speed ne fait aucun compromis; du début à la fin les riffs vous martèlent, les percussions vous frappent au ventre, et la basse offre juste assez de groove pour optimiser vos options de danse dans le mosh pit. Oh, et il y a de la flûte traversière, mais c’est anecdotique.

«On voulait former un groupe qui serait par Sydney, pour Sydney», me disait le vocaliste du groupe, Jem Siaow. C’est clairement reflété dans les paroles et l’éthique du groupe, du gang-core qui célèbre sa communauté et rappelle Bane ou Terror. Avec Only One Mode, Speed ont cimenté leur place en tant que fier porte-étendard du hardcore australien.

Beyoncé - Cowboy Carter

Beyoncé ne fait jamais les choses à moitié. Surtout pas lorsqu’il est question de rendre hommage à ses racines texanes, ce qu’elle fait magistralement sur cet ambitieux album de 27 titres. Malgré sa longueur – plus d’une heure et quart –, Cowboy Carter ne comporte aucun temps mort. Un travail de recherche méticuleux a été accompli en marge de la création de cette production parfaitement à cheval entre la pop moderne et le country. L'ensemble est rehaussé par des collaborations fructueuses avec les légendes que sont Willie Nelson et Dolly Parton, ainsi que des stars contemporaines comme Miley Cyrus, Post Malone et Shaboozey.

Mach-Hommy - RichAxxHaitian

Après trois ans sans nouvel album solo de l’énigmatique rappeur haïtien Mach-Hommy, il a finalement livré cette année Richaxxhaitian, un album qui le voit quelque peu délaisser les raps boom-bap et dépourvus de percussions qui ont fait sa signature et explore le rap contemporain dans toute sa variété. Comme chacun de ses albums, Richaxxhaitian est une célébration de l’héritage haïtien du rappeur originaire du New Jersey, qui a d’ailleurs fait appel au montréalais Kaytranada pour la pièce-titre de cet opus.


Entre références aux beaux-arts, apologie de la street life et critiques acerbes des institutions globales qui font le choix de garder sa patrie en constante situation de crise, Mach-Hommy fait rêver autant qu’il gronde, divertit autant qu’il cultive. Profondément idiosyncratique dans ses textes, dont il refuse d’ailleurs la retranscription sur le web, le rappeur force l’auditeur à bien rester concentré sur la leçon qu’il donne; un moment d’inattention et vous aurez manqué la référence. En même temps, avec des productions aussi luxuriantes, signées en grande partie par Conductor Williams et SaadhuGold, il y a beaucoup à assimiler d’un coup. Dans une discographie déjà bien garnie, Richaxxhaitian sera certainement l’un des albums de Hommy dont on se souviendra longtemps.

Rachel Chinouriri - What a Devastating Turn of Events

Active sur la scène indie-pop britannique depuis plusieurs années, Rachel Chinouriri livre avec What a Devastating Turn of Events un premier album à la fois intime et magnifiquement bien cousu. Porté par une production délicate et minimale, l’album mêle guitares éthérées, synthés atmosphériques et percussions feutrées, qui permettent à Chinouriri d'explorer des thèmes comme le deuil, les troubles mentaux et l’émancipation et la réalité d'être un enfant immigrant de première génération au Royaume-Uni, tout en insufflant une authenticité désarmante à ses récits.

Sa voix unique, douce et puissante, qu'elle a développée à force de se faire dire de chanter moins fort par sa famille, trouve sa place sur les arrangements minimalistes qui laissent toute la place à l’émotion brute. Des morceaux comme Never Need Me allient mélancolie et affirmation de soi, tandis que l’ensemble de l’album reflète son identité britannique noire et ouvrière, avec des touches de soul et d’indie folk. Salué par la critique, ce projet marque une entrée remarquable sur la scène globable pour Chinouriri, que l'on pourrait bien voir devenir la prochaine Avril Lavigne.

Tyler, the Creator - Chromakopia

Tyler, the Creator est un des artistes les plus singuliers de la planète pop. Sur ce huitième album, le rappeur éclectique se distingue par son amalgame parfaitement équilibré d’influences soul, jazz, afrobeat et R&B. Mais c’est surtout avec sa prise de parole que l'artiste nous touche droit au cœur. Le trentenaire se confie entre autres le fait de vieillir, l’absence de son père, la pression de fonder une famille et le désir sous toutes ses formes. Sur la puissante Hey Jane, il aborde avec délicatesse la question de l’avortement du point de vue des deux partenaires.

Vampire Weekend - Only God Was Above Us

Cinquième album studio de Vampire Weekend, Only God Was Above Us voit le groupe explorer leur propre héritage musical et identitaire, livrant leur album le plus introspectif et auto-référentiel à ce jour. Musicalement, l’opus revisite des sonorités familières—rythmes ska, chœurs baroques, et synthés scintillants—tout en leur apportant une fraîcheur qui a fait leur marque de fabrique. La réalisation, signée une fois de plus par Ariel Rechtshaid, flirte avec des touches jazzy et électroniques, créant une atmosphère d’étrangeté nostalgique, particulièrement sur des morceaux comme Connect.

Les textes d’Ezra Koenig, à la fois mélancoliques et mordants, s’interrogent sur le poids de l’histoire, la décadence de New York, et le vieillissement. Sur des chansons comme Gen-X Cops ou Hope, le groupe contemple le passage du temps avec une lucidité troublante, entre regrets et acceptation. Avec cet album, Vampire Weekend examine son passé avec une profondeur nouvelle, livrant une œuvre élégante et complexe, comblant les fans de longue date tout en étant résolument tourné vers l'avenir.

Mdou Moctar - Funeral for Justice

Dans ce qui est probablement le meilleur album de guitares de l'année, le virtuose nigérien Mdou Moctar offre sur Funeral for Justice un cri de révolte et un manifeste politique et musical. Dès les premières notes, la guitare hurle de colère, oscillant entre lamentations et fureur. Elle évoque des sirènes d’urgence et des appels à l'aide. Les paroles, en tamasheq, dénoncent avec une clarté tranchante l'exploitation des ressources africaines et le silence complice des puissances occidentales: «Pourquoi vos oreilles n'écoutent-elles que la France et l'Amérique ?»

Musicalement, l'album fusionne les rythmes effrénés des instruments touaregs traditionnels, comme la calebasse et le tehardent, avec une énergie rock brute qui frôle le punk.

Nick Cave & The Bad Seeds - Wild God

Après avoir exploré le deuil sur ses plus récents albums – dont le sublime Ghosteen –, Nick Cave accueille la joie avec Wild God. Sur la bien nommée Joy, un fantôme chaussé de souliers de course lui dit: «We’ve all had too much sorrow; now is the time for joy». Ce sentiment se traduit par des arrangements grandioses, où chœurs et orchestrations de cordes créent une magnifique lumière. Manifestement, le poète réputé pour son œuvre ténébreuse est toujours habité d’un espoir inébranlable en la vie, et ce, malgré les épreuves qu’elle a mises sur son chemin.

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Goodbye Karelle- Nice Run Bird (avec Peypo)

L'artiste et comédienne Karelle Tremblay, alias Goodbye Karelle, prépare la sortie de son prochain album, Knuckle Breaker Maxxx, prévue pour le 16 janvier prochain. Le troisième extrait de l'album, une collaboration avec Peypo intitulée Nice Run Bird parait dès aujourd'hui.

Produite par Tremblay elle-même et Zachary Beaudoin, la chanson a de forts accents de trip-hop et est parfaitement complimentée par les flows autotunés de Peypo.

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La saga entourant la maison de Malibu conçue par Tadao Ando, achetée par Kanye West pour 57,3 millions de dollars en 2021, dépouillée jusqu’à sa coque de béton puis revendue à perte, a connu un nouveau rebondissement jeudi, lorsqu’un juge a rejeté la tentative du rappeur de bloquer des poursuites judiciaires intentées par un consultant en construction qui affirme avoir été placé en «danger extrême» sur le chantier.

Lors d’une audience, un juge de la Cour supérieure du comté de Los Angeles a rejeté la demande de West visant à restreindre sévèrement la poursuite en droit du travail déposée en 2023 par Tony Saxon. West, qui se fait désormais appeler Ye, soutenait que Saxon ne devait pas pouvoir réclamer de paiements liés à la construction, incluant des honoraires allégués de 20 000 dollars par semaine, au motif que Saxon n’était pas un entrepreneur dûment licencié. Dans sa décision, le juge a estimé que cette contestation était prématurée, concluant que les allégations de Saxon avaient été adéquatement formulées et que toute question liée au permis devait être tranchée par un jury.

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«Fix your fucking self», exige Tate McRae, les hanches en mouvement, ses cheveux blond foncé virevoltant. La pop star canadienne est sur scène au Madison Square Garden de New York, interprétant son nouvel hymne de rupture Tit for Tat devant une foule comble d’environ 15 000 fans. Elle porte un minishort rouge cerise, un soutien-gorge assorti — de la même teinte que celui porté par Britney Spears dans le clip de Oops!… I Did It Again — et des bas noirs montant jusqu’aux genoux. Elle sautille joyeusement le long de la passerelle et sourit avant de reprendre sa chorégraphie féroce et cinétique, rejetant la tête en arrière, lançant chaque jambe sur le côté dans une fente, ses abdominaux luisants de sueur. Vers le point culminant de la chanson, des explosions pyrotechniques retentissent, synchronisées à la seconde près où McRae et ses danseurs lancent tous leurs mains en l’air. La foule est captivée, hurlant tout en documentant l’intégralité du spectacle sur leurs téléphones. Ils perdent presque la tête lorsque McRae joue son succès Sports Car lors du rappel, alors qu’elle rampe à quatre pattes avant de faire un grand écart debout sur une chaise (dans le monde du ballet, on appelle cela un penché).

Ces fans, adorablement surnommés les Tater Tots, sont tous vêtus de minishorts eux aussi — les leurs sont principalement à imprimé léopard — et de maillots avec «T8» au dos. Beaucoup d’entre eux sont ici parce qu’ils ont grandi avec McRae, la suivant depuis qu’elle a commencé à publier des vidéos virales de ses chansons en 2017. Mais la personne qu’ils vénèrent est quelqu’un de complètement différent. Sur scène, c’est Tatiana, l’alter ego de McRae — une superstar badass, sexy et intrépide qui a sournoisement dominé le monde de la pop toute l’année, un mouvement de danse anormalement souple à la fois. Ses bijoux dance-pop sont simultanément prêts pour les clubs et remplis de lignes introspectives sur la féminité. Ce sont aussi le genre de chansons qui peuvent vous faire perdre toute inhibition, si vous les laissez faire. «Je commençais à perdre connaissance sur scène et à devenir cette personne que je ne pouvais pas expliquer, ni ma famille ni mes amis, et j’avais besoin d’une raison pour cela», dit McRae à propos de Tatiana. «Et je pense que cela m’aide à saisir l’étrange théorie selon laquelle je ne suis pas nerveuse devant 15 000 personnes, et pourquoi je peux être nerveuse lors d’un souper avec quatre personnes.»

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Le groupe montréalais Wolf Parade a eu une grosse année 2025, et 2026 s'annonce tout aussi excitante.

Alors que le groupe a passé l'année dernière sur la route pour célébrer les 20 ans de Apologies to the Queen Mary, leur album séminal paru en 2005, Wolf Parade a eu droit à un regain de popularité considérable durant les Fêtes. En effet, leur chanson I'll Believe in Anything, qui a une place de choix dans le cœur et l'émission du montréalais Jacob Tierney, créateur de la série à succès Heated Rivalry.

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Notre dernière conversation avec Bob Weir
Remembering Our Last Conversation With Bob Weir
Photo by Michael Ochs Archives/Getty Images

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Ceci est la traduction adaptée d’un article d'Angie Martoccio, originalement publié par Rolling Stone le 11 janvier 2026. Nous republions l'article originalement intitulé Remembering our last conversation with Bob Weir avec la permission de son autrice. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.

À la fin, je pensais toujours à ses Birkenstocks. Je jetais souvent un coup d’œil vers elles pendant notre entrevue, nos deux paires côte à côte sur le plancher du studio, sous le canapé où nous étions assis. Ce sont les Birkenstocks de Bob Weir!, me disais-je. Mais lui n’y prêtait aucune attention, même si les sandales étaient devenues une signature de son apparence au fil des ans. Il s’employait plutôt à jongler avec mes questions du mieux qu’il pouvait, se caressant la barbe et sirotant un verre de Coke. Il s’ouvrait à moi avec douceur, la glace tintant pendant qu’il fouillait dans sa boîte à souvenirs. Je n’avais aucune idée qu’il ne serait plus là moins d’un an plus tard.

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