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Musique country : où sont les femmes?

Les bottes de cowgirl se font rares sur les scènes des festivals country

Musique country : où sont les femmes?

Les têtes d'affiche de Lasso 2024

Montage: Yasseen Ashri

Dans les programmations de radios et les festivals country d’ici et d’ailleurs, les femmes peinent à se tailler une place au sein d’un univers encore très masculin – et blanc. Alors que de nombreux admirateurs du genre s’apprêtent à enfiler leurs plus belles vestes à frange, bottes de cuir et chapeaux de cowboy pour accueillir la troisième édition du festival Lasso, regard sur les disparités flagrantes du country.

En jetant un coup d’œil à la programmation de Lasso, on constate que même si les femmes comptent pour le tiers de la programmation, toutes les têtes d’affiche du festival sont des hommes. Parmi eux, les sensations américaines Eric Church et Sam Hunt, de même que Dustin Lynch, Tyler Hubbard, Brett Young et Kip Moore. Seule Megan Moroney a réussi à se faufiler en début de soirée, vendredi à 18h05.


Le même constat s’opère lorsqu’on analyse les programmations d’autres événements country qui ont lieu au Québec cet été, comme le Festival Country Gatineau, le Festival Western de Guigues, le Festival Country Lotbinière ou encore le Festival Western de St-Tite. Les cases horaires les plus prestigieuses de ces événements sont majoritairement occupées par des artistes masculins.

«En effet, il y a beaucoup plus d’hommes que de femmes dans les programmations, constate l’artiste Sandrine Hébert, qui s’est produite tout l’été dans plusieurs événements et qui jouera ce vendredi à 16h40 à Lasso. Même que j’ai été la seule fille parmi une programmation d’une centaine d’artistes dans un festival cette année! Ça met une pression de plus, on dirait.»

Il faut dire que les plus grandes vedettes de l’heure en country sont des artistes masculins. Aux États-Unis, Morgan Wallen, Luke Combs et Zach Bryan sont devenus des superstars ces dernières années. Au Québec, Matt Lang et Francis Degrandpré connaissent un franc succès.

Des bouche-trous?

Chez Evenko, qui organise Lasso, on est conscient des lacunes de la programmation cette année. «Les femmes sont effectivement un peu plus bas dans le line up», reconnaît la programmatrice Audray Johnson, qui travaille pour le festival depuis sa toute première édition. Cet enjeu complexe n’en demeure pas moins préoccupant à ses yeux : «La place des femmes dans le country, je trouve que c’est à la fois intéressant, intrigant et challengeant.»

Elle et son équipe doivent jongler avec différents facteurs lorsque vient le temps de composer l’horaire du festival, notamment la disponibilité des artistes et leur niveau de popularité. «La réalité est qu’il y a peu d’artistes féminines qui vendent beaucoup de billets en country», constate-t-elle à regret, comparant ce genre au rap et au reggaeton, deux genres eux aussi à forte prédominance masculine.

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«Chaque année, c’est un peu un casse-tête : on essaie de trouver un juste milieu pour offrir une bonne représentation féminine – ce qui est important dans tous nos festivals chez Evenko – tout en créant un événement viable. Cette année, ça a été plus difficile de mettre des femmes en têtes d’affiche, mais on a quand même des artistes vraiment fortes comme Megan Moroney, Mackenzie Porter et la Québécoise Laurence St-Martin.»

Le fait de reléguer les femmes aux cases horaires moins avantageuses des festivals est dénoncé par le compte Instagram @pasdefillesurlaprog, qui fait une veille des événements musicaux non paritaires. «Les programmateurs se donnent souvent bonne conscience en bookant des femmes, mais leurs noms sont écrits en tout petit sous les têtes d’affiche; elles ne sont jamais mises de l’avant. Comme si elles étaient là pour boucher les trous en après-midi», déplore Florence, une des administratrices de la page.

Dans les radios

Les femmes en country ne brillent pas par leur absence que dans les festivals, elles se font aussi rares dans les programmations radio. En 2023 au Canada, seulement 15,6% des chansons jouées dans les stations country étaient interprétées par des femmes, révèle l’étude «Partageons les ondes» de la musicologue et professeure à l’Université d’Ottawa Jade Watson, publiée en juin dernier. Ces chansons étaient plus souvent jouées le soir et la nuit, des plages horaires traditionnellement moins écoutées.

Par ailleurs, aucune femme ne s’est classée dans le top 10 des artistes country les plus diffusés au Canada. Il faut se rendre à la 20e position du classement – loin derrière les Morgan Wallen et Luke Combs de ce monde – pour en trouver une, soit Lainey Wilson.

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Cette étude permet également de constater que la situation ne s’est guère améliorée au cours des dernières années. «J’ai analysé les palmarès du Billboard Hot Country Songs de 1958 à 2016, explique en entrevue la professeure, qui base ses recherches sur l’analyse des données de l'industrie musicale. De 6,5% en 1958, la place des femmes a grimpé à 33% en 1999 pour ensuite retomber à 12,8% en 2016.»

L’enjeu ne concerne pas que les femmes, mais aussi les personnes racisées. Parmi les chansons diffusées sur les ondes en 2023, 90,4 % étaient d’artistes blanc·hes, 1,8% d’artistes noir·es, 0,7% d’artistes autochtones et 6,5% d’ensembles multiethniques. En combinant l’identité de genre et l’origine ethnique, la musique des femmes racisées ou d’artistes trans compte pour moins de 0,1% des diffusions.

À qui la faute?

«C’est-tu parce qu’on est plusieurs femmes à être encore émergentes? Ou bien c’est une question de goût du public? Est-ce que c’est la faute des gérants ou des programmateurs de festivals?» se questionne Sandrine Hébert sur les raisons de cette inégalité flagrante.

Historiquement, la musique country a pris racine dans un milieu blanc à tendance conservatrice. «Ce genre musical a été créé dans les années 1920 dans un contexte de ségrégation des labels, explique Jada Watson. On a longtemps dit que les femmes qui chantent ne vendraient pas d’albums, ça semble encore être le mot d’ordre. Même s’il y a de grandes stars de la musique country comme Dolly Parton, Loretta Lynn ou Reba McEntire, on les compte toujours sur les doigts de la main.»

Mais qu’attendent les différents acteurs de l’industrie – producteurs, diffuseurs, promoteurs – pour renverser cette tendance, serait-on porté à se demander? Après tout, il pourrait y avoir un effet d’entraînement : si les radios jouaient plus de chansons d’artistes féminines, il y aurait plus de femmes sur les palmarès, les maisons de disque signeraient plus d’artistes féminines et un plus grand nombre d’entre elles joueraient sur les scènes des festivals.

«Mais personne ne veut prendre de risque, laisse tomber la musicologue. Aucune personne, aucune radio, aucun label ne veut faire le premier pas pour changer le système. C’est vraiment une balle que se renvoient tous les gens dans l’industrie.»

Chez Lasso, on se sent impuissant face à la complexité de cet enjeu. «En tant que festival, nous sommes le dernier maillon de la longue chaîne qu’est l’industrie musicale, souligne Audray Johnson. Certes, nous contribuons à mouler le paysage, mais il faut que nos événements restent viables. Il faut aussi que les producteurs, labels, radios et tous les autres qui nous précèdent dans cette chaîne mettent de l’énergie, du temps et de l’argent sur des artistes féminines, de manière à ce que leur musique soit connue du public et consommée par celui-ci.»

Ce qui est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, car c’est tout un système qui devra se transformer et s’adapter. «Déjà, on vit dans une société patriarcale, souligne Florence de la page @pasdefillesurlaprog. Si on fait juste toujours mettre les hommes de l’avant parce qu’ils vendent plus de billets, c’est sûr que les femmes n’auront jamais leur place.»

Selon elle, les artistes ont aussi leur part de responsabilité dans cet écosystème. «Ceux-ci pourraient s’assurer avant d’accepter de jouer dans un festival qu’il y ait une parité dans la programmation. Est-ce qu’on peut s’entraider à la place de s’asseoir sur ce qu’on a en espérant qu’un jour les femmes nous rejoignent?»

Quelques avancées

C’est un peu la faute de tout le monde, mais pas celle du public, insiste la musicologue Jada Watson, elle-même grande amatrice de country. «Il y a toujours des fans comme moi qui veulent une musique country plus diversifiée, ça se reflète dans les statistiques d’écoute sur les plateformes en ligne comme Spotify, Apple et YouTube.»

Pour contrecarrer les inégalités dans son horaire, l’équipe du festival Lasso mise sur l’ensemble de sa programmation et non pas que ses têtes d’affiche. «On veut que les gens arrivent tôt sur le site pour aller voir les artistes qui sont un peu plus petits, mais qui sont incroyables et qui valent vraiment la peine d’être découverts», s’enthousiasme la programmatrice Audray Johnson.

Devant le trop faible espace accordé aux femmes en country, la plus récente édition du festival Key Western en Floride a pour sa part choisi d’offrir une programmation 100% féminine lors de sa dernière édition. Celle-ci a mis en vedette des vedettes des années 1990 comme Deana Carter, Suzy Bogguss et Jo Dee Messina, rapportaient nos collègues du Rolling Stone aux États-Unis en janvier dernier.

La chanteuse québécoise Sandrine Hébert, lauréate des prix Découverte de l’année et Prix du public au Gala Country 2023, perçoit une avancée dans le fait que davantage de femmes y soient en lice cette année. «L’an dernier, j’étais la seule fille en nomination pour le Prix du public, dit-elle. Cette année, on est trois, ça montre qu’on fait du chemin.»

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Dans ce visuel à la fois drôle et imprévisible, Swift remonte dans les années 1990, à l’époque des centres commerciaux d’avant Internet, des infopublicités et des vidéos d’entraînement à domicile. Elle y incarne une célibataire solitaire entourée de chats, qui entretient une relation improbable avec un rocher, avant de tomber sous le charme de «la solution révolutionnaire à tous vos problèmes» qu’est Opalite. Dans une infopub, le produit promet qu’il «transforme magiquement vos problèmes en paradis grâce à notre potion chimique à la fine pointe de la technologie. Ça fonctionne sur les amitiés, les couples, les animaux de compagnie et les collègues».

S’ensuit un récit volontairement absurde, mais étonnamment tendre, porté par une distribution bien garnie. Tout porte à croire que Swift a convié l’ensemble des invités de son passage à The Graham Norton Show en octobre, incluant Norton lui-même, qui campe un vendeur de Nope-alite. Domhnall Gleeson joue l’intérêt amoureux autrefois malheureux de Swift, Lewis Capaldi apparaît en photographe de centre commercial, tandis que Greta Lee et Jodie Turner-Smith font de brèves apparitions dans des publicités télévisées. Cillian Murphy signe lui aussi un caméo.

Dans la version «Track by Track» de l’album sur Amazon Music, Swift explique que la chanson parle de «choisir le bonheur et de traverser des moments difficiles», et que son titre fait référence à «une pierre précieuse fabriquée par l’homme». Lors de l’épisode de New Heights où Swift a annoncé son douzième album, Travis a confié que Opalite était sa chanson préférée du projet. En octobre, sur les ondes de Capital FM, Swift a confirmé que c’était toujours le cas. «Il adore celle-là», a-t-elle dit.

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