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Justin Bieber: le garçon qui avait trop de Swag

Bieber, qui avait surpris tout le monde avec son excellent album «Swag», revient à la charge avec «Swag 2», qui est d'une prudence déprimante.

Justin Bieber: le garçon qui avait trop de Swag
Renell Medrano*

Ceci est la traduction adaptée d’un article de Rob Sheffield, originalement publié par Rolling Stone le 5 septembre 2025. Nous republions l'article originalement intitulé Justin Bieber: The Boy Who Swagged Too Much avec la permission de son auteur. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.

Parfois, dans la vie, on en fait trop. Il y a deux mois, Justin Bieber a pris tout le monde de court avec Swag, son premier album en quatre ans. C’était le retour artistique qu’il lui fallait, une forme de validation après ses déboires publics, les manchettes troublantes, les affrontements avec les paparazzis et les fiascos sur les réseaux sociaux. Il y a donc quelque chose de presque logique dans Swag II: après avoir surpris tout le monde, il revient aussitôt avec l’album fade que plusieurs s’attendaient à entendre la première fois. Il aurait pu l’appeler Swag and It’s Completely Different and Not Very Good but Also Still Swag.


Le premier disque était une déclaration personnelle étrange et intense, reflet d’un artiste en pleine tourmente. Swag II est tout le contraire: lisse, impersonnel, bâclé, d’une prudence déprimante. Sur 23 pièces, à peine cinq ou six valent la peine, noyées dans une masse de morceaux ternes qui s’étirent péniblement trois minutes. Qui sait; peut-être que Swag III sera l’album de remixes où Dieu viendra le rejoindre dans un improbable duo à la Lorde sur Story of God.

Bieber a annoncé Swag II jeudi dernier, promettant une parution à minuit. Finalement, le lancement a été retardé de quatre heures, ce qui laisse songeur sur ce qu’il peaufinait à la dernière minute. Peut-être cherchait-il encore une rime à «You look so good»? Si oui, il a trouvé «If you gave me the rights, you know I would». (Donc probablement pas.)

Swag II rappelle surtout à quel point le premier était réussi. À la surface, on retrouve la même formule, entre R&B et indie rock, avec les mêmes collaborateurs: Carter Lang, Dijon, Mk.gee; et même deux des partenaires de duos, Lil B et Eddie Benjamin. S’ajoutent Tems, figure nigériane de l’Afrobeat, l’auteur-compositeur londonien Bakar et le rappeur louisianais Hurricane Chris. Mais l’ensemble sonne comme une version appauvrie. Même Druski, dont les interventions thérapeutiques apportaient une touche d’humour au premier, est absent.

L’album plonge dans le R&B des années 1990, mais sans mélodies marquantes, ce qui laisse la voix de Bieber sans direction. La production n’a pas le panache d’autrefois, et le résultat devient générique. Aux pires moments, Swag II verse dans l’auto-parodie, notamment avec Need It, Speed Demon ou I Think You’re Special, où Tems est sous-utilisée. Lil B revient sur Safe Space, mais Bieber ne lui laisse pratiquement rien dire, si ce n’est quelques interjections. Les grincements de cordes de guitare, clichés d’authenticité folk, abondent dans Mother In You au point d’en paraître artificiels.

Cela dit, quelques morceaux rappellent l’esprit aventureux du premier. Love Song en est le sommet, porté par une boucle de piano distordue où Mk.gee s’impose enfin. Bieber s’y fait charmeur, chantant «I wanna write you a love song, baby/I wanna write a good one you can’t stop singing to me». Witchya déroule une ambiance plus légère avec des guitares country-hippie, tandis que Moving Fast raconte ses épreuves sur fond de blues avant de basculer vers un rythme disco. Everything Hallelujah prend la forme d’un gospel épuré où Bieber cite sa femme Hailey, son fils Jack, ses parents et ses chiens («Oscar, Piggy, hallelujah!»).

Ear Candy combine la brillance du Britpop des années 1990 et le rap beatbox des années 1980, mais dérape avec une ligne embarrassante: «You could spread your wings and open up», digne des métaphores ornithologiques de Rod Stewart.

Le plus faible reste Petting Zoo, une boucle de guitare sans relief où Bieber évoque des tensions conjugales sans la moindre intensité émotionnelle, dans un ton qui rappelle ses diatribes douteuses en ligne.

Et puis, il y a Story of God, le passage le plus étrange d’une discographie déjà remplie d’excentricités. Bieber s’y lance dans un sermon de huit minutes sur Adam et Ève au jardin d’Éden, récité sur un orgue d’église. «Il n’y avait pas de peur ici. La peur n’avait même pas encore été INVENTÉE!» décrit-il. Plus loin: «C’est un festin, partout où tu regardes, une explosion de saveurs dans ta bouche!» Forcément, le serpent arrive, et Bieber conclut: «Nous avons perdu le paradis. Nous avons brisé le monde.» Si vous entendez Story of God en fin de soirée, c’est probablement que votre hôte essaie de faire fuir les invités. Mais peu importe, il faut reconnaître l’audace de ce morceau. Sur un album où il joue la carte de la sécurité, ce délire religieux a au moins le mérite d’oser. Ça aurait été encore plus savoureux si Bieber avait ramené Druski pour incarner le rôle de Dieu.

Swag II ne ruine pas le plaisir du premier disque, qui garde toute sa fraîcheur. Ses ratés ne font que souligner la vitalité de Swag. Reste à voir si Bieber ira jusqu’au bout de la trilogie avec Swag III: I’m Still Standing on Business, Yeah Yeah Yeah. En attendant, Swag II s’impose déjà comme une note de bas de page mineure.

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