Ceci est la traduction adaptée d’un article de Joseph Hudak originalement publié par Rolling Stone le 19 janvier 2026. Nous republions l'article originalement intitulé How Dolly Parton Took Control of Her Art With ‘Coat of Many Colors’ avec la permission de son autrice. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.
Dolly Parton a 80 ans aujourd’hui, mais elle semble toujours posséder toute la vitalité qu’elle avait lorsqu’elle est arrivée à Nashville depuis sa ville natale de Sevierville, au Tennessee, au début des années soixante. Pour souligner cet anniversaire marquant, nous publions pour la toute première fois cette entrevue consacrée à la création de son album Coat of Many Colors (1971), qui a offert à la membre du Country Music Hall of Fame sa chanson autobiographique emblématique. Ce récit a d’abord été présenté dans le cadre de la série balado de Rolling Stone «500 Greatest Albums».
Dolly Parton a plusieurs chansons qui pourraient être considérées comme sa signature: l’avertissement Jolene, l’infatigable 9 to 5 et la ballade royale I Will Always Love You. Mais aucune ne s’en approche autant que Coat of Many Colors, son récit autobiographique de 1971 sur une enfance marquée par la pauvreté dans les Appalaches et les vêtements cousus à la main que Parton et ses frères et sœurs portaient à l’école. Encore aujourd’hui, la chanson suscite une émotion viscérale, autant chez la femme qui l’a chantée que chez les amateurs de musique country qui l’écoutent.
La chanson représente aussi l’émergence de Parton comme artiste complète, non seulement comme chanteuse, mais comme autrice-compositrice.
«J’essayais toujours de progresser, d’en faire plus, de grandir et de m’exprimer musicalement autant que possible sur chaque album que nous faisions, tout en restant fidèle à moi-même», confie Parton à Rolling Stone. «Je me suis toujours prise plus au sérieux comme autrice-compositrice que même comme chanteuse.»
Lorsque Parton entre au RCA Studio B en 1971 pour enregistrer Coat of Many Colors, elle vit déjà à Music City depuis sept ans. Elle s’y est installée avec l’intention de devenir autrice-compositrice, pas chanteuse, mais Nashville mettra du temps à la reconnaître comme grande plume.
Une fois à Music City, Parton rencontre une figure qui jouera un rôle déterminant dans sa vie, Porter Wagoner, vétéran du country à succès qui animait sa propre émission de variétés à la télévision. Wagoner lui offre sa grande chance en l’engageant dans son émission, et le duo devient des partenaires fréquents. Ils publient 13 albums en duo et remportent à trois reprises le prix Vocal Duo of the Year de la Country Music Association. Wagoner aide même Parton à choisir les chansons à enregistrer et demeure très présent en studio.
«Porter était toujours impliqué dans la production, il travaillait avec les ingénieurs et les musiciens pour s’assurer qu’ils obtenaient le résultat qu’il voulait», dit-elle.
Parton met fin à son partenariat musical avec Wagoner en 1974 en lui écrivant un adieu sincère avec I Will Always Love You. Mais au moment d’enregistrer Coat of Many Colors en 1971, elle commence déjà à s’en détacher. Pour s’affirmer pleinement comme artiste solo et autrice-compositrice, Parton sait qu’elle doit écrire l’essentiel de l’album, et tout commence avec la pièce-titre, un récit d’origine limpide sur son enfance dans l’est du Tennessee.
Parton a grandi dans la pauvreté à Sevierville, près des Great Smoky Mountains. Le souvenir de la cabane d’une seule pièce où elle a vécu est encore bien présent lorsqu’elle déménage à Nashville en 1964, après avoir terminé ses études secondaires. «Nous n’avions rien», raconte-t-elle. «Maman cousait toutes nos courtepointes et les rideaux des fenêtres, refaisait nos vêtements et en fabriquait à partir de sacs de nourriture pour animaux ou de retailles.»
Dans Coat of Many Colors, Parton chante sa pauvreté dans un langage simple. La chanson s’inspire du récit biblique de Joseph et de son vêtement précieux, le manteau de plusieurs couleurs.
«Je suis allée à l’école en pensant que je ressemblais à Joseph», dit-elle, sans savoir qu’on allait se moquer d’elle. «J’étais fâchée contre ma mère et je pleurais parce que j’avais l’impression qu’elle m’avait raconté un mensonge. Maman m’a dit: “Je ne veux plus jamais t’entendre dire que nous sommes pauvres. Nous sommes riches de bonté, d’amour et de compréhension.”»
L’autrice-compositrice lauréate d’un Grammy Brandy Clark estime que Coat of Many Colors fonctionne parce qu’elle est universelle. «Il y a la famille, la religion, l’honnêteté, la pauvreté et aussi le fait d’être ridiculisé», dit-elle. «Si vous n’avez jamais vécu au moins une de ces cinq choses, vous n’avez probablement pas vraiment vécu.»
Parton écrit d’abord les paroles de Coat of Many Colors dans un autobus de tournée avec Wagoner. Le chanteur country flamboyant transporte ses complets dans un sac de nettoyage à sec et, lorsque l’inspiration frappe, Parton attrape le reçu accroché au sac et se met à griffonner. «J’ai juste attrapé l’étiquette et j’ai commencé à écrire “Coat of Many Colors” dessus. J’ai à peu près terminé la chanson comme ça», se souvient-elle.
Malgré le fait qu’elle respecte la demande de Wagoner d’enregistrer certaines de ses chansons, Coat of Many Colors est clairement l’album de Parton, et on y entend sa prise en charge de son propre récit. Le journaliste de Rolling Stone Chet Flippo l’a décrit comme «la première véritable floraison des pas hésitants de Dolly Parton vers l’émergence d’une âme musicale libre et d’une autrice-compositrice majeure».
En plus de la pièce-titre, elle signe Traveling Man, à propos d’une jeune femme qui prévoit s’enfuir avec un vendeur itinérant, avant que sa mère ne le lui vole. Clark y reconnaît des indices, tout comme dans une autre chanson de l’album, She Never Met a Man She Didn’t Like.
«Elle se dirigeait vers Jolene», dit Clark à propos de ces chansons.
L’esprit des Smoky Mountains, la région natale de Parton, traverse tout l’album. Il se retrouve dans les paroles de la pièce-titre, dans la chanson Early Morning Breeze et dans la musique même de My Blue Tears, un morceau teinté de bluegrass qui utilise la nature comme métaphore du chagrin amoureux.
«Ces chansons-là sont comme un hommage à ma maison de montagne au Tennessee», explique Parton. «Je voulais retrouver ce son ancien.»
«C’est de la musique de montagne», renchérit Clark. «Et c’est un autre thème qui traverse tout le catalogue de Dolly. J’ai toujours envie d’écouter Dolly à l’automne, parce que j’aime aller à Gatlinburg et à Pigeon Forge quand les feuilles changent de couleur. Dolly a trouvé le moyen de faire en sorte que sa musique évoque cette région du pays.»
Sur le plan sonore, une chanson fait figure d’exception sur cet album majoritairement acoustique: Here I Am penche davantage vers le funk rock que vers la musique country. C’est aussi l’exemple le plus affirmé de Parton qui revendique son art.
«Je voulais faire quelque chose d’un peu plus bluesy ou un peu plus rock, et je me souviens avoir dû me battre un peu: “Ce n’est pas vraiment assez country”», se rappelle-t-elle à propos de la séance d’enregistrement. «Et je me disais: “Oui, mais c’est plein d’âme.”»
La chanteuse country Carly Pearce, qui se considère comme une superfan de Dolly Parton, affirme que le secret le moins bien gardé de Parton réside dans la simplicité de ses paroles. «Elle a une façon d’écrire qui va droit au but», explique Pearce. «Quand j’essaie de trop compliquer les choses, je me rappelle que ces chansons ont vraiment traversé le temps et qu’elles étaient très simples.»
Au final, on peut en dire autant de Coat of Many Colors. L’album demeure essentiel parce qu’il incarne la mission de la musique country: un art du récit simple auquel tout le monde peut s’identifier.
Coat of Many Colors a atteint la septième position du palmarès Country Albums de Billboard. Il a aussi valu à Parton sa première nomination au prix Album of the Year de la Country Music Association. Avec le recul, Parton estime que l’album a accompli exactement ce pour quoi elle était venue à Nashville, devenir autrice-compositrice. Elle est aujourd’hui une superstar mondiale, mais la pièce-titre fera toujours partie de son histoire, un aperçu de ce qu’elle était et de ce qu’elle était sur le point de devenir. La chanson a même été adoptée comme hymne de la fierté gaie, en raison de ses thèmes d’acceptation et d’amour.
«Je pense que les gens ont simplement aimé la chanson, et qu’il y a aussi plein de petites chansons agréables sur l’album», dit Parton. «C’est mes débuts. Beaucoup de mes nouveaux fans aiment revenir en arrière pour voir qui je suis, qui j’étais. Et ce petit manteau-là, les gens s’y reconnaissent pour toutes sortes de raisons.»

















