À quelques jours de la sortie de Cavale, son septième album studio, Béatrice Martin, alias Coeur de pirate, est tendue. Non pas par l’excitation d’une nouvelle sortie, mais par le doute.
Pour l’artiste, la création de cet album a été une échappatoire, une pratique pour maîtriser son anxiété chronique. Ce qui l’inquiète est aujourd’hui aurait été accueilli par la plupart des artistes comme une bonne nouvelle. L’émission à succès The Summer I Turned Pretty a inclus dans l’épisode final de sa plus récente saison la chanson Corbeau, parue en 2008 sur son tout premier album, ce qui a causé une forte affluence vers son œuvre. Son premier succès commercial, Comme des enfants, jouit aussi d’un regain en popularité, grâce à une trend sur TikTok.
«Tout le monde est vraiment down avec le vieux matériel», dit l’artiste qui vient tout juste de souffler 36 bougies. «Mais là, on va sortir un album qui est vraiment différent. Je ne sais pas si cet album-là va juste un peu se fondre dans la masse... Je ne sais pas comment les gens vont le recevoir. Je suis un peu stressée. Mais je suis tellement contente de le présenter.»
Malgré une prolifique carrière de près de 20 ans qui l’a vu grandir sous les yeux du public, on sent que Cœur de pirate peine parfois à se rendre compte de son impact monumental. Difficile d’imaginer le paysage musical québécois des 15 dernières années sans elle et les portes qu’elle a ouvertes pour les artistes d’ici, tant par les ponts qu’elle a bâtis qu’à travers son travail avec sa maison de disques, Bravo Musique.
Malgré des millions de disques écoulés, une multitude de Félix et de prix de l’ADISQ, ainsi qu’une Victoire de la musique, Cœur de pirate continue de se remettre en question. «Je doute beaucoup plus de ce que je fais créativement qu'à une époque. Les insécurités ont changé de place.»

Lorsqu’elle arrive sur la scène à la fin des années 2000, Cœur de pirate est en quelque sorte un ovni. Une adolescente chétive, blonde et tatouée, plus à l’aise sur MySpace que devant des caméras télé, que l’on aurait mieux imaginée dans un groupe emo (elle en a eu un) qu’au Conservatoire de musique (elle y a été). En quelque sorte héritière de Pierre Lapointe et de la Chanson qu’il s’efforçait alors de remettre au goût du jour, son méga-hit Comme des enfants la catapulte dans le star-système québécois, un peu malgré elle.
Il faut se replonger dans le contexte d’une époque pré-Instagram. Si elle était déjà très adepte du micro-blogging qui en était à ses débuts, contrairement aux stars d’aujourd’hui, dont la popularité se mesure en temps réel, Béatrice Martin naviguait à vue, sans métriques pour réellement se rendre compte de son succès. La célébrité restait une chimère, tangible uniquement dans le regard des autres.
Mais dans les premières années des réseaux sociaux, Cœur de pirate devient vite une cible, autant pour les magazines à potins qui étalent ses frasques amoureuses que les trolls qui tentent de déterrer son passé.
«Il y a eu des affaires vraiment traumatisantes, extrêmement édifiantes. Il y a des choses que je vivais que tu mets n'importe quelle personne dans cette situation-là, c'est pas tout le monde qui s'en sort super bien», se souvient-elle de ses débuts. «Les gens étaient choqués de mon existence dès que je suis arrivée. Ils ne comprenaient pas ce que je faisais là, ils ne comprenaient pas pourquoi j'avais des tatouages, ils ne comprenaient pas pourquoi je faisais de la musique de même alors que je ressemblais à ça. La liste est longue…»
Ce baptême du feu est un vertige permanent : il n’y a pas de tiédeur dans la réception du public. «Je vivais des très, très gros high, puis des très, très gros low. J'avais tellement d'amour, mais j'avais tellement de haine aussi. J’étais même pas dans la vingtaine, j'avais genre 19 ans quand ça a commencé. J'essayais de naviguer à travers ça dans l'œil du public, mais j'étais juste une ado», dit Martin, elle-même aujourd’hui mère d’une jeune adolescente.
Mais les statistiques ne mentent pas; malgré les haters, Cœur de pirate devient rapidement l’un des plus grands exports musicaux québécois en plus d’une décennie. Son premier album éponyme atteint la certification or au Canada peu après sa sortie en 2008. Après sa sortie en France, au printemps 2009, il vend plus d’un demi-million de copies et obtient une certification Diamant.
Accumulant les spectacles, elle se met à écrire de nouvelles chansons en tournée pour bonifier ses sets. Elle entre en studio au hotel2tango en janvier 2011 pour y enregistrer Blonde, son deuxième opus, avec Howard Bilerman, connu pour son travail avec des artistes comme Leonard Cohen, Godspeed You! Black Emperor et Arcade Fire.
C’est, selon elle, une période avec moins de doutes créatifs. «Avant, j'étais genre, ‘Oh my God, my songs are so good’, mais j'avais peur de la perception des autres», dit la chanteuse.
«J'ai récemment réécouté Blonde. Ce n'est pas pour me lancer des fleurs, mais je ne peux pas croire que j'ai écrit cet album-là à 20 ans! Il y a une chanson qui s'appelle Danse et danse qui est super simple dans les paroles, mais d'avoir cette perception-là de la situation à cet âge-là… J'ai vraiment l'impression que j'étais vieille, en dedans, même si j’étais encore une ado, j’avais une perception des choses qui était super... Je ne peux pas croire que j'ai écrit ça à cet âge-là. Je ne serais jamais capable d'écrire ça aujourd'hui »
Efficace, nostalgique et plus pop que son prédécesseur, Blonde se vend à plus de 700 000 exemplaires et fait d’elle une réelle diva de la pop francophone, dans une industrie musicale qui se transforme à vue d'œil. Ces années formatrices apprennent à Cœur de pirate à naviguer contre vents et marées; des leçons qui seront particulièrement importantes pour la suite.
«Ça a fait comme un genre de petit séisme. J’étais complètement déboussolée.»
La genèse de Cavale ne commence pas dans un studio, mais dans un bureau. À l’été 2020, entre pandémie mondiale et mouvements sociaux de masse, tout s’écroule chez Dare to Care, le réputé label qui avait accueilli des artistes comme Malajube et We Are Wolves, et chez qui Cœur de pirate était signée depuis ses débuts.
Dans la foulée de la deuxième vague du mouvement #MeToo, l’artiste Bernard Adamus est visé par des allégations d’inconduite sexuelle et de violences conjugales, alors qu’Eli Bissonnette, patron de la maison de disques, est accusé d’avoir créé un environnement de travail toxique et d’avoir protégé Adamus. Lorsque Bissonnette quitte ses fonctions, c’est toute la structure de Dare to Care, mais aussi de leur compagnie-sœur Grosse Boîte, qui est mise en péril.
En août, la jeune maman entre en négociations avec Bissonnette afin de racheter le label, un accord qui sera scellé en janvier 2021, quelques mois avant qu’elle ne se fasse opérer les cordes vocales, après avoir été diagnostiquée avec un polype hémorragique.
«J'ai appris un peu sur le tas. Quand l'acquisition s'est passée, il y a eu plein de gens qui sont partis. La DG qui était là à la base est partie. Tout le monde est parti», se souvient Béatrice Martin des premiers moments de ce rachat. «J'ai dû apprendre comment gérer une crise. Déjà, il faut que tu parles aux artistes, parce que c'est le plus important. Il y en a qui sont partis. Il y en a qui sont restés.»

«Ça avait du sens que Béa reprenne ça. Après ça, on a créé une relation super nice, autant au niveau amical que professionnel», se souvient le musicien Gab Bouchard de cet appel avec sa nouvelle patronne, qui a rebaptisé l’entreprise Bravo.
À l’époque, Bouchard venait de sortir son premier album et tenait surtout à garder son équipe intacte. «Je suis pas un gars bien compliqué. Si tu me respectes et que je te respecte, c'est en masse. Après ça, ça peut juste grandir. C'est un respect mutuel, artistique et aussi business-wise, parce qu'on finit par faire les deux ensemble.»
Peu à peu, Martin et son équipe redémarrent la machine, ouvrent des bureaux sur le boulevard Saint-Laurent, annoncent de nouvelles signatures. Si elle se plaît dans son nouveau rôle, il n’empêche qu’elle reste avant tout une artiste, dont le devoir est de créer, plus que de gérer.
«Je ne pouvais plus être impliquée autant à 150 %, parce que j'ai arrêté de faire de la musique. J’ai complètement arrêté pendant deux ans, le temps de tout ça», explique Coeur de pirate, qui a accueilli un deuxième enfant dans la foulée de ces événements. «Puis à un moment donné, il a fallu que, pour le bien de tout le monde, je me remette à faire des chansons. Ça ne pouvait pas être moi qui m'occupe de tout ça. Il faut que ce soit l'équipe de direction, et moi, je suis là, je donne mon avis. Je suis sur le CA, mais plutôt comme propriétaire, et je fais aussi de la direction artistique. Mais ce n'est pas moi la PDG.»
Dans ce retour vers la musique aussi, Gab Bouchard aura été une bonne étoile pour Martin. «Je n'avais pas écrit pendant deux ans, et je pense qu'il fallait que je parle à quelqu'un qui allait me secouer un petit peu. Puis Gab, il m'a regardée et il a dit: ‘Qu’est-ce qui se passe, en ce moment, dans ta vie?’. Je lui ai dit que j'avais peur, que j’étais vraiment anxieuse, que je me sentais comme un puits vide. Il m’a simplement dit, ‘ben écris là-dessus’, et la première chanson qui est arrivée, c'était Laisse-moi pleurer.»
Cavale, explique-t-elle, c'est la fuite. C'est ce sentiment propre à l'anxiété qui vous convainc que vous avez fait quelque chose de grave. L'album devient une exploration de ce thème, une cartographie de ses luttes internes. Cela se reflète de manière parfois explicite, comme sur Pensées intrusives, où elle dit avoir «peur d’entendre, que ce que je chante ne leur va plus / J’ai peur d’apprendre, que mon temps est révolu».
Ailleurs sur l’album, c’est plus équivoque, comme sur Château de sable, écrite pour sa fille et qu’elle considère comme la chanson qui a été la plus difficile à écrire sur l’album. «Je voulais vraiment écrire une chanson qui explique c'est quoi la perception du parent qui voit son enfant devenir un ado, pour que finalement l'ado puisse entendre cette chanson-là et comprendre la perception du parent. J'ai de la misère à la chanter, parce que je trouve que c'est très près du cœur.»
Pour la coproduction de l’album, Martin a fait appel à son fidèle collaborateur Renaud Bastien, ainsi qu’à Nicolas Subrechicot, connu pour son travail avec l’artiste française Zaho de Sagazan. «Je trouvais qu'il avait une belle approche. Il joue de tout, et moi, j'ai besoin de ça. Je veux un réalisateur qui joue de tout et qui est vraiment à fond, qui est super musical», dit-elle de cette collaboration. «Parfois, il avait des propositions où j'étais comme ‘Hum, je suis pas sûre.’ Puis, finalement, il y avait une plus grande liberté. Avant, j'aurais été peut-être plus fermée. Maintenant, je suis plus en mode ‘Okay, ajoute un breakdown dans la toune. It’s fine.’»
Si elle est très fière de cet album et qu’elle a très hâte de pouvoir le partager avec le public, les doutes persistent. La dichotomie dans la vie de Béatrice Martin est que «Plus je vieillis, moins j'ai confiance en mon travail». Elle n'a plus peur de ce que les gens pensent d'elle, mais elle ne sait plus si ce qu'elle fait «est bon».
Évidemment, ce l’est.
Mais quand elle parle de ses débuts, c’est comme si elle regardait une autre artiste, une version d'elle-même plus instinctive et moins tourmentée par la peur de décevoir. C'est peut-être aussi pour ça qu'elle envisage que Cavale soit son dernier album de pop en bonne et due forme. «Peut-être qu’après, je ferais mon album de emo», dit-elle, en plaisantant à moitié. C’est son moyen, estime-t-elle, d’être certaine de ne pas rester enfermée dans un carré de sable.
«J'imagine que quand tu pognes autant qu'elle, c'est un peu freakant de ressortir un disque. Tu veux toujours qu'il soit meilleur que celui d’avant. Après ça, t'as de la pression, parce qu'il y a du monde qui attend après toi un peu», juge pour sa part Gab Bouchard. «Béa, c'est quelqu'un qui est authentique, et elle est tombée dans cette pression-là. Quand t'es un artiste qui écrit tes tounes, cette pression-là, ça peut décrisser ta confiance artistique.»
Si les doutes persistent, elle reconnaît néanmoins qu’elle sait faire la part des choses, et que c’est la nature du métier. «Honnêtement, je suis rendue à un stade où je me dis ‘advienne que pourra’. Parce que sinon, je vais me mettre à stresser et je ne veux pas vivre ça.»
Pour Béatrice Martin, l’artiste autant que l’humaine, ce besoin de ralentir quelque peu la cadence et d’apprendre à composer avec le stress et l’anxiété n’est pas qu’un choix artistique; c’est une question de santé.
Depuis quelques années, elle est aux prises avec divers problèmes de santé particulièrement accablants. Peu de temps avant notre première entrevue, cela l’a conduit à l’hôpital. «J'ai une maladie mystérieuse; ils ne savent pas encore c'est quoi. Pendant longtemps, les médecins m'ont dit que c'était de l'anxiété», explique la chanteuse. «J'ai fini avec une péricardite et une pleurite. Mon inflammation était dans le tapis, c’était vraiment mauvais. Maintenant, on me prend au sérieux.»
Heureusement, elle a depuis pu commencer des traitements et dit se porter mieux. Mais elle sait que c’est intimement lié au stress et que quelque chose d’aussi anodin que le manque de sommeil peut tout chambouler. «Il faut que je sois le plus zen possible».
Ce qui revient le plus souvent dans nos conversations, c’est à quel point elle est excitée de pouvoir remonter sur scène et de communier avec son public, de qui elle se sent indissociable. «Jj'ai vraiment grandi avec les gens, et je pense qu'il y a beaucoup de gens qui ont grandi avec moi», juge Coeur de pirate. «De savoir que les gens sont là depuis longtemps et que je les suis dans leur cycle de vie et que maintenant, ils ont des enfants, ça me touche énormément.»
Malgré la peur que son «temps soit révolu», évoquée sur Pensées intrusives, elle reste consciente du lien indéfectible qu’elle entretient avec son public. «Je sais que les gens vont venir, mais il y a toujours cette peur-là quand même. Avant les shows, je suis vraiment stressée», intime-t-elle. «Mais après, quand je me retrouve sur scène, tout disparaît et ça va super bien».

Il est vrai qu’en près de 20 ans de carrière, elle a su cumuler les fans au fil de ses projets, probablement grâce à cette authenticité désarmante. Touche-à-tout, elle a entre autres composé des musiques de jeux vidéo, de films et d’émissions. Elle a été juge et coach dans différentes émissions de musique, autant ici qu’en France. A écrit un livre pour enfants, et a même été la voix de Schtroumpfette.
Elle compte des stars internationales comme Halsey, qui reprend parfois Comme des enfants lors de ses concerts, parmi ses fans. Sans compter toute la légion d’artistes reconnaissants, d’un côté comme l’autre de l’Atlantique, qui lui doivent beaucoup d’opportunités.
L’artiste devenue mère de famille et cheffe d’entreprise, que l’on a pu voir évoluer sous nos yeux, est aujourd’hui pleinement consciente de son héritage. Si elle souhaitait au début offrir des morceaux pop calibrés pour la radio, elle mesure maintenant son succès différemment. Le but n’est plus autant de plaire que de rassembler, de faire perdurer ce lien.
Dans ce sens, Cavale n'est pas tant un risque qu'une offrande honnête à ce public qui a grandi avec elle. Cette connexion est devenue partie intégrante de son art, estime Cœur de pirate. «Mon existence est liée à ça. Je ne peux pas vivre sans eux.»
Direction créative et production: Collection
Photographe: Feng Ish
Stylisme: Kelly-Anne Panagakos
Assistante-stylisme: Cathy De Sa Quintas
Maquillage et cheveux: Juliette Morgane
Assistant maquillage et cheveux: Francis Bouchard
Merci à Bravo Musique, Holt Renfrew Ogilvy,Black Suede Studio, Coming Age et Marmo.



















Gabriel Fournier

Comment être un bon spectateur
Ceci est la traduction adaptée d’un article d'Andy Greene, originalement publié par Rolling Stone le 29 juin 2026. Nous republions l'article originalement intitulé How to Attend a Concert and Not Ruin It for Others avec la permission de son auteur. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.
En 2013, on s’était donné pour mission de rappeler aux amateurs de musique qu’il est de notre devoir de rester un minimum civilisés quand on assiste à un concert. On ne demandait pas aux gens d’arrêter de boire, de danser ou de s’amuser. On voulait simplement qu’ils arrêtent de se comporter de manière grossière et de gâcher la soirée de tout le monde.
Malheureusement, le monde n’a pas écouté. En fait, l’année 2013 semble aujourd’hui une époque bien paisible et respectable, maintenant que nous vivons tous dans le décor d'enfer dystopique de 2026. À l'époque, les téléphones cellulaires n'étaient plus une nouveauté, mais la plupart des gens se souvenaient encore du temps où ils n'étaient pas greffés à nos mains 24 heures sur 24. Instagram venait à peine de naître, TikTok n'était qu'une vague idée dans l'esprit collectif du Parti communiste chinois, et la pandémie ne nous avait pas encore dépouillés des règles de civisme de base que l’on respectait autrefois en sortant de chez soi.
C’est pourquoi nous avons préparé cette nouvelle liste des comportements à adopter en concert. Certaines règles sont des versions mises à jour des anciennes, tandis que d’autres reflètent les changements que nous avons subis ces douze dernières années. Et oui, certains d’entre vous ne seront pas d’accord avec tout. Vous allez nous prendre pour de vieux moralisateurs pathétiques qui ne savent pas s’amuser. Sachez que vous faites partie du problème. Et quand on fera le point en 2037, tout sera sûrement encore pire.
Gardez vos conversations pour le bar (oui, même pendant la première partie que vous ne connaissez pas)
Quand on regarde la foule lors d’un concert, on y trouve généralement un public assez diversifié. Le seul point commun que nous ayons tous, c'est d'avoir acheté un billet pour ce spectacle précis. Cela signifie que nous sommes là pour entendre la musique. Pas pour vous entendre parler. Si vous n’aimez pas la première partie ou si vous vous ennuyez à un moment donné, dirigez-vous vers le hall ou le bar, commandez un verre et discutez autant que vous le voulez. Vous pouvez même faire une lecture publique d’un scénario de trois heures avec votre ami si ça vous chante, on s'en fiche. S'il vous plaît, ne restez pas à vos sièges ou dans la foule à hurler l'un après l'autre pour couvrir la musique. Tout le monde vous entend. C’est d'un désagrément consommé. (Et si vous avez quelques verres dans le nez, vous n’avez aucune idée d'à quel point vous parlez fort. Mais croyez-moi, vous êtes extrêmement bruyants.)
Aidez les adeptes du «crowd-surfing» et gardez les mains levées
Ce n’est pas un problème si vous allez voir James Taylor ou un vieux crooner à Las Vegas. Mais si vous êtes dans une salle bondée de jeunes et que les gens commencent à faire des vagues ou à se bousculer, soyez un être humain décent et offrez votre aide. Levez les bras, avancez vers eux et guidez-les en lieu sûr. Ce n’est pas toujours facile, et il se peut que vous receviez un coup de pied accidentel à la tête, mais l’alternative, c’est qu’un pauvre jeune s'éclate le crâne sur le béton. Personne ne veut ça. Si vous ne voulez pas gérer le «crowd-surfing», reculez vers le fond de la salle dès que l'ambiance devient plus agitée.
Respectez les règles du jeu : on ne pousse pas pour aller devant
À la seconde où les lumières s’éteignent dans un événement en admission générale, il y a toujours un ou deux sans-dessein qui se frayent un chemin vers l'avant en poussant tout le monde. Ils se fichent éperdument du fait que les gens devant eux ont attendu plusieurs heures pour obtenir leur place. Si vous voyez cela se produire et que vous vous sentez d'humeur courageuse, positionnez-vous de manière à leur bloquer le passage. Si vous êtes particulièrement brave, vous pouvez même leur mentionner qu’ils violent le pacte sacré du pit. (Formulez-le peut-être autrement.) Et surtout, ne soyez jamais le fatiguant qui pousse. Si vous voulez une bonne place, arrivez plus tôt. C’est aussi simple que ça.
Arrêtez de consulter Setlist.fm pendant le spectacle
Pour un groupe comme Phish qui change ses chansons tous les soirs, il y en a 50 comme Lady Gaga qui s'en tiennent essentiellement au même programme pendant toute la tournée. Si vous voulez savoir à l’avance ce qu’ils vont jouer, le site Setlist.fm est là pour ça. Mais une fois que le spectacle commence et que vous êtes entouré de gens qui n’ont peut-être pas voulu gâcher la surprise, arrêtez de regarder ce maudit site. Je ne compte plus le nombre de fois ces dernières années où j'ai pu voir plusieurs personnes autour de moi les yeux rivés sur Setlist.fm. Et ce n’est pas juste un coup d’œil rapide. Ils l’étudient comme s'il s'agissait d'un texte sacré, avec la luminosité de l'écran au maximum. Je parle au nom de beaucoup de monde : on ne veut pas savoir quelle est la prochaine chanson. Même si j'ai regardé la liste il y a trois semaines, je ne l'ai pas apprise par cœur. Laissez-moi la chance d'être surpris.
Ne jetez rien sur la scène
On a vraiment besoin de préciser cela ? Ne jetez pas de bouteilles de bière sur les artistes. Ne jetez pas de monnaie. Ne jetez même pas votre démo ou une lettre manuscrite. Êtes-vous devenus fous ? (En 2004, quelqu’un a jeté un bonbon sur David Bowie et l’a atteint directement a l'œil. Il a hurlé de douleur et de choc. Où que soit l'auteur de ce geste aujourd’hui, j’espère qu’il est fier de lui.)
Réfléchissez avant de vous lever ou de vous asseoir
On l’a déjà mentionné la dernière fois, mais cela vaut la peine de le répéter. Si vous êtes à un concert avec des sièges réservés, surtout dans un théâtre où la visibilité est sous-optimale, vous avez le devoir de vous assurer que les personnes derrière vous peuvent voir. On ne peut pas en vouloir à toute une foule de se lever. Mais si la majorité des gens sont assis et que vous ressentez le besoin d'être la seule personne debout à bloquer la vue des autres, abstenez-vous. On sait que votre chanson préférée vient de commencer et que vous avez des fourmis dans les jambes, mais cela n'en vaut pas la peine. Une bonne règle de base : si vous voyez parfaitement la scène en restant assis, ne bougez pas. Votre plaisir personnel ne vaut pas la peine de fâcher une foule d'autres personnes moins bien placées. (Les avis partagés divergent là-dessus, certains estimant qu’ils devraient pouvoir se lever quand bon leur semble. Ils devraient plutôt penser aux personnes plus âgées qui ne peuvent pas rester debout longtemps, ou simplement au fait de ne pas importuner leurs voisins de derrière.)
Baissez la luminosité et désactivez le flash
Dans un monde idéal, les gens ne ressentiraient pas le besoin d'utiliser leur téléphone en concert. Mais si vous cédez à la temptation, s’il vous plaît, baissez la luminosité au minimum. Dans le noir complet, un écran de téléphone est extrêmement brillant et distrayant. Je n’ai pas besoin de voir votre fil Instagram pendant que j’essaie de regarder le spectacle. Et si vous filmez, au grand minimum, enlevez le flash. Non seulement cela aveugle tout le monde autour de vous, mais ça dérange souvent l’artiste aussi.
Assez avec la blague de «Freebird»
Ce n’était pas drôle en 1978. Ce n’était pas drôle en 1996. Ce n’était pas drôle les 9 000 premières fois qu’on l’a entendue. Et ce n’est pas drôle aujourd’hui. On n’a rien contre un peu d’humour en concert. Mais pour l’amour de Dieu, trouvez une nouvelle joke. Hurler «Freebird!» est plus usé qu’un vieux sketch de cabaret des années 50.
Arrêtez de filmer et de prendre des photos !
Si vous devez ignorer tout le reste de cette liste, lisez au moins ceci. On passe déjà nos journées entières à fixer des écrans. Un concert, c’est l’occasion de les ranger et de vivre quelque chose en direct, dans le monde réel. Pourtant, pour des raisons totalement mystérieuses, une proportion gigantesque du public préfère regarder le spectacle à travers un minuscule écran de cellulaire alors qu’ils pourraient lever les yeux et le voir en direct, en ultra-haute définition. Certains font cela au tout premier rang, alors que l’artiste pour lequel ils ont payé une fortune se trouve à quelques pouces d'eux. C’est de la folie pure.
Oui, ils prennent des photos et des vidéos. Mais ce sont des images de piètre qualité qu’ils ne regarderont probablement jamais plus d'une fois. Mettez votre maudit téléphone dans votre poche. Regardez le spectacle. Pendant une heure ou deux bien précieuses, vivez le moment présent. On faisait tout le temps ça avant. On est capables de le refaire. (Je sais bien que je passe pour le vieux grincheux qui rouspète contre les nuages. Je m’en fous. Ces téléphones stupides nous ramollissent le cerveau et il faut bien que quelqu’un le dise.)
Pour l’amour de Dieu, ne chiez pas dans vos culottes
On a un peu de misère à croire qu’on doive écrire cela, mais c’est apparemment devenu nécessaire depuis que des artistes comme Noah Kahan et Olivia Rodrigo ont rapporté que des admirateurs se souillaient littéralement dessus pendant leurs spectacles plutôt qu’abandonner leur place près de la scène. Les gens, à quoi pensez-vous, pour l’amour du ciel ? La plupart des concerts durent environ deux heures. Vous pouvez vous retenir, surtout si vous allez aux toilettes juste avant le début de la représentation. C’est vrai aussi si vous êtes dans une section d'admission générale, même serrés les uns contre les autres près de la scène. On sait que vous avez attendu toute la journée pour cette place et que vous ne supportez pas l’idée que quelqu’un vous la prenne. On sait que vous avez acheté ces billets il y a des mois et que vous comptiez les secondes jusqu’à aujourd’hui. Mais cela ne signifie pas qu’il faut littéralement vous oublier sur place.
Tout ce que vous avez à faire, c’est de dire aux gens autour de vous : «Hé, je vais aux toilettes une minute. Est-ce que vous pouvez me garder ma place ? Écartez juste un peu les bras et les jambes, et je ferai de même pour vous à mon retour.» C'est pas sorcier. Les gens sont heureux de coopérer, surtout si vous ajoutez : «L’autre option, c’est que je salisse le plancher pendant votre chanson préférée.»