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En 2016, on savait déjà ce qui nous attendais

Alors que les réseaux sociaux sont inondés de photos datant d'une décennie, la nostalgie nous impacte différemmment.

En 2016, on savait déjà ce qui nous attendais
Charles Ommanney/The Washington Post/Getty Images

Ceci est la traduction adaptée d’un article de Miles Klee, originalement publié par Rolling Stone le 18 janvier 2026. Nous republions l'article originalement intitulé In 2016, We Already Know How Bad This Would Get avec la permission de son auteur. Notez que certaines subtilités et nuances peuvent différer de la version originale.

À l’arrivée de chaque nouvelle année, nous sommes contraints de réfléchir, avec une stupéfaction teintée d’effroi, à la distance que nous avons parcourue dans le temps. Il est étrange de penser que nos vies, jusqu’à cet instant précis, relèvent déjà de l’histoire, et que nous continuons d’avancer à l’intérieur de celle-ci. Il y a, semble-t-il, quelque chose d’important à comprendre en exhumant notre passé récent et en éprouvant à son égard une forme d’étrangeté: étais-je vraiment cette personne, ignorante de tout ce qui allait survenir entre alors et maintenant? Dans une autre ville, amoureuse de quelqu’un d’autre? Portant ces vêtements?


C’est ainsi que notre entrée en 2026 a donné lieu à la traditionnelle visite des archives photo. Le nombrilisme propre aux réseaux sociaux transforme cet élan en phénomène collectif, chacun ressortant ses images de 2016 pour tenter de prendre la mesure d’une décennie qui est peut-être passée rapidement, mais qui a semblé interminable pendant que nous la traversions. Certains se souviennent des épreuves de cette époque, d’autres de leurs triomphes, et d’autres encore évoquent ce qu’ils ignoraient alors d’eux-mêmes, la manière dont leur identité était en train d’évoluer.

La particularité ici tient au fait que beaucoup se rappellent 2016 à la fois comme une tragédie infernale et comme le dernier sursaut de quelque chose qui ressemblait encore à la normalité. Aux États-Unis, et malheureusement pour le reste du monde, l’élection de Donald Trump, portée par la montée de l’extrême droite, a garanti une instabilité géopolitique, un chaos économique et des pratiques violemment antihumanitaires pour une génération entière. «Je pense qu’on regarde autant vers 2016 parce qu’après, les choses ont littéralement chuté d’une falaise dans ce pays», écrivait cette semaine un utilisateur de X, exprimant le type de nostalgie inquiète qui envahit les fils d’actualité ces temps-ci. De fait, plusieurs présentent leurs vieux égoportraits candides comme s’il s’agissait de portraits de personnes sur le point de se faire happer par un autobus.

Mais nous devrions nous reconnaître un certain mérite pour avoir perçu ce qui nous attendait dès 2017 et après. Nous savions, pendant la campagne électorale, que, qu’il gagne ou non, la simple viabilité de Trump comme candidat constituait un très mauvais signe. Nous avons soupiré lorsque Hillary Clinton nous a exhortés à «Pokémon Go to the polls», comprenant que sa difficulté à établir un lien avec les électeurs la rendait vulnérable pendant que Trump peaufinait sa performance vulgaire de lieux communs populistes. Le candidat républicain n’avait rien d’un mystère, personnage de tabloïds douteux depuis les années 1970, et les avertissements concernant ce à quoi ressemblerait sa présidence, y compris de la part de dirigeants républicains qui se sont ensuite soumis au mouvement MAGA, se sont révélés remarquablement prémonitoires. Peu de gens en dehors du champ de l’épidémiologie auraient pu prédire une catastrophe comme la pandémie de Covid-19, mais les rénovations tapageuses de la Maison-Blanche, la corruption éhontée, la complaisance envers les dictateurs, le démantèlement des institutions fédérales et le déploiement de nervis masqués contre la population américaine correspondent exactement à ce que les prophètes de malheur avaient annoncé.

C’est précisément ce qui rend ces photos de 2016 si poignantes. Déjà à l’époque, nous sentions qu’un avenir meilleur nous glissait entre les doigts et nous craignions que tout ce que nous tenions pour acquis soit sur le point d’être détruit par des forces réactionnaires et hors-la-loi. Cette année-là a souvent été qualifiée de «pire année de tous les temps» par ceux qui avaient hâte de tourner la page, malgré l’attente largement partagée d’une misère accrue à venir. Le pincement que nous ressentons aujourd’hui en la revisitant nous rappelle que nous étions déjà suspendus à un fil.

J’ai amorcé cette année charnière en traversant le pays pour m’installer à Los Angeles, une métropole tentaculaire qui m’était étrangère. En peu de temps, ma relation de longue date s’est effondrée, j’ai quitté mon emploi pour travailler à salaire horaire dérisoire dans une librairie, et j’ai emménagé dans l’arrière-pièce d’une maison partagée négligée, régulièrement survolée par des hélicoptères. Je n’aimais pas l’idée de faire du surplace juste après avoir eu 30 ans, mais comme ce chaos était de mon propre fait, je me disais que je pouvais m’en sortir.

Ce que je n’arrivais pas à supporter, c’était de voir l’Amérique se désagréger sous mes yeux. Je n’oublierai jamais avoir aperçu un homme portant un t-shirt de Trump à mon camion de tacos préféré, peu après qu’un cofondateur de Latinos for Trump soit passé à la télévision pour effrayer les téléspectateurs en affirmant qu’une immigration mexicaine incontrôlée mènerait à des «camions de tacos à chaque coin de rue», et avoir réalisé que je ne savais plus du tout où était le nord. Le soir de l’élection, je suis rentré en Uber depuis chez un ami, et le chauffeur, remarquant mon état de stupeur dépressive, m’a dit que le résultat n’avait aucune importance, puisque la famille bancaire Rothschild contrôle le gouvernement de toute façon. Cette remarque offrait un avant-goût particulièrement parlant de la folie complotiste qui allait prospérer sous Trump.

Peut-être, alors, que 2016 est l’année où nous avons définitivement perdu contact avec la réalité. Les fausses nouvelles et la désinformation virale sont devenues QAnon et le déni électoral, puis, ultimement, les hypertrucages et la bouillie d’IA diffusée par les États. Nous pouvons examiner nos visages d’il y a dix ans et y voir des personnes qui n’étaient pas encore anesthésiées par tout cela, qui pouvaient réellement croire qu’un consensus sur certains faits de base demeurait possible. Elles sont anxieuses et craintives, certes, mais elles ont tenté de se convaincre que la raison survivrait. Et peut-être le peut-elle, dans une société qui survivrait à Trump et chercherait à réparer les dommages profonds qu’il a causés.

Cet espoir est plus faible que jamais, une flamme vacillante, et il est douloureux de se rappeler que nous comptions autrefois dessus au quotidien. Mais si nous étions aussi étonnamment lucides quant à la trajectoire que prendraient les années suivant 2016, alors nous possédons au moins la capacité d’imaginer une sortie de cet âge sombre. Vous pouvez plaindre votre ancien vous pour ce qu’il aura à traverser, ou vous pouvez emprunter sa force. Quoi qu’il en coûte, il est arrivé jusqu’en 2026.

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Sean "Diddy" Combs and Donald J. Trump in 1998.

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Sean Combs a personnellement écrit une lettre au président Donald Trump pour lui demander une grâce, après que le fondateur de Bad Boy Entertainment a été condamné à un peu plus de quatre ans de prison, selon The New York Times.

Trump, qui fréquentait Combs à l’époque des cercles mondains de New York dans les années 1990 et 2000, ne semblait pas particulièrement ému par la situation de l’homme aujourd’hui âgé de 56 ans, affirmant qu’il n’envisageait pas d’accéder à la demande.

On ignore ce que Combs a écrit dans la lettre, tout comme la date de son envoi, mais Trump a évoqué mercredi la possibilité de la montrer à une salle remplie de journalistes. Un représentant de Combs a refusé de commenter.

Cette démarche directe auprès de Trump constitue la plus récente escalade dans les efforts du magnat de la musique pour retrouver sa liberté, après avoir été reconnu coupable en juillet de deux chefs d’accusation liés au transport de personnes en vue de se livrer à la prostitution. Ces accusations découlaient d’une vaste affaire de trafic sexuel et de racket, dans le cadre de laquelle Combs a finalement été acquitté des accusations les plus graves. Le jury l’a toutefois tenu responsable d’avoir payé des travailleurs du sexe masculins afin qu’ils traversent des frontières d’État pour participer à des «freak-offs» avec ses petites amies.

Le mois dernier, Combs a porté la décision en appel, accusant le juge fédéral Arun Subramanian d’avoir agi comme un «treizième juré» lors du prononcé de la peine en octobre. Son équipe juridique a soutenu que les accusés reconnus coupables en vertu du Mann Act «écopent généralement de peines inférieures à 15 mois pour ce type d’infractions, même lorsque la coercition, que le jury n’a pas retenue ici, est en cause».

Le juge Subramanian a toutefois précisé qu’il avait tenu compte de la quantité «massive» de preuves relatives «aux abus liés aux freak-offs et aux nuits d’hôtel» pour fixer la peine de Combs à 50 mois de prison.

«Le tribunal rejette la tentative de la défense de présenter ce qui s’est produit ici comme de simples expériences intimes et consensuelles, ou comme une banale histoire de sexe, de drogue et de rock and roll», a déclaré Subramanian au moment de prononcer la sentence. «Un historique de bonnes actions ne peut effacer le dossier de cette affaire, qui a démontré que vous avez abusé du pouvoir et du contrôle que vous exerciez sur la vie de femmes que vous prétendiez aimer profondément. Vous les avez maltraitées physiquement, émotionnellement et psychologiquement. Et vous avez utilisé ces abus pour parvenir à vos fins, notamment en ce qui concerne les freak-offs et les nuits d’hôtel. L’argument de la défense voulant que tout cela soit sans lien avec les faits reprochés dans cette cause ne tient pas.»

Rolling Stone rapportait en mai que Combs préparait le terrain en vue d’une éventuelle grâce peu après son arrestation en septembre 2024, son entourage cherchant à se rapprocher de personnes gravitant dans l’orbite de Trump à la suite de l’élection présidentielle de novembre. Puis, lorsque Combs a été acquitté des accusations les plus graves durant l’été, son équipe a intensifié ses démarches. Selon des sources à Washington, elle a commencé à prendre contact avec des stratèges politiques de l’univers trumpien, des lobbyistes et des acteurs clés afin d’obtenir leur aide pour décrocher une grâce présidentielle, évoquant des montants se situant dans la moyenne des six chiffres en échange de leur appui.

«Il est prêt à tout pour sortir de prison», confiait en mai à Rolling Stone une source qui connaît Combs depuis une dizaine d’années. «Il a toujours été comme ça. Il fera toujours ce qu’il faut pour se sortir d’une situation.»

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