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«Voici la femme que je suis»: Comment Ariane Roy s’est défoulée en créant «Dogue»

En entrevue, l’artiste s’exprime sur sa quête de liberté, son penchant pour l’humour noir, son vide intérieur, la hargne qui l’habite et l’envie de vomir que ça lui procure

«Voici la femme que je suis»: Comment Ariane Roy s’est défoulée en créant «Dogue»

Ariane Roy

Léa Taillefer

«Toutes les blagues que tu prétends légères/Je les mâche et je les dégueule plus tard», chante d’une voix défiante Ariane Roy sur une puissante pulsation rythmique au début de Dogue, chanson-titre de son nouvel album. Voilà qui donne le ton.

Sur cette œuvre très attendue, l’autrice-compositrice-interprète verse dans le maximalisme et la théâtralité, ne s’excuse de rien, montre ses crocs avec le sourire et fait rejaillir à la surface le trop-plein de colère qui gronde en elle, exprimant avec une énergie brute et libératrice son désir d’affranchissement.


De la pop mordante et ambitieuse qui permet à cette artiste à part entière de démontrer, trois ans après avoir été sacrée Révélation de l’année au Gala de l’Adisq, qu’elle est là pour rester.

La première impression que j’ai eue en écoutant ce nouvel album est que tu t’es donné une grande liberté pour le créer. On sent que tu n’as pas fait de compromis. Est-ce c’est le cas?

Oui, c’est le cas. C’était d’ailleurs une volonté qu’il n’y ait pas de compromis à faire. Que ce soit un album de permission. C’est aussi un album d’affirmation. Mon précédent, medium plaisir, était plus introspectif. Ça faisait beaucoup état de la transition entre la fin de l’adolescence et l’âge adulte. Dogue, c’est un peu plus : voici la femme que je suis. Je me permets d’exister, tout simplement. J’avais envie d’écarter tous les jugements, toutes les petites voix intérieures… J’avais vraiment envie de laisser aller les élans et ça, ça m’a amené dans de nouveaux territoires.

Plusieurs de tes nouvelles chansons sont très accrocheuses, comme la dansante I.W.Y.B., qui a des influences électro avec beaucoup de synthés. Qu’est-ce qui t’a inspiré sur le plan musical?

L’été qui précédait la composition, j’ai beaucoup écouté de Saya Gray, une artiste canadienne qui a un langage harmonique et mélodique super riche. J’adore ses chansons, mais je ne pense pas qu’il y a tant un lien avec les miennes. C’est plus son ingéniosité, son audace et sa prise de risque qui m’ont inspiré. D’autres artistes m’inspirent, comme Mitski et David Byrne, le chanteur de Talking Heads. Oui, par leur musique, mais surtout leur façon de faire la musique.

Ça m’a donné envie d’expérimenter et de commencer le processus [de création] seule alors que, normalement, je travaille plus en équipe. J’ai coréalisé l’album avec Félix Petit [NDLR: collaborateur de nombreux artistes, dont Les Louanges et Hubert Lenoir], mais il est arrivé dans un deuxième temps. J’ai d’abord passé beaucoup de temps seule chez moi à travailler sur l’ordi. Avant, je composais guitare-voix ou piano-voix. Là, j’ai complètement changé ma façon de faire. Je partais d’un beat de drum ou d’une ligne de basse… Je me suis laissé la chance de me faire confiance, de ne pas avoir le sentiment d’imposteur et de porter plus de chapeaux. Félix est ensuite venu m’aider à développer mon son, à le pousser encore plus loin, avec ses idées et son instinct musical.

Au fil de l’album, il y a beaucoup de ruptures de ton, non seulement entre les chansons, mais à l’intérieur même de certains titres, comme Agneau et Tous mes hommages, qui démarre en trombe sur une grosse rythmique électro avant de prendre une tournure baroque complètement inattendue avec du clavecin. Qu’est-ce qui te plait là-dedans?

J’aime la surprise. Comme auditrice, j’aime me faire surprendre quand j’écoute des chansons. Aussi, je trouve qu’il y a une sorte d’humour dans ces choix-là. Il y a quelque chose que de drôle, de plus théâtral. C’est un album qui joue quand même dans la théâtralité. J’ai aussi écouté beaucoup de films [pendant la création]. Il y a plusieurs influences cinématographiques à cet album.

Ah oui? Lesquelles?

Je pense à Eternal Sunshine of the Spotless Mind, La bête lumineuse de Pierre Perreault, All of us Strangers, que j’ai vraiment adoré, The Worst Person in the World, Triangle of Sadness… Des films qui ont un humour noir, quand même. On dirait que ça m’a influencé. Il faut dire que la moitié des textes [de l’album] sont complètement de la fiction. Il y a aussi beaucoup de choses très personnelles inspirées de faits vécus et de mon entourage, mais j’avais envie de partir d’un univers que je crée moi-même.

Tu sembles justement t'être accordée une grande liberté dans l’écriture des textes. Dogue est un album libérateur et féministe. Qu'avais-tu besoin d’affirmer?

Même en fiction, on part de soi. Ça m’a permis de me défouler et de transmettre quelque chose qui est à l’intérieur de moi. Il y a plusieurs archétypes dans l’album, je mentionne la sorcière et la chienne, ce qui est une façon de se réapproprier des mots très connotés, violents, vulgaires même. Une partie de moi a envie d’être consensuelle, de plaire et qu’on m’aime, d’être comprise, sensible, de ne pas décevoir. Mais je suis aussi parfois une personne impatiente, qui ressent de la colère, qui des fois est complètement… qui est un peu trop… Il y a une intensité dans ma palette d’émotions et, des fois, j’essaie de cacher cette partie-là, ou du moins j’ai de la misère à la montrer, à l’assumer. Là, c’était comme : non, elle existe. J’existe. Et ça fait du bien. Ça fait vraiment du bien.

Tu as mentionné l’archétype de la chienne. Dans le livret, tu dédies l’album «à toutes les chiennes», ce qui renvoie au titre, Dogue, qui est une race de chien généralement dressée pour la garde et qui est aussi un terme employé pour parler d’une personne hargneuse et brutale. De quelle façon te reconnais-tu dans cette image?

Quand je parle d’affirmer sa colère, on s’entend que ce n’est pas de laisser la place à une colère violente. En fait, c’est le contraire : au lieu de la refouler et éventuellement que ça ressorte de la mauvaise façon, c’est de l’accueillir, d’être capable de la nommer et de la confronter. J’avais ce réflexe de revirer ça contre moi, de garder du ressentiment ou de la rancune. Ce ne sont pas de beaux sentiments! Ça m’apaise de laisser de la place à la colère, de laisser de la place aux choses qui sont peut-être plus dures à assumer.

Alors que l’album démarre en trombe, il se termine tout en douceur avec deux très belles chansons, dont Une cigarette sur le balcon, où tu t’adresses à ta mère en lui rendant un magnifique hommage. Dans ce cas-ci, je présume qu’on n’est pas dans la fiction?

C’est vraiment ça. J’ai une très belle relation avec ma mère, même si ça n’a pas tout le temps été facile parce qu’on se ressemble beaucoup. De façon générale, les textes de l’album parlent beaucoup de relations avec d’autres personnes. Il y a des confrontations très intenses, très frontales, autant qu’il y a des confrontations plus bienveillantes, plus douces. Ça, c’est vraiment une chanson d’amour pour ma mère. Purement. C’est très près de nous, de notre relation et de qui elle est.

Sur Berceuse, qui clôt l’album, tu chantes cette phrase percutante : «La maison s’effondre et moi je chante/Devant des inconnus». Es-tu habitée d’un sentiment d’impuissance?

Je suis contente que tu me parles de cette chanson. On dirait qu’avec elle, on arrive quelque part, on est loin de l’affirmation, il y a plus d’humilité, de regard par rapport à soi-même et à son propre vide. L’album est aussi une réponse à mon vide, c’est une façon [de le combler] dans l’énergie et dans l’action.

Des fois, la souffrance du monde est tellement insoutenable – plus que jamais en ce moment – que ça engourdit. On dirait que c’est encore plus épeurant. À certains moments, je me suis vraiment demandé quel est le sens de ma vie. Ça a l’air gros dit comme ça, mais je pense que tout le monde se demande ça un jour ou l’autre. La musique et l’art, c’est vraiment la seule réponse que j’ai face à ce qui se passe dans le monde. On va continuer d’essayer de créer de la beauté parce qu’il y en a très peu.

Ça peut sembler puéril, mais j’ai relevé quatre allusions au vomi dans les chansons Dogue, Coule, Nocture et Tous mes hommages

Au vomi? Hein?! Je savais même pas, c’est tellement bon! C’est fou quand même.

J’en déduis que ça n’a pas été fait consciemment? Loin de moi l’idée d’y trouver un symbolisme, mais c’est une image qui revient souvent…

C’est tellement intéressant! J’avais pas remarqué ça. Qu’est-ce que ça dit…? Que j’avais mal au cœur! (Rires) Je parlais de vide juste avant; ça donne la nausée, le sentiment de vide. Il y a quelque chose de l’ordre de… avoir envie de cracher quelque chose. Le trop-plein. La colère aussi, on a envie de l’expulser. On est quand même dans l’action. C’est pas doux, vomir. C’est intense. J’imagine que c’était dans mon inconscient!

Sur une tout autre note, Âmes Sœurs porte sur ton amitié avec Lou-Adriane Cassidy, qui a aussi exploré le sujet dans la chanson Ariane, qui porte ton nom, sur son plus récent album. Vous êtes-vous concertées?

J’ai évidemment été complètement bouleversée par Ariane, qui est un hommage incroyable à notre amitié. C’est drôle parce que je lui ai fait écouter la première maquette d’Âmes Sœurs avant d’avoir écrit le texte; je chantais des mots inventés – j’ai fonctionné comme ça pour la majorité de l’album, j’avais la musique et la mélodie en premier. Ça m’a tellement pris de temps écrire le texte de celle-là. Rien ne fonctionnait. C’est venu quand on a fait un trajet d’auto ensemble, comme on en a fait souvent pendant la tournée Le Roy, la Rose et le Lou[p]. On a parlé tout le long, comme d’habitude. Je sais même pas de quoi, de tout et de rien, mais je suis revenue chez nous et, pour vrai, ça s’est comme imposé. J’avais envie de parler de notre amitié, mais d’une autre façon. J’avais envie de parler du regard extérieur que les autres portent sur nous, de comment les autres ont tendance à nous mettre en opposition et en compétition et que, des fois, ça vient un peu teinter notre relation. Nous, on se bat tellement contre ça. On est vraiment dans l’admiration, dans la sororité.

En parlant du Lou[p], à quel point la tournée-phénomène Le Roy, La Rose et Le lou[p] que tu as fait avec elle et Thierry Larose a teinté la création de Dogue?

Le Roy, la Rose et le Lou[p] a été une des expériences les plus importantes et marquantes de ma carrière – de ma vie! C’était fou. Ça m’a permis de laisser place à mes ambitions, de me donner le droit d’avoir de voir grand, d’embrasser encore plus qui je suis. On a vécu des moments de communion incroyables avec le public. Ça a été émotionnellement très fort pour moi.

Dogue sort ce vendredi. Ariane Roy partira en tournée partout au Québec dès le 11 avril. Elle s’arrêtera au Club Soda le 18 juin dans le cadre des Francos de Montréal et à l’Impérial Bell de Québec le 17 octobre.

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Dans ce visuel à la fois drôle et imprévisible, Swift remonte dans les années 1990, à l’époque des centres commerciaux d’avant Internet, des infopublicités et des vidéos d’entraînement à domicile. Elle y incarne une célibataire solitaire entourée de chats, qui entretient une relation improbable avec un rocher, avant de tomber sous le charme de «la solution révolutionnaire à tous vos problèmes» qu’est Opalite. Dans une infopub, le produit promet qu’il «transforme magiquement vos problèmes en paradis grâce à notre potion chimique à la fine pointe de la technologie. Ça fonctionne sur les amitiés, les couples, les animaux de compagnie et les collègues».

S’ensuit un récit volontairement absurde, mais étonnamment tendre, porté par une distribution bien garnie. Tout porte à croire que Swift a convié l’ensemble des invités de son passage à The Graham Norton Show en octobre, incluant Norton lui-même, qui campe un vendeur de Nope-alite. Domhnall Gleeson joue l’intérêt amoureux autrefois malheureux de Swift, Lewis Capaldi apparaît en photographe de centre commercial, tandis que Greta Lee et Jodie Turner-Smith font de brèves apparitions dans des publicités télévisées. Cillian Murphy signe lui aussi un caméo.

Dans la version «Track by Track» de l’album sur Amazon Music, Swift explique que la chanson parle de «choisir le bonheur et de traverser des moments difficiles», et que son titre fait référence à «une pierre précieuse fabriquée par l’homme». Lors de l’épisode de New Heights où Swift a annoncé son douzième album, Travis a confié que Opalite était sa chanson préférée du projet. En octobre, sur les ondes de Capital FM, Swift a confirmé que c’était toujours le cas. «Il adore celle-là», a-t-elle dit.

À noter que la superstar n’a pas d’abord partagé le clip scintillant sur YouTube, optant plutôt pour une première exclusive sur deux des plus grandes plateformes de diffusion, Spotify et Apple Music. Cette décision coïncide avec le retrait des données de YouTube des palmarès Billboard, à la suite de changements méthodologiques. De toute façon, aucun des clips de The Life of a Showgirl n’a connu de sortie traditionnelle jusqu’ici. The Fate of Ophelia avait été présenté en salles à travers le pays dans le cadre des fêtes de lancement de l’album en octobre. Comme ce clip, Opalite sera mis en ligne sur YouTube dans les prochains jours.

The Fate of Ophelia vient tout juste de conclure une séquence historique en devenant le plus grand succès de la carrière de Swift, avec dix semaines consécutives au sommet du Billboard Hot 100, un record personnel. Opalite pourrait bien suivre le même chemin. La chanson a fait ses débuts au deuxième rang du palmarès et se maintient actuellement au dixième échelon. Si elle atteint la première place, ce serait la première fois depuis 1989 que deux chansons issues d’un même album de Swift se hissent au sommet du Hot 100.

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